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 Aller de l'avant (PV Engar)

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MessageSujet: Aller de l'avant (PV Engar)   Sam 9 Sep - 15:22

Il fut extrêmement difficile de mobiliser la population de Sienne après les événements traumatisants qu'elle venait de subir. S'efforçant de ne pas encore penser à leur retour à Criméa et aux conséquences de cette bataille sur son pays, Laguerran distillait des mots comme "victoire" ou "reconstruction" dans son discours. Il espérait ainsi susciter l'unité, le patriotisme, appeler à la foi et l'altruisme de ceux qui pouvaient tenir debout et réfléchir posément. Le plus dur à soutenir demeurait les milliers de cadavres étendus au sol comme un tapis mortuaire, après s'être écroulés subitement grâce au départ de Death.

La nouvelle arriva avec le reste de Garde Sacrée et les cavalières de Criméa : Kurtnaga, sacrifié pour mettre fin à la boucherie. Les dragons délibéraient entre eux pour savoir si leur contribution s'arrêterait là, et ce qu'il valait mieux faire de la dépouille de leur roi -la question paraissait blasphématoire, mais avec le lever des morts, se posait malgré tout.

On chercha Sanaki, et on la retrouva grâce aux archers qui avaient vu Azelian périr non loin d'elle. De ce dernier ne subsistaient que des lambeaux de vêtements éparpillés et ensanglantés, le corps introuvable parmi tous les restes humains répandus sur le sol.

Tous plus éprouvés les uns que les autres, les survivants de ce triste spectacle travaillèrent sans se voir jusqu'à la tombée de la nuit. Il n'y avait plus de nobles et de paysans, de clercs ou de sénateurs : tous se ressemblaient, comme des fantômes errants dans le silence.

Les incendies furent peu à peu maîtrisés, la pierre et l'hiver aidant à stopper leur avancée autant que l'espacement des bâtisses dans les grandes rues, mais de nombreux groupes de maisons ne pouvaient plus être habités pour l'heure. On distribua toutes les couvertures qu'on trouva, les vivres et les médicaments. Deux apothicaires en centre-ville étaient restés à peu près intacts, une chance inespérée pour les blessés.

Conformément à sa promesse, le chevalier Laguerran ne cessa pas de veiller sur son général. Improvisé coordinateur de la bonne marche de la cité avec d'autres officiers Siennois sortis de leur torpeur, il s'assurait qu'à tout instant un ou une Criméane se tenait à ses côtés pour surveiller son état. De nouveaux bâtiments, épargnés par les drames, furent aménagés en hôpitaux, le palais y compris pour ceux dans les pires cas. L'impératrice y entra la première, suivie par une horde de guérisseurs qui ne pouvaient que constater qu'un de leur confrère avait déjà soigné au mieux sa blessure. Mysti se trouvait parmi les suivants, pâle, refroidi par l'air du dehors, et ardemment couvé par ses troupes.

"Dans son état, mieux vaudrait l'achever pour lui éviter des souffrances inutiles !
-Je vous demande pardon ? Ne pensez-vous pas que le sang a déjà suffisamment coulé dans cette ville aujourd'hui ?! Comment osez-vous !
-Mais messire, avez-vous la moindre idée des ressources dont nous disposons et de celles qu'il nous faudrait dépenser uniquement pour lui ? Pensez un peu aux autres.
-J'y pense justement ! Pendant que tous fuyaient pour se mettre à couvert, il a gagné du temps pour vous tous ! Il a fait face pour vous tous ! Alors qu'en tant que Criméan il n'y était pas tenu ! Et son ami guérisseur est mort pour soigner l'impératrice ! Deux de mes soldats sont témoins et je suis sûre que d'autres également. Ah mais je sais, c'est précisément parce qu'il est Criméan... Vous voulez garder vos soins pour les vôtres, pour tous ceux qui n'ont pas levé le petit doigt.
-Allons, ce n'est pas en m'insultant que nous ferons avancer les choses !
-Seules la vérité et la justice m'importent ! Criméa a participé à la bataille, autant que l'urgence de nos moyens nous le permettait, tout comme les dragons. Ce n'est qu'un échange de bons procédés que vous sauviez la vie de cet homme. Nous entendons-nous bien ? S'il le faut, je mets chacun de nos hommes et de nos femmes à votre disposition : dites-nous quoi faire et nous aiderons de notre mieux, comme je l'ai fait depuis l'aube jusqu'à la tombée de cette fichue nuit ! Comme nous l'avons tous fait ! Votre métier n'est-il pas de secourir les blessés et les malades, quelles soient leur naissance, leur foi, ou leur nation ?"

Piqué dans sa fierté et dans sa déontologie, le médecin lança un nouveau regard en direction du blessé étendu en pleine salle d'audience du palais parmi une trentaine d'autres. Au milieu des gémissements et des pleurs, il se sentait d'autant plus attaqué que tous les regards avaient fini par converger vers eux, ainsi que toutes les oreilles. Certains des beorcs appuyaient même Laguerran, pour avoir eux-même vu le général leur tourner le dos, face à la Mort. Un soupir et le guérisseur planta son regard dans celui du Criméan.

"Commencez par vous laver minutieusement les mains et les avant-bras. Nous n'avons plus un seul bâton en réserve, alors je vais devoir m'occuper de lui à l'ancienne. Et vous allez m'y aider puisque vous y tenez tant."

Le chevalier s'apprêtait déjà à riposter, mais se ravisa avec un sourire. Il obéit malgré sa fatigue, trouva de quoi éponger tout le sang qui le maculait et la matériel qu'on lui indiquait au fur et à mesure. Aidés par d'autres bonnes âmes, versées ou non dans le domaine médical, les deux hommes se retrouvèrent à œuvrer à la lueur de plusieurs bougies.
L'homme de science défit prudemment le bandeau de fortune, arrachant une croûte de sang coagulé, pour mieux nettoyer la plaie et la réduire.
Laguerran avait pour principale mission de rapprocher les deux extrémités de la blessure centimètre par centimètre, tandis que le professionnel suturait avec une aiguille chauffée à blanc. Le chevalier se garda bien de tous commentaires, imaginant la difficulté de l'exercice, quand le praticien à bout de forces s'efforçait de rester éveillé et que ses mains tremblaient de plus en plus. Il fallait coûte que coûte limiter les pertes de sang ou bien Mysti y passerait.

Une cavalière-pégase offrit sa cape de voyage pour permettre la réalisation d'un bandage assez large, voyant la pénurie touchait aussi les médicaments et les lignes propres quand ils en eurent terminé.

"Je ne peux pas faire mieux pour le moment... Nous manquons de tout, et il n'y a plus assez de lumière pour que je fasse quoi que ce soit de plus. J'espère que cela vous satisfait, chevalier.
-Merci. Je suis certain qu'il se battra et que rien de tout cela n'aura été vain. Merci."

Le silence finit par tomber à la lueur des flambeaux, tous les Hommes rompus de fatigue et de souffrance. Les Criméans avaient réussi à se réunir dans un coin inoccupé pour passer la nuit, pelotonnés les uns contre les autres. La nuit serait longue.
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Engar
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Ven 15 Sep - 13:06

C’était fini… Je n’ai pas très bien compris comment, ni pourquoi, mais les morts vivant avaient semblé être de moins en moins vifs, de moins en moins agressifs de façon assez soudaine, alors même que je grimpais sur le toit malgré le plan soumis par l’officier Criméen… j’avoue je n’y croyais pas un instant, et je ne me suis pas efforcé de le suivre. Survivre était ma priorité, et pour moi il envoyait à la mort les autres… Qui pour autant suivirent ses ordres alors que j’usais de ma monture comme d’un marche pied pour rejoindre une hauteur. Se faisant, j’avais pu voir le seigneur mort-vivant repartir vers l’extérieur de la ville, sans en comprendre la raison… Et ne pouvant m’y attarder de toute façon. Comme je l’avais crains, les morts vivant ne s’étaient pas désintéressé de nous et s’attaquèrent à ceux rester au sol malgré les tentatives de diversion.. Ils étaient moins nombreux et plus patauds, mais une menace tout de même… A cet instant, j’ai sifflé, un sifflement aigu, un ordre pour Galopin, le dernier. Il fallait gagner du temps, un peu, pour Mysti qui était toujours en bas… Alors ma monture rua et se cabra pour repousser les morts, en écrasant plusieurs sous ses lourds sabots… Bien sûr il fut rapidement submergé et dans ses hennissements se perçut de la douleur, à laquelle j’ai coupé court d’une flèche… Mais il avait fait gagné du temps aux autres, assez pour qu’ils soient épargnés… Par leurs propres actes, des renforts ou que sais je, je ne sais plus trop. A partir de làa mes souvenirs sont flous. Que ce soit la fatigue ou le fait d’avoir abattu ma monture, je m’étais presque effondré sur le toit, le dos sur les tuiles avant de me redresser pour m’asseoir, le regard dans le vague.

A partir de cet instant je ne sais pas trop ce qui s’est passé… Juste que les morts ont fini par s’effondrer les uns après les autres et que le combat a prit fin. Enfin… Mais pour autant ce ne fut pas le silence qui se fit entendre, pas plus qu’un cri de victoire, mais bien les pleurs de tous et les gémissements des blessés. D’une certaine façon, c’était pourtant une victoire, nous étions vivant et c’est ce qui compte le plus, non ? … Mais il ya encore à faire, et ayant quelque peu récupéré je descends du toit… Les criméen se sont bien sûr éloignés depuis le temps, et je me retrouve seul, mais pas pour longtemps. Il y a beaucoup à faire, et si je suis encore trop faible pour porter les corps et les rassembler afin de leur accorder soit un bucher funéraire, soit une sépulture décente, je peux encore marcher et parler, ce qui est encore suffisant pour être utile...Et plus précisément pour partir à travers la ville à la recherche d’éventuel survivant ce que je fais donc. La tâche est assez… Amère, car se faisant je découvre bien plus de morts que de vivants et constate, ou bvien devine, de nombreux drames. Entre les amants s’entretuant lorsque l’un d’eux a succombé à ses blessures, ceux qui se sont sacrifié pour essayer d’offrir du temps aux autres, parfois en vain lorsque je retrouve leurs corps dans une autre pièce. Cependant, il y a aussi des vivants, moins nombreux, mais qui ont réussi à tenir leurs barricades improvisés ou à se mettre à l’abri d’une façon ou d’une autre. Des hommes qui sont ravis de me voir et accueillent mes nouvelles avec un certain plaisir, mais parfois une certaine tristesse… Mais se faisant je constate, et savoure, une chose… Ils se moquent bien de la marque que j’arbore, la seule chose qui compte pour eux, c’est que je respire.

Puis une fois que le soit tombe, et qu'il est évident que même en continuant à chercher on ne trouverait personne d'autre dans la pénombre, il fut grand temps que de rejoindre le centre de la ville, pour la simple et bonne raison que contrairement aux autres quartiers il n'était ni encombré par de multiples cadavres, et qu'en plus de cela, bien qu'occupé à saturation, tout les bâtiments étaient en bon état. Ce n'est pas pour autant que l'humeur y était plus joyeuse. Les événements de la journée pesaient sur tout les esprits et surtout il y avait les gémissements incessants des blessées, les pleurs de ceux qui viennent de découvrir leurs morts... Et les quelques survivants que l'on ramène ne suffisent clairement pas à contrebalancer cela.

Or, je n'ai jamais été du genre à prendre les choses avec beaucoup de détachement. Oh, j'en donne parfois l'impression comme j'évite de me mêler des affaires qui ne me regardent pas, mais en vérité je suis loin d'être insensible au malheur des autres, surtout quand d'une certaine façon je me sens impliqué. C'est idiot, hein ? Mais d'une certaine façon je m'en veux de ne pas avoir été capable d'influer plus que cela sur le cours des événements ! J'ai essayé pourtant, tout ce que j'ai pu, en vain... Quoi que peut être pas tout à fait, car je songe à mon dernier acte, presque suicidaire. Pour peu que Mysti ait survécu à ses blessures, alors peut être que ma présence aura fait une différence... Et en conséquence je prends le temps de le chercher, je me renseigne auprès de ceux qui semblent s'occuper des blessés, et on finit par m'indiquer l'un des nombreux hopitaux de fortune où le général Criméen aurait été placé.

M'y rendant sans plus attendre, je n'ai aucune peine à le reconnaître. Pour impressionnant qu'ait été sa plaie, elle a le mérite de ne pas l'avoir rendu méconnaissable, et je ne tarde de fait pas à rejoindre le général, m'approchant de lui je lui et l'examinant... Je ne m'y connais pas assez en médecine pour savoir s'il va s'en sortir sur le long terme ou quelles en seront les séquelles, mais pour le moment il respire, c'est tout ce qui impose. Je constate d'ailleurs qu'ils lui ont fait un nouveau bandage, bien meilleur que je lui avais fait, ce qui n'est pas très difficile cela dit... Et se faisant je remarque que parmi les sanglantes étoffes laissées à proximité, par manque de temps pour s'en débarrasser, il y a mon ancien bandeau... Irrécupérable avec toutes les croûtes de sang qui l'imprègnent, mais malgré cela je le prends en main et le glisse dans une poche... Je ne sais même pas trop pourquoi, mais dans le fond ça n'a pas d'importance. De toute façon mon esprit est un peu ailleurs en cet instant. Dans cette salle, au milieu des gémissements des blessés, des morts qu'on n'a pas encore pu déplacer, il y a ... Il y a cette chose qu'Ethan m'a raconté tant de fois, mais dont on n'a jamais pleinement conscience avant d'y être confronté... Le prix à payer pour la guerre. Je pense alors à ce que m'a dit Mysti, aux raisons pour lesquels lui, ainsi que ses hommes, se battaient... JE me demande si un seul d'eux a envisage un jour qu'il allait lutter, et mourir, pour un résultat si désastreux.

"...Général... Vous avez intérêt à survivre ou vous pouvez être sûr que je maudirai aussi bien la catin que la bigotte."

Sur ce grondement énervé je me retourne et sors de cet endroit. Il est hors de question de gêner les guérisseurs, dont certains se sont déjà effondré de fatigue alors que leurs collègues continuent à faire de leurs mieux, parfois rejoint par d'autres sortant de leur torpeur... Comment face à un tel spectacle on peut éprouver autre chose que de l'abattement, et ce même avec toute la volonté du monde ! Quoique... Ce n'est pas tout, il y a aussi de la colère, un sentiment de frustration... Une envie de vengeance. Mais peu m'importent tout ces cadavres qui marchent, il n'y en a qu'un qui compte vraiment, et je ne dois pas être le seul à le penser.

Seul... Ce mot résonne dans mon esprit et ça me fait penser que je n'ai nul part où aller pour cette nuit. Rien de très grave a priori, au vu du nombre de maisons désertes et aux portes enfoncées qu'il doit y avoir, mais je me rend compte que je n'ai pas envie d'être isolé. Ai je peur ? Il y a un peu de cela, mais aussi chose aussi. J'ai besoin de parler, d'être avec des vivants... Mais justement alors que je sors de l'hopital de fortune un des jeunes hommes que j'ai interrogé sur la position de Mysti vient à ma rencontre.

"Monsieur... Vous avez l'air perdu, mais les autres Criméens sont là bas !"

Visiblement il a pensé que j'étais un des leurs... Et dans le fond c'est pas comme si je me considérais comme un fier citoyen de Beignon... Pourquoi pas après tout ? Après tout j'avais été à leurs côtés pour sauver leur général et au vu de la situation ils ne vont pas me rejeter...Et puis ce sont des soldats, ils risquent moins de fondre en larme que les civils.

Je me dirige donc d'un pas rapide à l'endroit indiqué, repérant sans peine la petite troupe qu'il forme autour du feu. Se faisant, je constate l'absence du soigneur, et je ne peux retenir une grimace. Quelque part, j'espère qu'il est occupé à guérir des blessés, mais je songe au pire. Je ne pourrai lui revaloir cette potion qui me permet d'être debout en cet instant, voir même d'être encore en vie... Mais je ne dois pas y songer, pas encore...et secouant doucement la tête, je m'approche, ne m'arrêtant qu'une fois que je suis à une distance qui permet d'être clairement visible.

"Puis je me joindre à vous ? ... Je sais que je pourrai sans doute aller ailleurs, mais je ne connais personne ici, si ce n'est le général Mysti à l'égard duquel j'ai une dette..."

Certains diront sans doute que je la lui ai remboursé en allant prendre de tels risques pour le récupérer... Mais à vrai dire ça ne m'est même pas satisfaisant ! J'ai l'impression que je dois faire autre chose pour lui valoir d'avoir pris le temps de me parler et de me défendre. Par ailleurs sans attendre de réponse, je lève doucement la tête vers le ciel, commentant d'une voix pensive.

"Et repensant à ce qu'il a dit je pense qu'il n'a jamais eu tant raison que maintenant. Beorcs, marqués ou laguzs, aucune importance... Tout ce qui compte c'est de faire partie des vivants et non des morts."

Néanmoins, je ne me mêle pas sur le champ parmi eux, je préfère attendre qu'on me dise que je peux le faire. Après tout ils pourraient très bien me rejeter pour vouloir rester entre eux, panser leurs plaies, honorer leurs morts...Et je peux le comprendre.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Dim 17 Sep - 21:12

Ironie du sort, la nuit resplendissait d'une beauté stellaire, comme les larmes d'une mère brillant au clair de lune alors qu'elle contemplait ses enfants meurtris. Le froid recouvrait de sa chape le centre-ville de la capitale, et avec lui l'essentiel des survivants Siennois. Différentes torches et flambeaux garantissaient un peu partout la chaleur nécessaire à la subsistance des vivants qui n'avaient pas eu le courage de pénétrer dans les bâtiments éventrés pour s'y protéger.

A l'approche d'Engar, une cavalière-pégase leva la tête, écouta sa requête. Elle balaya le groupe autour d'elle d'un regard : tous dormaient, par paquets de deux ou trois corps serrés et emmitouflés dans leurs vêtements de voyage. Dans un bâillement, elle secoua l'épaule de son voisin, lequel ouvrit des yeux exténués.

"Hum... C'est déjà l'heure ?"

Suivant son signe, il leva la tête à son tour, reconnut vaguement le cavalier.

"Ah, c'est toi ?
-Il dit qu'il a une dette envers le général. Il veut rester avec nous."

Laguerran opina simplement, se déplaça un peu pour offrir un pan de mur aussi confortable que possible au Marqué.

"Veuille m'excuser de ne pas me lever, mais je ne tiens plus sur mes jambes... Assieds-toi donc, que je puisse te serrer la main. Nous te devons des remerciements pour ton geste de tout à l'heure. Et des condoléances pour ton cheval..."

A bout de bras, le Criméan remit quelques bûches dans le feu et utilisa un bâton déjà noirci pour le tisonner quelque peu, le temps que le Marqué s'installât. Si son regard glissa un instant sur son front, il ne s'y attarda pas davantage.

"Je suis le chevalier Laguerran de Valfleur, enchanté. Tu dis avoir une dette envers Mysti ? Les amis de ce jeune homme sont aussi les miens. Il a tant fait pour nous tous qu'il me semble impossible de pouvoir un jour l'honorer à sa juste valeur."

Peu enclin à débattre de politique ou de considérations religieuses, et surtout trop fatigué pour s'y intéresser sérieusement, le Criméan s'appliqua à échanger un moment avec Engar avant de commencer à piquer du nez de nouveau. La cavalière dormait déjà sur son épaule et il se résolut à appeler un autre soldat pour veiller, le corps du général visible depuis leur position.

Le lendemain ne s'annonça pas bien meilleur : les blessés pour lesquels on pouvait plus rien, faute de moyens, nourriture ou à cause du froid avaient fini par trépasser, de même que plusieurs villageois suicidaires dont les nerfs avaient cédé face au désastre. Mysti ne comptait pas parmi eux, mais cela rendait le bilan à peine meilleur pour les Criméans esseulés dans la capitale. Ragaillardis par leur repos bien mérité, ils reprirent le rassemblement des corps et le recensement, voire l'immolation quand les cadavres ne pouvaient plus être identifiés. Les vivants reprenaient peu à peu consistance, et le calme dominait, moins tendu que la veille. Il s'agissait à présent d'un deuil.

Le zénith approchant, Laguerran rappela ses troupes et Engar pour une petite réunion d'appoint autour d'un repas que leurs provisions de voyage constituaient.

"Comme vous le savez, Mysti étant dans l'incapacité d'assurer sa fonction, il me revient en tant que lieutenant de prendre le commandement. Et j'ai beau y réfléchir en tous sens, je vois deux priorités absolues pour nous : informer Criméa des événements, et favoriser la guérison de notre général. Sienne, malgré tout le respect et la sympathie que nous pouvons lui porter, reste l'affaire des Siennois. Cependant Mysti n'est pas en état de voyager, conscient ou pas. Nous allons donc nous séparer en deux groupes. Je voudrais que la majorité rentre au pays. Vous devez avoir hâte de voir vos familles, et je ne peux vous le reprocher."

Le chevalier vit aux expressions des soldats qu'il avait visé juste. Certains semblaient soulagés, d'autres harassés par les efforts qu'ils fournissaient depuis plus de 24 heures.

"Comment serons-nous répartis ?
-J'y viens. Six d'entre vous sont d'ores et déjà affectés au retour. Parmi les cavalières-pégases, j'aurais besoin de deux volontaires pour mon propre retour et celui de Mysti lorsqu'il sera rétabli. Et la dernière..."

Laguerran se tourna alors vers Engar. L'équation était simple : il avait perdu son cheval, la cavalière avait perdu son passager en la personne d'Azelian. Et puisqu'il avait exprimé le désir de rembourser sa dette envers Mysti la veille...

"Le choix te revient. Tu peux rester ici, et dans ce cas nous garderons 3 pégases à disposition, ou chevaucher vers Criméa. Si j'ai bien deviné tes intentions, tu souhaites te rapprocher de notre nation, que ce soit pour t'y installer ou simplement payer ta dette. Dans la mesure où nous avons perdu un passager, paix à son âme, il nous est possible de te conduire."

Les soldats s'entre-regardèrent, un peu soufflés par le calcul de l'officier. Il avait raison bien entendu, mais son sang-froid dans une situation pareille les déboussola quelque peu. Ils comprirent alors pourquoi parfois à la caserne on lui donnait le surnom de "Nerfs-d'acier". Rien ne semblait parvenir à troubler son objectivité et son raisonnement.

Sans grande surprise, le Marqué signifia alors son intention de rester à Sienne, autant pour aider les survivants que pour veiller au bon rétablissement de Mysti. Ce geste généreux attira quelques sourires, puis la troupe se répartit les rôles conformément aux instructions. Le temps du repas, les Criméans en profitèrent pour parler de tout et de rien, mais surtout pas de la guerre. Laguerran leur rappela toutefois sur le départ de faire une halte à Serenes pour informer les faucons du sort de leurs confrères.

Les volontaires regardèrent les leurs s'éloigner, puis se tournèrent à nouveau vers la cité envahie. De nouveau, ils allaient s'immerger dans cet environnement recouverts de corps en putréfaction, de cendres et de froid. Le chevalier voulut s'assurer tout d'abord que son général se portait bien, et c'est ainsi qu'il prit les devants jusqu'à la salle d'audience, moitié moins pleine que la veille. Il s'agenouilla près de Mysti, puis remarqua de la transpiration sur son front. Il se frictionna les mains afin d'éliminer la différence de température, avant d'appliquer sur l'une d'elles sur le visage du mage inanimé.

"Mais... il est bouillant de fièvre !"

Son regard si fit tranchant comme une lame lorsqu'il releva les yeux, droit sur le guérisseur de la veille qui venait à leur rencontre.

"Vous voila ! Ne me regardez pas ainsi messire, il se trouve que j'ai des centaines de patients à garder en vie, je ne peux pas prévenir tout le monde de la moindre évolution de chacun des proches qui se trouvent ici. La fièvre a commencé probablement en fin de nuit, c'est à ce moment-là que l'une de mes aides l'a détectée en tout cas. Malheureusement sans médicaments je ne peux pas y faire grand-chose, les apothicaires ont été dévalisés comme vous vous en doutez. Sa plaie commence à s'infecter, pas étonnant avec toutes les vapeurs et substances putrides. C'est déjà un miracle qu'il ait passé la nuit !
-N'y a-t-il vraiment aucun moyen de l'aider à se remettre ? Il n'y a pas que Sienne dans Begnion, il y a bien des villages alentours !
-Oui. Nous avons envoyé autant de cavaliers que possible, mais quelques-uns sont déjà revenus avec de funestes nouvelles : les morts ont sévi dans tout le pays semble-t-il, même s'ils étaient les plus agressifs auprès de leur sorcier. J'ai fait le nécessaire pour qu'une chambre désormais sans propriétaire du palais serve de logement à votre ami, mais contre la maladie..."

Les poings serrés, deux cavalières se proposèrent aussitôt pour pousser les recherches plus loin, rejointes par la troisième volontaire. Pendant qu'elles couraient seller leurs montures, Engar et Laguerran aidèrent le guérisseur à déplacer Mysti dans une suite du palais, où la chaleur des couvertures l'aiderait en partie à lutter.

Pendant deux semaines, l'angoisse fut quotidienne. Les pégases furent assignées, en compagnie de leurs homologues de la Garde Sacrée, au transport de denrées entre les villages, permettant ainsi le réapprovisionnement de Sienne dans une moindre mesure. Les coffres de la cité à l'abandon furent vidés, voire pillés, afin d'acheter de quoi passer l'hiver. Les guérisseurs en furent les premiers bénéficiaires, afin de se procurer potions, bandages, herbes, baumes, onguents, ou tout du moins de quoi se les fabriquer sur place.
Fermement surveillé, pansé et nourri de soupes pleines de vitamines, le général Criméan reprit doucement des couleurs, jusqu'à ce que la fièvre tombât. Laguerran et Engar, qui se relayaient à son chevet, s'en trouvèrent les premiers satisfaits.

"Il va enfin pouvoir reprendre des forces."

Il fallut patienter encore, et voir le palais se vider de ses "occupants" inhabituels. Que ce fût à cause d'un décès ou au contraire grâce à une guérison suffisante, les blessés libérèrent le bâtiment pour retourner dans leurs propres maisons.
Enfin, 37 jours après la bataille meurtrière contre le sorcier Death, Laguerran perçut un mouvement chez Mysti. Cela commença par un souffle plus appuyé qu'à l'ordinaire. A force de passer son temps à épier le moindre signe de dégradation de son état, le chevalier connaissait par cœur le rythme de respiration du jeune homme. Il leva la tête de la broderie qu'une infirmière lui avait donné à faire pour s'occuper, ses doigts piqués de nombreuses fois par la pointe de l'aiguille. Il crut rêver en voyant les doigts de Mysti se contracter doucement, puis ses paupières. C'est alors que les iris noisettes du blessé rencontrèrent la lumière, se refermant presque aussitôt à cause de la luminosité trop prononcée.

Cinq minutes plus tard, le lieutenant courut annoncer la bonne nouvelle, aux guérisseurs sur son chemin comme aux Criméans. Le héros renaissait !
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Engar
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Jeu 21 Sep - 22:59

Hm... Visiblement j'ai fais une erreur de jugement. La plupart des hommes de Mysti dort déjà et je risque plus de les déranger qu'autre chose. Cette constatation suffit pour m'encourager à rebrousser chemin, mais je me ravise lorsque je constate qu'il est trop tard. Déjà la garde réveille un de ses parts pour m’accueillir, partir serait pire que tout en somme. Surtout que je reconnais l'homme qui s'est réveillé, celui qui a donné les ordres après la mise à bas de Mysti. Il semble également me reconnaître, ce qui m'amène à lui adresser un léger mouvement de tête en retour, avant de m'avancer à son invitation. Peu après il me remercie, des mots qui m'arrachent un sourire et, honnêtement, je ne suis pas de ceux qui renieraient leurs actes. C'est peut être un défaut mais je n'en hésite pas à en tirer le peu de fierté que je peux !

"Il faut bien se rendre utile non ? Et puis, pour lié que j'étais à ma monture, il s'agissait avant tout d'un animal, si son sacrifice a pu sauver ne serait ce qu'une vie humaine, c'est tout ce qui compte."

Et répondant tacitement à son invitation, je viens m'asseoir à ses côtés, le dos contre le mur, alors qu'il attise quelque peu les flammes, mentionnant Mysti, ce à quoi je réponds, quelque peu pensif.

"Enchanté également, je me nomme Engar. En ce qui me concerne, pour faire simple, il m'a tiré d'une situation délicate et il a eu le mérite de me faire réfléchir... Et que ça soit impossible de l'honorer ou pas, peu importe, ce qui compte, et je pense qu'il serait d'accord, du moins dans l'idée car je le vois mal demander à être honorer, c'est d'essayer ! "

Je pourrai lui donner plus de détail sur les raisons de mon intérêt pour Mysti, mais je n'ai pas envie de l'assommer avec un récit qui n'a que peu d'intérêt pour ceux qui n'y ont pas contribué ! Et puis, il est vrai aussi que Mysti même devait probablement à peine s'en souvenir. Après tout c'était un général, il avait d'autre chose à faire que se souvenir d'un criminel qui a gêné sa mission ! Même si dans l'idée que je me fais de l'homme, je sais que je serai un peu déçu s'il ne se souvenait pas un tant soit peu de moi.

De toute façon, la discussion tourne court, et avec la fatigue qui nous afflige c'est parfaitement normal. Ainsi je ne tarde pas à imiter les criméens et à m'assoupir, en une position peu confortable, mais qui apparaît étrangement rassurante après les événements de la journée...

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Tu nous as laissé mourir...

Tout tes actes sont vains...

Tu es incapable...

Faible...

Inutile...


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Sans un mot je me réveille au milieu de la nuit... Pas de cri, pas de sanglots...Ce n'est rien de terrifiant à proprement parler, mais ce n'en est pas moins un cauchemar... Ou la vérité ? Je ne sais pas trop... Mais ce qui est certains c'est que je n'arrive pas à dormir avec cela... Je dois contredire ces mots, je dois être utile. Ma présence ici doit faire une différence... Ainsi, avant tout le monde, j'ai commencé à traîner les corps pour les réunir, mon corps s'étant à peu près remis malgré ma courte nuit, et ce en grande partie grâce à l'élixir que j'ai bu. Les autres Criméans qui se réveillent viennent me prêter main forte, qu'il s'agisse des corps des leurs ou de ceux des habitants de Sienne. C'est là un travail épuisant, aussi bien physiquement que moralement, mais il doit être fait... J'ai assez entendu parler des villes où les morts étaient laissés à pourrir pour savoir que Sienne n'en avait pas besoin.

Mais même alors que le soleil commence à se coucher et que je n'ai pas arrêté un instant d'oeuvrer, que mes muscles me sont douloureux, j'ai l'impression que... Ce n'est pas assez, jamais assez... Tant et si bien, qu'il me faut un instant pour me rendre compte que Laguerran a réuni les autres afin de leur parler de la situation. Ce que je perçois de ses propos m'interloquent un peu, assez pour que je finisse par m'approcher et comprendre de quoi il est question... Et aussi amoral que puisse sembler l'idée d'abandonner Sienne au vu de sa situation elle est parfaitement justifiée. Une poignée de soldat ne changera pas grand chose quant au rétablissement de la cité, mais l'information qu'ils délivreraient à Crimea pourrait bien faire la différence si jamais cette horde mort vivante attaque un autre pays. Au vu de la situation, il est nécessaire de se montrer davantage efficace et pragmatique qu'émotif. Se montrant à mon avis plus efficace sur cette question logistique que sur le terrain, Laguerran expose clairement ce qu'il attend de tous. De fait, je m'attends naturellement à ce que, faute de mieux, il m'inclue parmi les messagers renvoyés à Crimeo.

Mais il n'en est rien, et la mention spécifique qu'il a pour moi m'interloque. Ainsi donc j'ai le choix ? Très bien, dans ce cas, il a sa réponse sans plus attendre.

"Et toutes mes condoléances pour cet homme... Mais si cela ne pose pas de problème, je préférerai rester ici jusqu'au bon rétablissement de Mysti. Je ne doute pas qu'avec vous il soit entre de bonnes mains, mais s'il doit lui arriver quelque chose en bien ou en mal, je préfère être là plutôt que d'errer à Crimea pour ne l'apprendre que bien plus tard..."

Il faut bien être honnête, l'idée que j'ai eu de soutenir Crimea ne me vient pas d'une quelconque fibre patriotique ou d'un attachement à ses valeurs, mais bien du respect pour un seul homme. Que l'homme meurt et rien ne me rattachait plus à eux... Et puis il y aura déjà bien assez de messagers pour délivrer le message alors que je peux encore être utile ici !"

Voilà qui conclut ma réponse, qui ne semble pas gêner plus que cela l'officier... Après quoi le départ ordonné ne tarde pas à avoir lieu et il faut se remettre au travail. Traîner les corps, chercher les survivants... Seulement la tâche est interrompue assez rapidement. Laguerra était allé se renseigner sur l'état de Mysti et visiblement ça avait empiré. De ce que j'ai cormpis i létait devenu impératif de le déplacer afin de lui asurer de meilleures conditions de repos. Mais le travail encore et encore. Jour après jour... mais je ne fais pas que cela. Non seulement je m'interrompts parfois pour veiller sur Mysti lorsque Laguerran ne peut le faire. Et puis, il y a les nuits aussi, ces nuits emplies de cauchemars, nullement apaisée par l'inquiétude manifeste de Laguerran quant au sort du général... Alors je veille, de plus en plus, mais je ne fais pas que cela. Je ne dois pas donner raison à ces pensées, je ne dois pas rester faible... Alors je m'isole dans un coin désert de la ville et je m'entraîne comme je peux, avec la poignée de flèche que j'ai pu récupérer... Et ce n'est quand mes épaules n'en peuvent plus que je vais dans cette salle où se repose Mysti, de plus en plus assuré de survivre à chaque jour qui passe. C'est au moins une bonne nouvelle...

Qui finit par atteindre un point culminant après plus d'un mois d'attente, un mois durant lesquels Sienne dut faire face à des difficultés plus complexe que la gestion des cadavres et l'amertume laissé par les morts. La réalité se faisait alors étrangement cruelle lorsqu'après une telle tragédie l'argent était encore la principale motivation de certains. Je songe durant ce temps que les messagers ont dû atteindre depuis longtemps leur objectif, mais ici on n'a aucune nouvelle d'où que ce soit, et ce n'est pas très rassurant... C'est aussi un mois durant lequel je m'épuise de plus en plus, je me rends bien compte... Mais je ne dois... je ne dois pas dormir, c'est inutile, le temps passé... Je dois m'en servir pour leur donner tort, m'améliorer... Encore...

Et dans le fond je me surprend moi même à voir que j'ai... Raison. Malgré ces courtes nuits et ces efforts je parviens encore à tenir debout ! Même si à vrai dire, maintenant, la plupart de mes journées consistent à veiller sur l'état de Mysti, parfois en même temps que Laguerran ! Mais justement...C'est à ses côtés que j'observe le premier grand progrès de nos efforts, que je vois Mysti rouvrir les yeux. Quelque part, j'ai l'impression que Laguerran l'avait anticipé au vu de sa réaction, même si j'ignore comment et dans le fond, peu importe... Seul compte le fait que le général vive. Je me demande d'ailleurs s'il est assez conscient pour m'entendre... Je ne vais pas tarder à le savoir de toute façon et je profite donc du privilège d'être celui accueillant son réveil pour lui parler.

"Et bien vous avez fait peur à tout vos hommes Général Mysti ! Et à moi aussi, comment diable aurai je remboursé ma dette envers vous si vous étiez mort... Quoi que je devrai peut être vous en voulois pour m'avoir amené dans ce bazar ! "


Se faisant je ris doucement, plaisantant comme je peux, malgré les cernes visibles sous mes yeux, et ne me souciant guère de ma marque, de ces arabesques de teintes distinctes s'entremêlant sur le côté droit de mon visage, visible sans mon bandeau. Cependant je ne tarde pas à reprendre mon sérieux, pour lui faire un rapide résumé de la situation.

"Un mois et plus...vous avez fait peur à tout le monde, et je vais vous faire un résumé simple de la situation. Les morts vivants ont reflué suite à l'assaut des dragons, mais le roi dragon lui même est mort. Depuis Sienne tente de se redresser comme elle peut, et votre Second, Laguerran a pris depuis l'initiative d'envoyer des messagers informer Crimea de ce qui s'est passé... Enfin bref, pour le moment vous n'avez pas à vous préoccuper d'autre chose que de vous remettre sur pied ! Comment vous sentez vous ?"

Si ma voix se voulait joyeuse pour la plus grande partie de mes propos, ma dernière phrase par contre fut sincèrement soucieuse. Ca serait dommage d'avoir un faux espoir pour en fait découvrir que son état est pire qu'avant.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Sam 23 Sep - 11:05

A l'éblouissante lumière du jour succéda l'image de deux hommes, l'un familier, l'autre beaucoup moins. L'aîné tira à demi les rideaux afin de soulager sa vue, avant de sortir en toute hâte. Mysti n'eut pas le loisir de rechercher son nom : déjà la voix du second, bien plus proche, l'assaillait d'un vacarme de tonnerre. Et surtout, il y avait cette douleur. La première chose qui traversait son esprit depuis son réveil, voire même avant. Pourquoi cinglait-elle son corps ?

Laissant les mots s'envoler comme poussière au vent, il tenta de se raccrocher à cet homme, à sa voix, à son regard, afin de mettre de côté cette douleur omniprésente. Au bout d'un moment, la voix retomba, les yeux l'interrogèrent. Une question probablement. Il attendait une réponse, mais une réponse à quoi ?

"Err..."

Sa propre voix lui parvint comme un immonde gargouillement. Par réflexe, il se racla la gorge et la simple contraction de ses muscles abdominaux lui arracha une grimace de souffrance.

"Est-ce que... je peux... avoir... de l'eau... ?"

Son regard chercha le visage du Marqué, trouva quelques similitudes avec quelqu'un qu'il connaissait. Cette Marque, il l'avait déjà vue. Cet homme, il le connaissait. Un instant le mage referma les yeux, et les souvenirs affluèrent : les yeux surnaturels de Death, comme incandescents, le sourire qu'on devinait à sa voix et cette épée. La morsure de la lame dans sa chair le brûlait, il s'effondrait alors, terrassé sans avoir pu réagir.

*Je vais te laisser vivre pour que tu me vois brûler ta chère patrie, retourner tes fidèles soldats les uns contre les autres, et anéantir la moindre trace du nom de ta famille.*

Une violente envie de vomir le prit à la gorge, ponctuée de cette ignoble douleur qui ne voulait pas le quitter. Hélas -ou heureusement, plus d'un mois à se faire nourrir de soupes et de bouillons ne lui permettaient pas de se vider encore.

Confus, il tourna la tête vers Engar. Death ? Qu'était devenu Death ? Et Sienne ? Et Sanaki qu'ils attendaient avec tant d'espoirs ? Il se calma peu après : s'il souffrait, c'est qu'il vivait. Le sorcier ne l'avait donc pas achevé. On le soignait. Des vivants le soignaient. Ils avaient donc gagné le combat ? Death était mort ? Comment ? Qui ?

Des fragments de mémoire s'assemblaient petit à petit, il fallait juste un peu de temps, se concentrer sur autre chose que cette intolérable douleur.

Comme répondant à son désir, la porte s'ouvrit de nouveau. Laguerran ramenait une Sœur avec lui, laquelle tenait un plateau dans ses mains : une tasse fumante dégageant l'odeur caractéristique d'un mélange amer aux herbes médicinales, une assiette bien plus appétissante qu'un bouillon malgré son allure de purée concassée. Une dizaine de minutes venaient de s'écouler comme une poignée de secondes aux yeux de Mysti.

"Alors, a-t-il parlé ? J'ai fait aussi vite que possible."

La religieuse déposa son plateau sur une table de chevet et s'installa sur le bord du lit. Le général se laissa prendre le pouls, la fièvre, la tension et tout ce qu'il fallait pour rassurer son entourage, les regardant tour à tour.

"Sire Laguerran... Engar..."

Son expression se voila d'incertitude. La situation lui semblait trop belle, trop facile. Peut-être qu'il rêvait ? A moins qu'il ne fût mort... Il inspira lentement, profondément.

"Tu croiras... à tous... les enseignements... de l'Eglise... et tu observeras... ses commandements..."

Les deux chevaliers verrouillèrent leur regard, et captant sa détresse, Laguerran s'approcha pour prendre l'une de ses mains solennellement.

"Tu protègeras l'Eglise.
-Tu... défendras... tous les faibles...
-Tu aimeras le pays où tu es né. Tu ne fuiras jamais devant l'ennemi. Tu combattras les infidèles avec acharnement. Tu rempliras tes devoirs féodaux, à condition qu'ils ne soient pas contraires à la loi divine. Tu ne mentiras jamais et tu seras fidèle à ta parole. Tu seras libéral et généreux. Et enfin, tu seras toujours le champion du droit et du Bien contre l'injustice et le Mal.
-Ai-je failli... ?
-Certainement pas. De tous les chevaliers présents ce jour-là, vous avez donné le plus bel exemple de chevalerie que l'on aurait pu trouver. Criméa n'aura pas à rougir du peu d'aide qu'elle a apporté. Votre serment est intact.
-Notre...
-Je n'ai fait que pâle figure à côté de vous, mon jeune ami. Mais avant de parler de tout cela, il faut vous remettre. Engar m'a bien aidé à veiller sur vous tout ce temps, et nous continuerons autant qu'il le faudra. Les autres Criméans aussi.
-Je m'étonne... qu'Azelian... vous laisse m'approcher..."

A ces mots, Mysti esquissa un faible sourire moqueur et Laguerran pâlit. Ce dernier devinait que Mysti tentait de les rassurer sur son état par la plaisanterie, mais il n'imaginait pas combien il allait appuyer sur la corde sensible s'il insistait.

"Pas cette fois, éluda-t-il. Il se repose lui aussi."

Pour donner contenance à l'officier, la Sœur lui tendit le gobelet tiédi du plateau. Elle entreprit ensuite de redresser tout en douceur le mage blessé en position assise, tout en demandant assistance aux deux autres afin de le faire boire et manger. Laguerran profita d'un échange de regards avec le Marqué pour quérir sa complicité sur ce point.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Jeu 28 Sep - 18:54

Hm... Je ne sais pas ce que j'ai exactement attendu avec mes propres. Il est après tout assez évident que Mysti n'est pas en état pour m'entendre clairement et me répondre, mais, et c'est sans doute idiot, ça me fait du bien de lui parler après tant de nuit à si peu dormir. Enfin au moins cela répond à ma question après tout. Comment se sent il ? Mal, et comment je le comprends ? Il suffit d'entendre sa voix pour cela, et puis, généralement, quand les gens demandent de l'eau en premier lieu, c'est que ça ne va pas très fort ! Enfin de l'eau ou tout autre liquide plus ou moins alcoolisé. Heureusement, à force de faire des efforts dans la ville, j'avais pris une gourde sur moi pour me désaltérer quand le besoin se faisait sentir en plein milieu de l'effort. Je la prend donc et la tend à Mysti, juste à l'instant ou ce dernier se met soudainement à avoir des contractions d'une certaine violence. Je m'inquiète, et vérifie qu'il ne s'agit de rien de sérieux, hésitant à appeler un soigeur. Ca serait moche qu'il se soit réveillé juste pour mieux crever ! Heureusement cela passe, et j'en profite pour lui donner rapidement à boire, rien que deux gorgées, j'ignore si c'est une bonne chose de trop lui en donner, et ça devrait suffire dans l'immédiat.

A peine ai je fais cela que je suis...Tétanisé par le regard qu'il m'adresse, empli d'inquiétude et de doutes. J'aimerai pouvoir lui répondre, mais j'ignore quelles sont ses questions exactes et s'il est capable de m'entendre. Dans le doute, je lui souris, me voulant rassurant... Et heureusement la porte s'ouvre laissant entrer Laguerran et ce qui semble être le repas du général ! ... Le plateau que tient la clerc, pas la clerc même, hein, même si certains diraient qu'elle est à croquer... Bref, de toute façon je ne m'attarde pas vraiment sur elle, faisant tout mon possible pour dissimuler l'aversion qu'évoque en moi sa tenue, et puis bon, je me vois mal la blâmer, elle, alors qu'elle soigne les blessés, et en l'espèce Mysti. J'observe avec attention cependant ses gestes et son visage, afin de voir si quelque chose n'allait pas, mais rien ne laisse à le penser, et mon regard fini par revenir vers le général alors qu'il mentionne mon nom, m'arrachant un sourire. Au moins il réussit à nous reconnaître !

Seulement ma satisfaction disparaît rapidement à ses propos suivants, et je me retiens de laisser un soupir exaspéré. Déjà, parce que ça parle d'église, mais aussi parce que, même si je le respecte pour ça, il est u peu désespérant à être un parangon de chevalerie au point que ses premiers mots soient pour répéter ce que je suppose être son serment de chevalier ! Enfin, cela dit, je ne commente nullement ce qui se passe en cet instant, n'interrompant pas l'instant qui est sans doute important aussi bien pour Mysti que pour Laguerran qui l'accompagne dans ses voeux.

Cependant ces derniers finissent rapidement et je quitte ma position nonchalante face à la question du général, empli de détresse à l'idée d'avoir échoué, ce en quoi Laguerran le rassure rapidement, le flattant, et il a bien raison... Même si c'était presque de la folie ce qu'il a fait, c'est digne de louange, mais je me rend bien compte aussi que le lieutenant veille bien à ménager le blessé, passant sous silence les détails de ce qui s'est passé après la chute de Mysti, et j'ai beau ne pas être très subtile, je crois que je vais éviter de gâcher cet effort. Seulement le sujet d'Azélian, que je connais maintenant suite à ces quelques jours, est soulevé, et la réponse de Laguerran m'arrache une grimace. Ce mensonge... Non, je ne peux pas l'approuver, je suis certes prêt à ne pas répéter immédiatement ce qui est arrivé en détail, mais mentir sur la mort d'un allié ne fait que rendre la nouvelle plus dure par la suite. De fait, si lui n'en a pas le courage, c'est moi qui le ferait, mais je ne sais pas comment aborder exactement le sujet. De fait une fois qu'ils ont fini leur échange, j'ajoute d'abord, avec un léger sourire.

"En fait je vois même pas pourquoi vous posez la question général. Si vous aviez failli vous ne seriez pas dans un lit et nous nous ne serions pas en train de discuter avec vous. "


C'est là tout ce qu'il y a à dire sur le sujet. Être vaincu au combat ce n'est pas faillir à ses devoirs, d'autant plus quand l'adversaire est aussi dangereux ! Mais... Mon sourire s'efface rapidement, je n'ai pas le coeur à me contenter de mots doutes et compatissant, il a le droit de savoir et ce sans faux semblant. Ainsi j'adresse un regard à Laguerran signifiant que je ne le suivrai pas dans son mensonge, et je prend la parole, d'une voix un peu amère, mais nullement lamentée.

"Il se repose oui... Mais six pied sous terre. Je suis désolé de l'annoncer, mais je ne tiens pas à vous mentir quant au trépas d'un de vos hommes. Il a été aussi brave que vous, et s'est avancé pour sauver l'impératrice de Sienne, mais les morts ont été moins miséricordieux à son égard... S'il ne nous a pas empêché de vous approcher, c'est qu'il ne le peut pas. Je suis... Désolé."

Cette excuse est aussi bien adressé à Laguerra qu'à Mysti, d'autant plus qu'on m'a conté à quel point le général était proche de ce soigneur, mais... Je vis avec le doute qu'Ethan est mort ou en vie, et je sais qu'à chaque jour qui passe l'annonce de sa mort me ferait davantage souffrir... Et j'ai bien trop d'estime pour Mysti pour lui infliger cela, ou même simplement lui adresser un mensonge aussi bas. Laguerran a sans doute de bonnes intentions, mais Mysti n'est pas général pour rien, et mieux que bien des personnes il doit savoir quelles sont les risques de ses pertes. Ca n'enlève rien à l'amertume de perdre un proche, mais je compte sur lui pour ne pas se laisser abattre par cela ! Mais comme on dit... Ce n'est pas pour celui qui part que c'est le plus dur, c'est pour ceux qui restent.

Sur cette pensée je me lève, adressant un dernier regard sur Laguerran. Je pense qu'il vaut mieux que je parte avant d'être foudroyé sur place et c'est ce que je commence à faire... Je suis cela dit loin d'être serein. Malgré mon calme apparent, annoncer cette nouvelle n'a rien eu d'aisé et je sens mon coeur battre encore contre mes tempes... Mais j'estime avoir fait le bon choix, j'ai déjà assez de mal à dormir comme cela maintenant, sans avoir à m'alourdir l'esprit de mensonge.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Jeu 28 Sep - 20:26

La conversation qui commençait si bien se glaça brutalement. Là où le maître des vents attendait un soutien, un sursis, se leva une tempête. Et quelle tempête ! Engar ne mâcha pas ses mots ni son entrée. Certes Laguerran n'avait pas tout dit, certes Azelian se "reposait" d'une façon qu'il n'était peut-être pas la plus honnête de présenter, mais de là à tout dévoiler au général à peine à son premier réveil !
L'officier retint son souffle, blanc comme un linge, détourna lentement le regard du Marqué à Mysti. La poigne du jeune homme crispée avec ses faibles forces sur la sienne en disait déjà beaucoup. Son regard fut pire encore : choqué, épouvanté, incrédule.


"Peux-tu... répéter... ?"

Sachant pertinemment combien les deux hommes étaient proches, et même au courant des sentiments d'Azelian pour Mysti, sans vraiment savoir si ceux-ci étaient partagés, Laguerran sentit ses entrailles se serrer avec violence. La nouvelle, forcément déchirante, devait sortir. Maintenant qu'un premier pas venait d'être accompli, il n'y avait pas de retour en arrière. Pourtant, rien qu'à voir le visage du jeune homme figé dans cette horrible expression, le chevalier sut qu'il allait porter un coup terrible. Peut-être trop.

"C'est la vérité. Il se repose dans l'au-delà... Votre ami Azelian... est mort."

Un cauchemar. Ce fut le seul mot qui vint à l'esprit de Laguerran, non seulement concernant mais aussi celle de Mysti. Comme une bougie dont on aurait soufflé la flamme, il vit le regard du général s'éteindre, privé de toute lumière, constata l'absence soudaine de force dans ses doigts. Le bruit de la porte qui se refermait sur Engar n'eut pas la moindre importance à ce moment-là, car il venait de déposer derrière lui l'Enfer.

"Mysti... ? Mysti ? Dites quelque chose !"

La Sœur, toujours à soutenir le dos du général, vit sa tête pencher sur le côté, son corps une masse lourde et inerte comme lorsqu'il fallait le laver, inconscient. Elle porta aussitôt les doigts à son cou, tâta pendant plusieurs secondes.

"Je ne sens plus son pouls ! Son cœur a lâché, aidez-moi, vite !"

Elle le rallongea pendant que le chevalier rabaissait les couvertures. Même sans être guérisseur il savait que dans cas-là, à moins d'avoir un mage de foudre expert à ses côtés pour envoyer quelques décharges savamment dosées, la priorité allait au massage cardiaque. Se rappelant l'ampleur de la blessure en voyant l'épais bandage qui lui couvrait le torse, la Sœur hésita, poussa un juron. Laguerran la vit se signer puis apposer les mains sur son plexus solaire, avant de commencer sans ménagement à presser.

"Et sa blessure ?!
-Elle ne tiendra pas ! Nous referons les points !"

Une fureur sans nom verrouilla les mâchoires du chevalier tandis qu'il impulsait, au signal de la Sœur, d'abondantes quantités d'air grâce à sa magie dans les poumons de Mysti. Elle grandit en voyant une tache rouge se former sur les bandes, tandis que la femme de foi continuait d'appuyer avec l'espoir de ne pas tuer le pauvre homme sous ses mains.

Trois minutes de ce traitement de choc furent nécessaires avant de voir une tension se reformer légèrement dans le corps de Mysti, puis son abdomen se soulever doucement. Pour autant leur travail ne s'arrêtait pas là : la Soeur défit les bandages et annonça sans surprise que plusieurs points de suture avaient cédé. La magie curative, à force d'avoir été largement dispensée durant le dernier mois, n'avait pratiquement plus d'effets sur le corps de Mysti et risquait de ne plus en avoir davantage pendant les prochains mois à venir. Le chevalier devina juste avant qu'elle ne lui donnât les instructions : courir de toute urgence prévenir le médecin de garde et ramener de quoi recoudre. L'officier se leva en trombe, prêt à lutter de nouveau contre la Mort. Il en avait fait le serment.

Plus tard, quand la nouvelle se fut largement répandue dans le palais, puis dans les quartiers habités de la ville, on entendit parler d'un mage Criméan fou de rage qui parcourait les couloirs à la recherche d'Engar. Le vent changé en tempête suintait de son corps d'une façon presque palpable, au point que tous ceux qui passaient près de lui s'écartaient de peur de finir coupé en tranches.

"Il a intérêt à être parti loin et longtemps..."

N'y tenant plus, et en espérant que le Marqué fût resté suffisamment près finalement pour pouvoir lui remettre la main dessus plus tard, Laguerran se rendit à l'entrée du palais et se mit à hurler de tout son souffle :

"TU ES LE PLUS INDICIBLE CRÉTIN QUE JE CONNAISSE ! TU NE SAIS RIEN DE LUI ! RIEN D'AZELIAN ! N'AS-TU PAS IMAGINE UNE SEULE SECONDE QUE SES BLESSURES L’EMPÊCHERAIENT D'ACCUSER LE COUP !!!"

Il continua, jusqu'à vider ses poumons, puis les gardes du palais et les cavalières-pégases accourues au pas de course entreprirent de le calmer. Quand ce fut le cas, il ne quitta plus le chevet du général, priant pour sa guérison une nouvelle fois, quitte à se faire jeter dehors par les médecins royaux.


Mysti entrouvrit les paupières dans la soirée. Par chance, l'intervention immédiate avait permis qu'il perdît relativement peu de sang comparé à la première fois, et le repos du mois écoulé avait aidé à atténuer les dégâts. En revanche, il demeura lèvres closes, et visiblement trop faible pour garder les yeux ouverts plus de quelques minutes même s'il ne dormait pas. Un beau gâchis des efforts qu'ils avaient fournis, mais au moins, il vivait encore.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Dim 1 Oct - 22:32

J'ai beau savoir à quoi m'attendre au moment où j'annonce la nouvelle, je n'en sens pas moins mon coeur se serrer lorsque je vois le visage de Mysti blêmir et se décomposer face à mes propos. Lorsque je vois sa main se crisper sur celle de Laguerran, je comprends quelle épreuve cela est il pour lui. Une telle réaction... Je la connais, j'ai eu la même lorsque j'ai pris conscience pour la première fois que j'avais, dans le fond, abandonné Ethan. Seulement, il est vrai que je n'étais pas non plus dans le même état physique que Mysti. Mysti qui d'ailleurs me demande de répéter, mais au vu du regard que m'a adressé son second, je comprend tout de même qu'il ne m'appartient pas de le faire, et, acculé, il est bien obligé cette fois de revenir sur son semblant de mensonge. Un sacrifice couteux, cela se devine dans sa voix, mais cela est nécessaire. Seulement, lorsque ces mots sont dits, je suis déjà en train de m'éloigner. Lâche diraient certains... Mais non ce n'est pas la question. Je ne crains pas de faire face à mes actes, mais maintenant que la vérité est dite, Laguerran saura sans doute faire davantage de tact que moi, et il vaut mieux éviter qu'il laisse éclater sa colère contre moi en face de Mysti.

Ce qui se passe ensuite... Et bien c'est tout tracé. Je vais tout bonnement attendre, attendre mon jugement, une fois encore, je commence à avoir l'habitude avec ces criméans. Je sors donc du bâtiment, et aide comme je peux à proximité de ce dernier, mon regard revenant régulièrement sur la porte, attendant la venue du lieutenant et ses accusations vindicatives... Mais il met du temps, bien plus que ce que je pensais, et cela me rend soucieux. Certes Mysti aura sans doute besoin de longues minutes pour digérer la nouvelle, mais je m'attendais à ce que Laguerran n'ait pas la patience pour me laisser trop longtemps en liberté.

Mais finalement un écho me parvint alors que j'aide les gens, qui après quoi prennent leur distance lorsqu'ils apprennent que c'est après moi qu'en a le lieutenant de Criméa. Cela dit je les comprends, ces gens, comme Laguerran. Au vu de la rumeur, Mysti avait fait une sacrée rechute et des soins d'urgence avaient été nécessaires... Mais il est vivant et c'est tout ce qui compte, et moi je ne m'éloigne pas du palais, tant et si bien que je suis presqu'aux premières loges, bien que discret, pour observer mon accusateur franchir les portes et m'invectiver. J'entends tout, et je sais que tout ce qu'il dit est vrai, mais ça ne me fait pas regretter mon acte, je sais pourquoi j'ai agi et je n'en ai nullement honte. A vrai dire je me serai déjà avancé vers lui s'il n'y avait pas eu autant de témoins, qui ne tardent pas à intervenir pour essayer de le calmer.

Par ailleurs d'une façon plus générale, j'évite soigneusement les Criméans durant les heures qui suivent. Après tout je me passe très bien de regards assassin, et je préfère éviter que certains se disent que me capturer serait une bonne idée pour apaiser la colère du lieutenant. Je me présenterai à lui, oui, mais au moment que je jugerai approprié. Pourtant, j'ai beaucoup songé partir, mais... Ce qui me retient toujours, c'est l'impression que je ne ferai pas honneur à Mysti.

Et ce moment, c'est lorsque la nuit tombe, lorsque chacun part se reposer, y compris la majorité des soigneurs maintenant que les soins urgents ne sont plus nécessaire. Je profite alors de la pénombre pour l'intérieur du palais, les gardes de faction ne me reconnaissant pas, ou ne jugeant pas nécessaire de m'arrêter, puisque de toute façon les va et viens demeurent assez fréquents. Ainsi je ne tarde guère pour revenir dans la salle où repose Mysti. J'en pousse doucement la porte, sans un bruit, et sans surprise, je vois Laguerran, toujours au chevet du général. Je m'approche lentement, juste assez pour pouvoir me faire entendre tout en parlant d'une voix assez basse, pour ne pas déranger les autres blessés.

"... J'avais beau savoir à quoi m'attendre, j'espérais que ça ne serait pas si grave. Mais maintenant qu'il a survécu, c'est mieux ainsi. Oui, je me doute que tu n'es pas d'accord, mais si je suis revenu, c'est bien pour t'entendre me juger... Mais je te propose de le faire ici, d'accord ? Cela, il n'a pas besoin de le savoir de suite."

Encore faut il que le mage ne me tue pas sur le champs, mais malgré son courroux je pense qu'il a eu tout le temps de se calmer, assez pour être raisonnable... Et puis après tout où irait on si celui qui accuse l'autre d'avoir agi sans réfléchir fais de même, hein ?
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Lun 2 Oct - 20:51

Avec la chaleur croissante de l'été, on avait laissé quelques fenêtres ouvertes dans le palais de Sienne. Les courants d'air légers rafraîchissaient les pièces paresseusement, gémissaient parfois au détour d'un couloir.
C'étaient eux que Laguerran écoutait tandis qu'il observait sans faillir le général inconscient et lui humectait de temps en temps le visage. Ils lui apprirent alors qu'on venait vers lui, vers eux, et il sut à la démarche prudente de qui il s'agissait juste avant son passage de la porte. Il soupira, tourna lentement la tête pour entendre ce qui ressemblait à des excuses. Un jugement ? Et puis quoi encore.

"J'ai tendance à oublier parfois que nous ne sommes pas tous habitués à ces situations... mais je pensais, naïvement peut-être, qu'il était évident qu'un blessé aussi grave ne pouvait supporter ce type de chocs dès son réveil. Mysti a vu la mort les yeux dans les yeux, et maintenant elle lui a pris Azelian. Je savais qu'il ne le supporterait pas. J'ai peur que son état mental en pâtisse...."

Le chevalier effleura de nouveau Mysti du regard, à peine éclairé par une chandelle, se leva pour se rapprocher de quelques pas d'Engar et ainsi ne pas déranger son supérieur. Il se planta devant le Marqué sans mouvement hostile, son expression aussi insaisissable que le vent qu'il maniait au combat.

"Je n'ai pas menti. Azelian se repose bel et bien, même toi tu en as convenu. C'était certes une façon plus lyrique de présenter les choses, mais je comptais bien lui préciser mes propos, plus tard -quand il aurait repris des forces. Au lieu de ça..."

Il se frotta les mains, mail à l'aise, revoyant le sang qui les maculait. Le sang de Mysti coulant d'une plaie trop large, trop profonde, trop fraîche, sa texture poisseuse, son rouge écarlate. La soif lui donna contenance : il se dirigea vers la table de chevet, sur laquelle le verre d'une carafe d'eau brillait comme une lune dans la pénombre. Il se servit un verre, demanda d'un signe à Engar s'il en voulait lui aussi.

"Mysti est comme le fils que je n'ai pas. J'aime énormément ma femme, mais les déesses ne lui ont pas encore donné la chance d'enfanter, et mes absences répétées n'ont pas aidé en ce sens...
Avant les guerres, ses parents me l'ont confié. Il avait 10 ans, était haut comme trois pommes et aussi adorable qu'un enfant de cet âge pût l'être. Il rêvait de devenir chevalier pour protéger les dirigeants de Criméa, pourtant il n'a jamais parlé d'Elincia. J'ai su plus tard qu'il pensait à elle, isolée qu'elle était à vivre cachée du monde. Le premier serment qu'il a prêté, qu'il n'a jamais trahi.
Les quatre premières années, il a vécu dans mon domaine comme page, apprenant de toutes les disciplines, de tous les arts, de toutes les armes, ses mains nobles ne rechignant pas à la tâche, jamais. De fait, les deux années suivantes, en tant qu'écuyer, il s'est épanoui, devenant fort et intelligent sans même qu'on ait besoin de le pousser. Je l'ai tout de même encouragé à plus, par respect pour son père qui est l'un de mes amis depuis longtemps, pour sa mère qui demandait sans cesse ses progrès, et pour lui-même dont le potentiel offrait de grandes perspectives. La guerre m'a empêché de l'adouber dans les règles de l'art, mais il a gagné ses galons par lui-même et dépassé le maître que j'étais autrefois, acquérant du même coup mon estime et ma fidélité.
A côté de lui, Azelian pouvait passer pour lâche, cupide, voire même manipulateur, mais un observateur avisé saura qu'il le faisait uniquement pour Mysti. Le protéger. Lui apporter ce dont il manquait, toujours, sans contrepartie. Il l'aimait. Et il est mort pour ses idéaux. Tu connais la suite. Alors j'apprécierais que dorénavant tu lui donnes le temps d'assimiler. Je ne te demande pas de mentir, mais de le ménager.
"

Laguerran considéra que les révélations s'arrêtaient là en ce qui le concernait. Si Mysti souhaitait lui conter son histoire, il le ferait une fois conscient et en état de le faire. En attendant Engar devait posséder suffisamment d'éléments pour comprendre l'attachement de l'officier envers le mage et le lien brisé entre ce dernier et le guérisseur tombé au champ d'honneur.

Parlant justement du blessé, un léger râle traversa l'air depuis sa direction. Son regard glissa vers la chandelle, seule source de lumière dans la pièce, puis il demeura immobile. Sa respiration sifflait, à un rythme régulier. Le maître du vent se détourna d'Engar pour revenir à son côté, tremper le linge prévu à cet effet dans une petite bassine d'eau et lui rafraîchir le visage avec.

Des iris noisettes à fendre l'âme croisèrent les siens, et dans un effort clairement audible, le héros articula une seule syllabe, significative de ses pensées du moment :

"... Mort ?"

Laguerran baissa les yeux, acquiesça tristement. Le gros de la douleur avait probablement inondé jusqu'à ses rêves, le repos bienfaisant dont il avait tant besoin. Le lyrisme n'avait plus sa place dans leur échange. Comment, comment rallumer cette flamme éteinte dans son regard ? Insuffler de la chaleur dans ces mains froides et de la vie dans ce corps largement amoindri ? Tout mage qu'il était, le lieutenant ne disposait pas de ce pouvoir-là, celui d'épauler son ancien élève dans l'épreuve difficile qu'il traversait.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Mar 3 Oct - 22:47

Plus calme que ce à quoi je me suis attendu au vu de ce que j'avais constaté après ma franche déclaration, je suis quelque peu surpris par l'attitude Laguerran à mon égard. Est ce par tempérance visant à ménager Mysti ? Je ne saurai le dire, mais toujours est il que c'est avec tempérance qu'il me regarde, et me parle, tout en restant au chevet du blessé. Bon, pour être honnête ses propos m'agacent un peu. C'est vrai, je suis jeune et inexpérimenté, mais je n'ai pas agi par pure sottises. Je sais bien qu'un blessé peut pâtir de choc émotionnels trop fort, mais... Même si j'ai eu le bonheur de ne pas l'expérimenter moi même, on m'a assez conté les conséquences que peuvent avoir les faux espoirs. Après... Je ne le nie pas, il semble connaître Mysti bien mieux que moi et de fait est plus à même d'apprécier ce qui le concerne. Pour autant, au fil de ses propos je soutiens sans hésitation son regard alors qu'il vient me faire face, bien que je doive avouer que son attitude est troublante. Pour autant je ne suis pas dupe, aussi modéré que soit ses propos il ne m'en accuse pas moins, du moins en partie, du trouble de Mysti... Mais alors que je m'apprête à me défendre, il se détourne et semble vouloir me signifier autre chose. oh certes il me propose de l'eau, ce que j'accepte d'un hochement de tête, mais quelque chose dans son attitude, laisse à penser qu'il souhaite changer de sujet, alors je le laisse faire.

Et ainsi je l'écoute, alors qu'il m'explique plus en détail son lien avec Mysti et comment il a suivi avec attention la progression du jeune chevalier qu'il était jusqu'aux plus hautes fonctions de l'armée de Criméa. D'une certaine façon je comprends sans peine la relation qui les lie tout les deux, ce rapport d'élève et de mentor, presque de fils et de pères adoptifs, et je me surpris alors à les envier. Tout en buvant un peu, je songe que ce même lien je l'ai bien connu, mais moi on me l'a arraché, alors que eux, aujourd'hui encore sont toujours ensemble, à partager ce lien, bien qu'il ait dû changer avec l’ascension de Mysti. Mais Laguerran ne parle pas que de lui et il ne tarde pas ainsi à mentionner le défunt, Azélian, l'amitié qui les unissait, voir... Plus ? D'une certaine façon le phrasé de mon interlocuteur me laisse quelque peu perplexe, mais je préfère chasser cette pensée de mon esprit. Même si ce genre de relation existe ça n'a probablement aucune espèce d'importance en la matière ! Cependant, se faisant, son récit s'est achevé, et je me permets tout de même de prendre la parole, afin de me défendre un minimum.

"Je vois très bien ce que vous voulez dire, et je comprends parfaitement votre colère au vu de votre proximité avec lui... En somme on a un peu deux façons différentes de voir les choses... C'est vrai que je n'ai dans le fond encore aucune expérience de la mort et de la guerre, mais mon propre mentor, qui lui en avait, m'a conté plus d'une fois comment des hommes a qui on avait fait croire la survie des leurs afin de leur maintenir le moral se sont laisser aller jusqu'à la mort, que ce soit par suicide ou autrement. Tu me diras, Mysti en tant que général doit avoir une certaine volonté en la matière, mais ce genre de mensonge "bienveillant" m'a toujours semblé cruel d'une certaine façon..."

Mais à peine ai je conclu qu'un râle se fait entendre tout proche, attirant mon regard. Mysti se réveille une nouvelle fois... Et je sens alors ma confiance s'effriter quelque peu, malgré mon attitude bravache, je ne parviens pas à rester indifférent face à la douleur se lisant dans ses yeux. Une douleur qui se reflète dans le seul mot qu'il prononce, et face auquel Laguerran se révèle impuissant, désarmé... Mais moi ? Je reste borné et têtu, je refuse de baisser simplement les bras et de laisser Mysti mener seul son combat, et il faut croire que je n'apprends pas rapidement, alors même si ça peut paraître irréfléchi je choisis d'agir... Et ainsi, me rappelant de sa première requête quand il s'était réveillé, je lui sers également à boire, tout en répondant à son unique mot.

"Oui, mort... En héros. De ce que j'ai entendu dire, c'est de son fait si l'impératrice de Beignon est encore en vie... Et autant dire que vu les nobles de ce pays et la taille de ce dernier, il a sauvé la meilleure chance de nous venger tôt ou tard de Death. Tout comme vous avez tenté de mettre fin à l'instant à ce conflit, lui a essayé de nous permettre de le continuer, et il y est parvenu ! Pour un prix élevé, mais il y est parvenu. Maintenant... La meilleure façon d'honorer sa mémoire est de mener ce dit conflit, dès que l'occasion s'en présentera."

Et sur ces mots je finis ce qui reste de mon propre verre d'eau, espérant que ces propos là auront un effet moins dévastateurs que les précédents ! Surtout que là c'est le but inverse qui est recherché !
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Jeu 5 Oct - 18:38

Le chevalier De Valfleur, d'une certaine manière, jaugeait Engar à travers leurs échanges. Il souhaitait que ces quelques confidences le poussassent à mesurer plus sagement ses paroles, à approfondir son empathie avec autrui. Pourtant, il avait suffi d'une minute pour que le Marqué reprît son franc-parler sans aucune pincette à l'attention d'un Mysti encore faible et probablement secoué. Un soupir agacé passa les lèvres du maître des vents qui lança un regard sévère par-dessus la bougie.

"De grâce Engar ! N'as-tu donc pas compris qu'il n'est certainement pas en état de penser à de telles choses ?! Je te rappelle que pour lui la chose date presque d'hier. Le temps que nous avons pour digérer nos émotions, il ne l'a probablement même pas senti dans le coma, tout cela est bien trop frais encore, cesse de remuer la lame dans son âme !"

De son côté, le général suivit la trajectoire du verre jusqu'à ses lèvres, se laissa redresser partiellement par son ancien maître afin de cueillir le breuvage comme un salut. Un filet d'eau froide déborda de ses lèvres, coula sur son menton. Les mots résonnaient bien trop vite dans l'air pour qu'il pût en saisir le sens complet, mais il comprit vaguement "héros", "impératrice", "Death", "conflit". Engar lui parlait du sorcier, de la bataille passée, mais les sons glissaient sans attendre qu'il les attrapât. Et s'il saisit le reproche de Laguerran au ton dur de sa voix, son message n'eut pas plus de succès à son oreille.

"Sa..."

Douleur. Pas plus que la première fois sa blessure ne lui laissait de répit. Respirer simplement tirait sur les points de suture fragiles, alors parler, bouger se révélait impensable pour le moment. Il toussa plusieurs fois, le visage déformé par un rictus explicite.

"... naki."

Mysti referma les paupières, incapable de poser les questions qui pourtant foisonnaient dans son esprit, pas plus que d'en comprendre véritablement les réponses. Comment allait Sanaki ? Avait-elle vaincu Death ? Pourquoi ne voyait-il aucune joie, aucune victoire dans les expressions de ses compagnons ? Et Sienne ? Les Criméans ? Elincia ? Combien de temps depuis tout cela ? Comment... Comment Azelian avait-il été honoré ?

Il devinait sans peine que sa convalescence serait longue et difficile, mais pour une fois l'idée de l'écourter ne le tentait pas. La souffrance le paralysait comme une araignée piégeant un insecte dans sa toile, et il n'aimait pas du tout cette idée. Ce serait l'occasion d'un long repos, réparateur. D'un deuil tout aussi envahissant...

"Nous devrions le laisser se reposer en silence."

L'absence de réponse claire du plus haut gradé rongea le moral du lieutenant. Ils ne pouvaient même pas communiquer suffisamment pour connaître l'état d'esprit du général et, par les mots, lui apporter du réconfort. Laguerran demeura tout de même près de lui, un lit de camp installé dans la chambre pour lui permettre de veiller son disciple autant qu'il le voulait.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Ven 6 Oct - 12:28

... Bon sang il n'est jamais content celui là ?! Certes, je fais encore preuve de franc parler, mais là il n'y a aucun risque pour que le général panique face à mes propos ! Je me doute bien qu'il ne comprendra pas tout, mais même dans son état il peut, au moins vaguement, comprendre de quoi il en retourne, qu'au moins la mort d'Azelian n'a pas été une mort vaine comme ce n'est que trop souvent le cas, même pour ceux qui ne vont pas en guerre ! Est ce simplement le fait d'évoquer sa mort ? On venait de le faire ! Ce n'est pas se la fermer qui y changerait quoi que ce soit ! Pour autant, argumenter avec ce lieutenant ne me mènerait à rien, et je me contente d'un grondement agacé en guise de réponse, me détournant alors pour regarder de nouveau Mysti qui semblait trouver un certain soulagement quant à boire de l'eau, avant de prendre, difficilement la parole. Cela se voit qu'articuler ces quelques mots est pour lui une véritable et douloureuse épreuve. Cependant, le seul nom qui franchit mes lèvres m'arracha un sourire, un peu triomphant. le sujet de l'impératrice était visiblement assez important pour qu'il fasse de tels efforts, et, fier de cela, je confirme ce que je lui ai déjà dit.

"Elle vit, et cela grâce à Azelian... Reposez vous maintenant général."

Néanmoins, ce sont là mes derniers mots alors que Laguerran me fait comprendre qu'il vaudrait mieux le laisser se reposer en silence. Enfin, un silence relatif car le palais, aussi vaste qu'il soit, est toujours agité par quelques bruits... mais ce n'est là qu'un négligeable détail, et j'acquiesce de fait doucement à ses propos. Néanmoins, je remarque certains détails, le lit de camps au côté de Mysti, le fait que le regard du lieutenant est toujours posé sur son protégé, ainsi que le manque manifeste d'intention de partir de sa part... Autant d'élément qui m'encouragent à rompre de nouveau le silence, mais d'une voix basse, pour que lui seul m'entende.

"Cela étant si je peux me permettre... Même si être présent lorsqu'il sera pleinement remis ou pour veiller à tout ses besoins est honorable, je crains que vous finissiez pas vous ennuyer lieutement. Plus sérieusement, il a déjà des personnes pour s'occuper de lui, et quand il se remettra je doute qui'l appréciera l'idée que vous avez passé tout votre temps à simplement veiller sur lui et à vous morfondre sur son sort... Je me trompe peut être, mais vu ce que je sais et ce que vous m'avez dit il n'a pas l'air d'être le genre d'individu à apprécier qu'on s’apitoie sur son sort ! Qui plus est, même si la plupart sont partis, je pense que vos hommes vont finir par s'inquiéter à force de ne voir aucun de leurs officiers sortir de ce palais !"

Et puis il faut bien le dire, les lieux servant globalement de repos pour les blessés, l'atmosphère y est plus qu'opressante et je pense que ce cher officier va davantage se déprimer en restant ici qu'apporter des réponses à ses inquiétudes, ce qui m'amène à ajouter avec un léger rire.

"Fixer ses blessures ne les feront pas se refermer plus vite... Et je sais que personne n'a eu la tête à cela, mais dans le fond je crois qu'on n'a pas fêter notre victoire ! Bon je suis d'accord pour garder le gros des festivités pour quand le général nous rejoindra, mais je suis sûr qu'on peut se trouver quelques bouteilles d'alcool et un feu de camps autour duquel on pourrait penser à autre chose."

Oh, quelque chose me dit qu'il va m'envoyer voir ailleurs en m'affirmant qu'il n'y a rien à célébrer, mais ce n'est pas vraiment mon avis. Non seulement on est encore en vie, et même si cette victoire n'en est pas vraiment une il faut savoir l'apprécier. a quoi bon avoir survécu si c'est pour se comporter comme des morts, des âmes en peine, hein ? Après s'il ne le veut pas, je ne lui forcerai pas la main, mais j'aurai fais mon possible, alors que de mon côté je commence à sortir, bien déterminé à ENFIN me changer les idées !
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Dim 8 Oct - 10:36

Le moins qu'on pouvait dire était que le début de relation entre Laguerran et Engar commençait tendu. Cela n'avait rien à voir avec une question de Beorc ou de Marqué pour une fois, mais bien du caractère des deux hommes. Le vent cherchait à prodiguer la douceur et l'apaisement, là où l'archer dispensait une vérité certes louable, mais brute et tranchante.

Au milieu des échanges, Mysti disposait de la faiblesse nécessaire pour ne pas pâtir des échanges stériles, une chance d'un certain côté si seulement la souffrance ne l'accablait pas si fort.

La mâchoire du lieutenant se durcit en entendant tout à coup l'impertinent souligner combien son attente ne changerait rien à l'état du général, pas plus qu'elle ne l'aiderait dans son orgueil lorsqu'il se sentirait mieux. Et le pire dans cela, c'était qu'Engar avait entièrement raison. Son objectivité d'officier forçait Laguerran à admettre la chose, là où son cœur de mentor le poussait à tout faire pour écarter les potentielles menaces à la santé de Mysti, les mots acerbes du Marqué compris.
Il répondit sur le même ton bas, toute exaspération évanouie de sa voix après une inspiration profonde :

"Que crois-tu que j'aie fait pendant les 37 dernières journées exactement ? Je n'ai pas cessé un seul instant de veiller à sa santé, à sa sécurité, depuis la seconde où je l'ai vu s'effondrer dans la poussière, jusqu'à celle où je peux croiser son regard brisé par le chagrin. Même quand j'étais dehors à rassurer nos cavalières qui ont volé pendant des heures pour trouver aide et remèdes..."

Ce même jeune homme qu'il avait pris sous son aile les regardait à nouveau, ses yeux un simple reflet de la chandelle bientôt éteinte. Pour une fois, il ne se plaignait pas du silence, de l'inactivité. C'était si étrange de la part de quelqu'un d'aussi vigoureux et ardent, si bien symbolisé par le feu qu'on l'y comparait souvent. Même quand il souffrait d'une bonne grippe d'hiver autrefois, il cherchait toujours à déserter son lit pour au moins aller récupérer un livre, son violon, ou de quoi dessiner pour passer un peu le temps. Et là, seulement de l'abattement, de la douleur.

Laguerran attrapa doucement la chandelle, lui lança un dernier regard. Devant sa réticence à partir, Mysti se contenta d'un simple hochement de tête puis referma les yeux.

***Il a incontestablement mûri...***

Le chevalier eut un pauvre sourire et sortit de la pièce, ne hâtant son pas pour rattraper Engar qu'une fois sorti et la porte refermée. Son pas cadencé et son allure droite rappelaient sans peine sa condition de soldat et de noble, qui lui octroyaient d'un seul regard le respect de beaucoup, mais cela n'importait pas pour l'heure.

"Je dois admettre que tu as raison cette fois. Il est temps de regonfler le moral des troupes. Mais si tu veux que j'arrête de le veiller aussi assidûment que je le fais, promets-moi d'arrêter de lui parler d'Azelian, à moins qu'il ne le demande lui-même. Je sais qu'il y est très sensible. J'ignore jusqu'à quel point, et c'est ce qui me fait peur quand je t'entends lui répéter aussi brutalement qu'il est mort."

Un silence et l'homme d'âge mûr coula un regard en biais à son compagnon d'infortune, directement dirigé sur sa Marque pour une fois.

"J'ai conscience que nous quereller n'apportera rien de bon à cette situation, et c'est pourquoi je voudrais faire un effort. Cependant, j'ai du mal à estimer sur quel plan traiter nos rapports, alors il me faut te poser une question, qui je l'espère ne sera pas trop indélicate... J'ai entendu dire... que les Marqués vieillissaient bien moins vite que les Beorcs. Que tu pourrais, tout bêtement, être un ancêtre là où pour toi je ne serais qu'un enfant. Si c'était le cas, je n'aurais tout simplement pas le droit de te considérer d'égal à égal avec Mysti ou les jeunes femmes qui attendent impatiemment sa guérison avant de rentrer au pays. Tu n'es ni un soldat, ni un Criméan, pas plus qu'un Begnionnais si j'ai bien compris... Qui es-tu donc ?"
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Lun 9 Oct - 21:52

Oh mais je sais très bien ce qu'il a fait durant tout ce temps. Je crois même qu'il y a bien peu de monde dans Sienne qui n'ait pas eu vent d'une façon ou d'une autre de l'indéfectible loyauté avec laquelle le lieutenant Criméan avait veillé sur son supérieur. Que ce soit au travers des propos des soldats sous leurs ordres ou bien des infirmières qui assistaient en permanence à cela... Un vrai parangon de loyauté dit on, une dévotion bien digne de ces chevaliers... Mais soyons sérieux quelques instants. Je ne peux nier que c'est une preuve de respect envers Mysti, cependant, après plus d'un mois de visite presque ininterrompu il n'y a même plus de message au travers de cette veille interminable, si ce n'est peut être le fait de rassurer une peur plus égoïste qu'autre chose ! En pensant cela, je n'ai pas la moindre condescendance cependant envers le lieutenant. Il fait ce qu'il pense être le mieux, mais... Son supérieur a eu tout ce dont il a eu besoin. Maintenant, c'est pour ses hommes qu'il doit être là, et pour lui même. Enfin, j'ai beau jeu de dire cela alors que je ne dors presque plus, du moins pas sereinement, mais pourtant je continue à supporter plutôt bien la chose. Les cernes sous les yeux trahissent certes ma fatigue, mais je n'ai que peu envie de bailler et mon esprit reste à peu près alerte, même si justement... Je ne supporte plus la perspective de perdre mon temps en vain, ou même de voir quelqu'un gâcher ainsi le sien.

Et c'est ainsi une victoire au final pour moi alors que, continuant de marcher dans le couloir, j'entends la porte se refermer, et la démarche altier de Laguerran, dont chaque pas claque légèrement sur le sol de pierre. Moi même ralentis un peu mon allure, tout en tournant ma tête vers lui, souriant doucement. Voilà qui est bien mieux en terme d'allure ! Je ne doute pas un instant que si Mysti retrouve ses esprit il sera bien plus satisfait de le voir avec une telle attitude que recroquevillé aux côtés de son lit ! Et puis je ne vais pas mentir, ses propos m'arrachent un large sourire alors qu'il reconnait que j'ai raison en ce qui concerne sa propre attitude. pour autant il ne perd pas le Nord et me demande en retour d'être plus diplomate sur un certain sujet... Ce à quoi je réponds, tout en haussant les épaules.

"J'en ai parlé une fois pour dire la vérité brute, et une seconde fois afin de préciser que c'est en héros qu'il est mort. Pour moi tout est dit, alors je n'aurai aucune peine à ne plus en parler de ma propre initiative... mais soit, si ça peut vous rassurer, je m'engage à ne plus en parler."


Mais à peine ai je conclu cette promesse qu'il continue ses dires. Se faisant, je surprends le regard qui s'attarde sur la source de ma honte, ce regard que je n'avais plus vu depuis longtemps que j'avais presque perdu le réflexe de le remarquer ! Cela étant, je ne lis nul dégoût ou crainte dans ses yeux, seulement une curiosité exprimée par ses mots, qu'il prend soin d'envelopper de milles précautions, comme s'il craignait de m'offusquer... Et pour être honnête je ne peux retenir un léger rire alors que je saisis la raison de sa crainte, mais plutôt que de m'empresser de le rassurer, je le laisse exprimer tout ses interrogations et... Je vais vraiment finir par y prendre goût à ce que les personnes s'intéressent ainsi à moi ! Mais quoi qu'il en soit, c'est avec une sincère complaisance que je réponds à sa question.

"Qui suis je ? Très sincèrement je ne sais pas. Un Blasphémateur, un marqué, un orphelin, une aberration, un mercenaire... Un peu tout ça je suppose, mais en ce qui te concerne je suis surtout un gamin ! Même si je ne connais pas vraiment mon âge, je dois avoir à peu près 22 ans, et je ne suis même pas sûr d'être tout à fait adulte ! Mais oui c'est vrai, j'ai grandi moins vite que les autres enfants, et rien que cela ça faisait peur au village. Imaginez en plus, alors que les rapports avec les laguz n'étaient pas encore renforcés, le sort d'un gamin bâtard abandonné au pied d'un arbre. Ma seule chance dans le fond a été d'être recueilli par un vétéran, vu comme un héros au sein du village, mais qui a bien voulu laisser sa chance au gamin que j'étais... Il m'a été ce que vous êtes sans doute pour Mysti, voir plus encore, comme je n'ai pendant longtemps connu personne d'autre qui acceptait de m'adresser la parole. C'est à lui que je dois tout ce que je sais faire. Tirer à l'arc, chevaucher, réfléchir assez pour rejeter l'autorité de ceux ne le méritant pas, fussent ils nobles ou déesses, mais respecter ceux qui l'ont mérité !"

Voilà qui me résume bien je crois... Ou plutôt me résumait... Tant de choses s'était passé entre temps, et le sourire un peu fanfaron que j'arbore d'habitude après de tels propos s'efface alors que mon esprit s'emplit de ces voix accusatrices qui raisonnent, encore et encore... Et c'est d'une voix plus amer que je poursuis.

"Mais pour en revenir à votre question... Aujourd'hui je suis un gamin qui cherche un but... Un sens... Une utilité..."


Utilité... Ce mot sonne étrangement creux en cet instant, et pourtant il est si lourd, me donnant l'impression qu'il va m'écraser si je n'arrive pas à atteindre ce but... Ça semble absurde, mais après tout cela... Comment réagir autrement ?!
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Mer 18 Oct - 13:56

Un air sombre se peignit sur le visage de l'officier à entendre le portrait que brossait Engar de lui-même, suivi par un léger sourire en bout de course.

"L'insolence..."

Puis vint la conclusion, comme un pavé tombé au fond du puits. Au fond, le jeune homme affichait ses opinions et sa conviction avec à peu près autant de culot qu'il manquait d'objectifs. Laguerran ne commenta pas, le poids devait déjà peser assez lourd pour qu'il en rajoutât, et à quoi bon. Il regarda une nouvelle fois la Marque, fut tenté d'y poser les doigts mais s'abstint.

"J'espère de tout coeur que tu trouveras les réponses que tu cherches auprès de Mysti. En dépit de sa courte carrière, il a déjà rassemblé bon nombre de gens autour de lui, qu'il guide et qui l'épaulent. Et je ne parle pas que de l'armée. J'aimerais pouvoir te proposer quelque chose, mais tout mage que je sois, je ne possède pas la faculté de concrétiser les espoirs des autres. Cependant, nous avons un premier objectif ce soir : tout oublier autour d'une bonne chope. On va voir ce que valent les jeunes de nos jours."

Là où sa voix se mit presque à chanter, le visage du chevalier demeura imperméable, plus encore avec la faible lueur de la chandelle. Cette même expression alla cueillir les cavalières dans le petit logement qu'on leur avait attribué, surprenant les femmes autant que la proposition leur plut. Et c'est ainsi que les Criméans se retrouvèrent dans ce qui tenait lieu de taverne, à parler d'avenir, d'amour, de prospérité. La gaieté aidant, même le lieutenant y alla de ses commentaires, et l'ambiance de la soirée s'anima jusque tard dans la nuit.

*

Au fil des jours, l'état physique de Mysti s'améliorait. Ses longues heures de sommeil se changeaient en sieste, entre lesquelles il se remit à parler doucement. La vision de l'immense cicatrice qui striait son buste depuis le flanc jusqu'à l'épaule lui avait presque coupé le souffle la première fois, et il mesurait depuis le chemin qu'il lui restait à parcourir dans sa guérison, plus long encore qu'il ne l'avait imaginé. A petites doses, Laguerran lui avait narré la bataille, Death, Sanaki et ses hommes, les dragons, Kurthnaga. Le deuil de son ami dragon, cumulé à ceux de Sothe et Azelian, effaçait toute trace de sourire de son visage, de ses yeux. Il n'y avait plus le coeur.

Sans surprise, le général accepta la décision de son mentor concernant Engar, son acheminement à Criméa en lieu et place du guérisseur. Il ne montra aucune trace de rancune envers le Marqué, mais la chaleur était absente de sa voix à chacune de ses prises de paroles, et qui que fût son interlocuteur.

Un matin Laguerran le trouva pensif, assis au bord de son lit en fixant le sol à ses pieds. Il releva aussitôt la tête et le salua d'un signe.

"Alors ? Qu'a dit le guérisseur ?
-Je m'y attendais un peu à dire vrai : plusieurs séances de rééducation. Je suis resté longtemps inconscient, mes muscles se sont affaiblis. Cela devrait prendre une semaine, peut-être deux."

Le lieutenant opina, se souvenant du garçon qui s'échappait à chaque fois de son lit quand il était petit, incapable de rester malade sans bouger. Depuis Mysti conservait sa tendance à être mauvais patient, mais jusque-là rien n'avait laissé présager ce qu'il allait dire ensuite :

"Dès que je serai assez fort pour marcher, nous rentrerons à Criméa.
-Quoi ? Mais cette blessure peut se rouvrir n'importe qu...
-C'est un ordre."

Les deux chevaliers se fixèrent, la désapprobation bien présente dans le regard du cavalier-mage. Pourtant, il ne pouvait se permettre de simplement sermonner Mysti comme avant. Le garçon avait fini par grandir, le dépasser, le surpasser même.

"Je sais ce que vous allez me dire. Et je suis conscient de ne pas être en état de voyager convenablement. Cependant, alors que j'étais un écuyer, mon maître m'a dit un jour de ne pas laisser mon jugement troublé par mes sentiments, qu'il fallait parfois pour un chevalier prendre des décisions allant à l'encontre de son coeur, pour le bien du plus grand nombre. Aujourd'hui, j'ai la faiblesse de pleurer mon meilleur ami, et d'être responsable de sa mort...
-Sottises !
-Vraiment ? Alors dites-moi Laguerran... Combien de fois a-t-il utilisé son tome ?
-Son t..."

Un moment de flottement s'écoula, pendant lequel le chevalier revit Azelian demander à participer à l'expédition. Il avait fait valoir non seulement son expertise médicale, mais aussi lourdement insisté sur le fait qu'il pouvait se défendre désormais. Car l'académie de magie avait validé sa maîtrise de la magie anima de base.
Laguerran pâlit, réalisant tout à coup. A aucun moment le tome n'avait quitté sa sacoche. L'avait-il oublié ? Délaissé au profit de ses soins ? Endommagé ?

"J'ai accepté de l'emmener à la seule promesse qu'il obéirait sans discuter si je lui disais de s'en servir, malgré ses réticences légitimes de médecin à faucher des vies. J'ai été stupide et faible de croire qu'il possédait suffisamment d'expérience pour une mission pareille, même sans compter notre voyage pour Beignon. Et maintenant... maintenant...
-Il a sauvé l'impératrice. Il a fait le bon choix...
-Cela n'empêche que je regretterai à jamais cette erreur. C'est ma faute et uniquement la mienne. J'ai... encore... failli. C'est pourquoi nous devons rentrer. Les Siennois nous accordent leur hospitalité car vous avez grandement aidé à rétablir l'ordre, mais ils ont des problèmes plus importants à gérer qu'une délégation criméane. La confiance du peuple va probablement de nouveau faire défaut à Sanaki, si nous sommes encore ici à dépendre eux, nous pourrions empirer les choses. De plus, un général blessé et au jugement faussé par ses sentiments sera inutile. Même si Criméa ne m'en tient pas rancune, même si vous me faites la faveur de me pardonner, je reste inapte à remplir mon rôle actuellement. Je voudrais panser mes blessures dans mon pays... auprès des miens... pouvoir tout expliquer à Elincia..."

Le mage soupira, frotta ses cuisses comme pour les motiver à avancer de nouveau, à soutenir son corps. Face à lui Laguerran ne pipa mot. Que dire ? Il avait souligné des faits qu'il ne pouvait réfuter, car lui-même analysait la situation de la même façon s'il devait rester objectif. Résolu à garder cette distance critique surles choses, il se refusa à accorder un geste de soutien paternel à Mysti, se refusa encore à tenter de le réconforter, car cela aurait marqué une atteinte supplémentaire à son autorité et sa dignité. Alors, il posa genou à terre respectueusement et baissa les yeux.

"Je ferai passer le mot aux femmes et à Engar. Mais, bien que j'en comprenne les raisons... prenez le temps nécessaire à vous remettre sur pieds, général. Nous rentrerons à Criméa tôt ou tard. "
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Sam 21 Oct - 23:46

Des réponses... J'ignore si c'est ce que je recherche réellement aux côtés de Mysti, mais peut être qu'il y a une part de vrai dans les propos de son lieutenant. C'est vrai que depuis ma rencontre avec le vieil homme je ne me content plus vraiment de simplement errer d'un village à l'autre, de contrat en contrat, je cherche quelque chose qui ait plus de sens, et... Depuis ma rencontre avec le général, il est vrai que j'ai l'impression que je pourrai trouver ce sens auprès de lui. Après, il reste à voir si mes espoirs se concrétiseront, mais à ses jours il ne m'a pas déçu, et tant que ça sera le cas je resterai à ses côtés, telle était la résolution que je pris en réaction aux dires de Laguerran... Mais il a raison sur autre chose ! Il est grand temps de songer à autre chose et plus exactement à la soirée qui s'annonçait !

Et ainsi, après avoir récupéré au passage le reste des troupes Criméanes, nous nous retrouvâmes à une taverne de fortune où pour la première fois depuis l'invasion des revenants des rires sincères se firent entendre autour d'une table, sans qu'il n'y ait de pensées amères qui ne soient dissimulées. La discussion qui s'ensuivit fut des plus optimistes chacun parlant de soit, de son avenir potentiel, de ses ambitions, de sa vie... Qu'il était bon de vivre, dommage que tant en viennent à l'oublier face aux malheurs ! Cela dit pour être honnête, je n'ai pas tenu très longtemps. Même si j'ai proposé cette soirée, je ne tiens en vérité que très mal l'alcool, et je n'ai pas tardé en conséquence à rouler sous la table !

Mais je ne vais pas m'en plaindre, loin de là, car pour la première fois depuis cette invasion j'ai pu dormir en paix, les voix se sont tues... Pour cette nuit.

------------------------------------------------------------------------------------------------

Les jours qui suivirent ne furent pas si cléments. Dès le lendemain cette sensation horrible revint, me meurtrissant l'esprit et le corps, l'impression d'être vain, inutile, et ces voix qui le martèlent. J'essaye de ne rien laisser en paraître, aussi bien auprès des Criméens que des habitants de Sienne, mais ça devient de plus en plus difficile de simplement sourire, de ne pas me laisser abattre, et de supporter la fatigue qui allait de pire en pire. Aussi ivre que j'ai été, la nuit passée sous la table m'avait tout de même permis de récupérer des fois, assez pour que je fasse comme lorsque les premiers cauchemars m'avaient troublé, à savoir m'entraîner. Récupérer une planche de bois, de quoi faire des traces, il n'y avait rien de plus facile. Quant aux flèches, ce n'est pas un problème, je peux les récupérer sans trop risquer de les briser et si cela survient...Et bien il en traîne encore dans les vestiges de l'affrontement, assez pour que je ne sois jamais à court.

Mais à vrai dire, bien que cela apaise brièvement mon esprit...C'est superficiel, je le constate. Je ne m'améliore guère de cette façon, pas sur une cible immobile, pas en dehors d'un combat... Sans une monture. En effet, je le perçois bien, être ainsi, les pieds au sol, je suis moins précis que quand je chevauche, à l'inverse de la plupart des archers... La force de l'habitude sans doute pourrait on dire.

Et dès que je m'en rends compte, l'entraînement n'a plus aucune utilité, même pas celle de m'apaiser, ces mêmes voix qui me tourmentent me soufflant à quel point cela est vain, comme tout ce que j'ai fais...

Un instant, me réconforter dans l'alcool est tentant, après tout cela les avait faire taire. Et, en toute honnête, j'ai passé 2 voir 3 soirée à me saouler pour essayer de trouver la paix et ça a de nouveau marcher, me permettant de trouver la paix, juste de quoi dormir de nouveau... Mais les gueules de bois qui en découlent me rappellent les mises en garde d'Ethan à ce sujet, ces récits de vétérans qui finissaient leurs vies misérablement dans l'alcool... Non ça ne vaut pas le coups de finir comme ça, mais en même temps il me faut dormir.

Je trouve finalement mon bonheur auprès d'une apothicaire qui a pu grâce aux efforts de divers personnes reconstituer partiellement son stock. Or elle a une plante à mâcher qui a un effet somnifère et qui normalement ne cause pas de dépendance, parfait pour moi en somme, mais ce n'est pas un hasard. Après tout, l'assaut des morts n'a pas fait que laisser des blessures physiques, et je ne suis visiblement pas le seul à souffrir de ces "insomnies".

Ce n'est qu'un pis aller, j'en ai conscience, mais c'est mieux que rien...Et cela me permet d'éviter d'avoir une haleine puant l'alcool ou d'être mort de fatigue lorsque l'on m'annonce qu'il faut se préparer au départ.

Il était temps.
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MessageSujet: Re: Aller de l'avant (PV Engar)   Dim 22 Oct - 11:30

Le médecin accourait, souffle court et tenue désordonnée. Que dirait-on si on apprenait qu'il avait laissé partir un haut représentant de l’État voisin et que celui-ci succombait en chemin faute de soins ? Sa carrière en prendrait un coup solide, et ce n'était pas maintenant que Sienne peinait à se relever qu'il avait besoin de cela.

Il finit par arriver sur la piste de décollage privilégiée des pégases qui faisaient la fierté de son pays, où trois bêtes finissaient d'être harnachées par leurs cavalières. Le Marqué et l'officier Criméan qui s'étaient tant relayés soutenaient son patient, capable de marcher et tenir debout mais peu de temps. Cramoisi, le Siennois dut se contraindre à reprendre son souffle avant de prendre la parole.

"Vous ne pouvez... pas... kof kof...
-Il ne manquait plus que vous. Je vous remercie, vous et vos collègues, pour le temps et les efforts passés sur ma guérison.
-Attendez... ! Sire euh... Méline... Je suis bien placé pour savoir... que ce départ est trop anticipé.
-Il nous faut pourtant rentrer, autant dans notre avantage que le vôtre. Vous êtes un membre fidèle du palais non ? Vous devriez comprendre Sanaki pourrait se trouver dans une position inconfortable si nous ne profitons pas de l'occasion. Il vous faut concentrer vos efforts sur Sienne."

Le guérisseur souffla bruyamment par les narines, mains sur les hanches, visiblement peu satisfait de la solution qu'on lui proposait.

"Écoutez un peu ce que l'on vous dit, Sire tête de mule ! J'aurai le plus grand plaisir à voir partir un jeune entêté comme vous, mais si je dois faire honneur à ma carrière, alors je dois vous retenir. J'ai moi-même posé les 35 points de suture qui vous strient la poitrine et constaté les évolutions de votre blessure. Vous êtes loin d'être guéri ! Loin de pouvoir recommencer à vous comporter comme un guerrier ! Que croyez-vous qu'il va se passer si vous mourez sur le chemin du retour, hein ? Je vous en ficherai de la situation diplomatique après cela ! On ne me pardonnera jamais d'avoir commis une erreur pareille, ni l'impératrice ni Criméa. Vous nous mettez tous les deux dans l'embarras !
-Merci de vous inquiéter de moi, mais je ne mourrai pas. J'ai fait cette promesse à un ami et je l'ai tenue face à Death. Je n'ai pas le droit de partir maintenant le rejoindre."

La voix de Mysti prit des accents amers. Le médecin le dévisagea, partagé entre le soulagement de ne plus porter sa responsabilité et sa conscience éthique. Il sembla réfléchir et dévisagea les 5 autres membres de l'expédition, à peu près tous résignés et à la fois amusés d'assister à l'altercation entre leur obstiné meneur et le sauveur de vies. Ce dernier croisa les bras et soupira d'agacement.

"J'ai assez entendu de vous pour savoir que vous êtes un homme de parole, mais il se trouve qu'on ne peut pas demander à la mort de vous épargner gentiment ! Alors je vous donne mes dernières recommandations : pas d'efforts physiques superflus, mangez correctement et en abondance, forcez-vous si besoin. Changez les bandages tous les deux jours au minimum, une fois par jour si vous le pouvez. Ne touchez pas aux points. Priez pour qu'ils ne rompent pas. Pas d'équitation."

Il regarda le pégase le plus proche de travers, lequel sembla comprendre et gratta le sol du sabot plusieurs fois.

"Pas de magie."

Mysti déglutit, et un début de sourire narquois sembla se dessiner sur les lèvres du médecin. Le mage attendait une suite, un commentaire désobligeant, mais rien ne vint.

"Je ferai au mieux.
-Ah non, pas "au mieux" ! Vous le ferez tout court ! Je devrais probablement vous attacher pour vous empêcher de monter ces fichus canassons volants, mais vous avez votre grade pour vous, ainsi que de fidèles soldats pour vous épauler. Allez donc souffrir le martyr, grand bien vous fasse ! Mais je ne veux pas qu'on me reproche par la suite votre décès en plein sur le trajet !
-Soyez tranquille, nous veillerons.
-Hmph. Bon, tenez. N'oubliez pas de bien laver les bandages souillés. Et envoyez un pigeon lors de votre arrivée pour m... rassurer Dame Sanaki."

Il tendit un petit baluchon à la cavalière qui s'occuperait de Mysti, dans lequel se trouvaient des bandages propres, un peu de fil au besoin et un baume médicinal. La jeune femme attacha le tout solidement à sa selle, puis le général ordonna le départ. Il stoppa en voyant Laguerran se baisser près de son pégase, les mains jointes paumes vers le haut au niveau de l'étrier.

"A vous de voir si vous préférez votre orgueil ou votre santé."

Mysti céda à la courte échelle et grimpa ainsi sur l'équidé un peu nerveux. Sa maîtresse monta à son tour et lui flatta l'encolure pour le détendre. Le même manège se reproduisit sur les deux autres pégases, les créatures préférant pour une raison obscure n'être montées que par des femmes.
Pour des raisons d'ordres pratiques et médicales, Mysti se retrouvait devant, les bras de sa cavalière passés autour de ses hanches en tenant les rennes. Les deux autres hommes montaient derrière leur cavalière, raison pour laquelle celle d'Engar avait fortement insisté, lors du briefing de sécurité, sur les mains plus haut ni plus bas que sur ses hanches.

Le premier pégase s'ébranla, au pas tout d'abord, et Mysti comprit pourquoi on lui interdisait l'équitation : le roulement d'épaules de l'animal et les petits chocs de ses sabots sur le sol le bougeaient suffisamment pour que sa blessure en souffrît. Le voyage allait être long. Ce fut encore pire quand l'animal amorça son trot, puis accéléra pour prendre son envol. Les vibrations se calmèrent enfin lorsqu'il décolla, mais déjà le mage serrait les dents pour ne pas se tordre en deux de douleur.

"Général... ?
-Attends... juste un moment... C'est en train de passer..."

Constatant que l'envol se passait relativement bien, les deux autres cavalières suivirent le mouvement. Le cortège quitta alors les murs noircis de Sienne en direction de l'ouest.
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