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 Mission fatidique [C]

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Jaffar
avatarBeorc


Messages : 86
Age : 26
Localisation : Tu ne le sais pas mais je suis tout près de toi...
Autre Indication : Ze true dark evil assassin classe qui parle pas !
Groupe : Beorcs

Feuille de personnage
Niveau:
19/20  (19/20)
Points d\'Expérience:
43/100  (43/100)

MessageSujet: Mission fatidique [C]   Mer 5 Jan - 18:12

Le silence. Tout n’était que silence en cette demeure Begnionnaise. Il faut dire qu’il était très tard ou plutôt très tôt selon le point de vue. La résidence, située dans les quartiers nobles, n’attirait pas réellement l’œil malgré ses murs de granit blanc, ses jardins parfaitement entretenus et le petit bassin qui glougloutait joyeusement au centre de ces derniers. Là bas, au loin, les lumières des bas quartiers distrayaient légèrement Hans de sa veille, lent ballet de couleurs dont les sons ne pouvaient l’atteindre. Il n’avait pas eu de chance cette fois-ci ce brave Hans, il avait tiré la plus mauvaise heure de la nuit et, la seule chose à laquelle il pensait en ce moment même, là, appuyé comme il l’était mi sur sa pique, mi sur la grille de l’entrée ; c’était à son matelas, certes un peu rugueux, mais ô combien douillet pour qui veut profiter de la douce compagnie de Morphée. S’il ne s’était pas trompé, il ne lui restait que peu de temps à tenir debout et bientôt, Fill viendrait le délivrer de son insupportable attente. Cela faisait maintenant presque dix ans que le brave soldat travaillait pour Lord Heran... Lord Heran... Un sacré personnage quand on y pensait. Le type même du beau gosse capable de mettre dans son lit presque tout individu de sexe féminin. Cheveux blonds, musculature développée, esprit fin et retord et honnête avec ses hommes en plus. Lord Heran avait réussi à gagner la fidélité de chacun des soldats qu’il employait par moult attentions envers eux et, surtout, grâce à un salaire complet versé mensuellement en plus de quelques primes. Il faut dire qu’il avait bien intérêt à posséder des hommes de confiance : la politique à Begnon n’avait jamais été de tous repos et l’apparition soudaine du Black Fang n’avait pas arrangé les choses. Certes Lord Heran n’était pas un de ces nobles corrompus qui utilisaient leurs pouvoirs à leur propre avantage... Mais il ne supportait pas la politique d’éradication du Black Fang et était rentré depuis peu en campagne contre l’organisation, tentant de déterminer leurs prochaines cibles, de prévoir leurs mouvements et de trouver leurs chefs. Vaincre le Black Fang apporterait un soutien considérable au jeune noble de la part de pas mal de monde, principalement du coté de la noblesse mais Hans se demandait si son maître avait bien idée de l’adversaire qu’il venait de provoquer... Secouant la tête pour se maintenir éveillé, le vétéran étouffa un bâillement et se redressa. Non, ils étaient là, lui et les autres et aucun d’entre eux ne permettrait qu’on touche un seul cheveu de leur maître, quitte à y laisser la vie ! C’est avec ces fières pensées en tête que le lancier sentit le contact tiède de deux mains sur son cou et sa tête, juste avant que les griffes glacées de la Faucheuse ne l’emmènent rejoindre la Déesse.

Aussi vif qu’une bête et silencieux comme l’ombre, l’homme avait surgit dans son dos, comme tout droit sorti des ténèbres environnantes. Ses bras, halés et nus, avaient saisis la tête et le cou de notre pauvre soldat avant de lui imprimer une pression mortelle. Un très faible gémissement avait toutefois réussi à franchir les lèvres d’Hans... Mais son meurtrier seul avait du l’entendre. Le corps se raidit un moment, les yeux exorbités, la douleur envahissant les sens du veilleur puis, les muscles se relâchèrent et l’homme s’effondra dans les bras de l’assassin. Délicatement, celui-ci le déposa au sol et, sans un regard pour l’étrange motif que formait maintenant le cou de sa victime, Jaffar s’avança d’un pas sur vers le bâtiment. A partir de maintenant, il avait entre vingt et trente minutes, dépendant de la motivation de la sentinelle suivante. Celui qu’il venait de tuer avait été plus difficile à prendre par surprise que la plupart des gens à cette heure, à croire qu’il faisait sérieusement son boulot. Négligeant l’entrée principale, le voleur opta pour une des entrées de service, à l’arrière du bâtiment... Fermée naturellement. Avec une précision mécanique, le Croc Pourpre décrocha son passe de sa ceinture et l’inséra dans le trou prévu à cet effet. La porte cliqueta un peu, résista, rechigna puis un "clic" presque silencieux se fit entendre et l’assassin pénétra la bâtisse proprement dite.

Voila trois jours qu’il observait les allées et venues de la cible. Lord Heran était rarement chez lui mais ses soldats, eux, étaient bien présents. Nombreux et bien entrainés, ils avaient eu cependant la fâcheuse habitude de suivre toujours la même façon de patrouiller : deux hommes à l’extérieur de la demeure, sept –et maintenant six-dans la cour, répartis de façon à couvrir tout le périmètre et... C’était tout : le voleur n’avait pu pénétrer la demeure avant et ne connaissait donc pas les effectifs présents à l’intérieur. Tout ce qu’il savait, c’était que les hommes seraient relayés dans environ une demi-heure et que deux soldats patrouillaient régulièrement autour de la bâtisse et à l’intérieur. Il y avait donc une chance, faible mais tout de même présente, que sa victime soit découverte malgré l’obscurité ambiante.

A pas de loups, le voleur se glissa à travers un couloir sombre jusqu’à ce qui semblait être les cuisines. D’après ses informations : le maître de la maisonnée s’était rendu à une soirée organisée par un autre nobliau désireux d’étaler une fois de plus sa richesse, et c’était bien connu : quand le chat n’est pas là, les souris dansent. La souris en question devait simplement récupérer les informations sur le Black Fang que possédait cet homme et lui laisser un avertissement suffisamment... Compréhensible. Cet homme n’abusait pas de ses pouvoirs, respectait la loi et ne rentrait pas dans la ligne de mire du Black Fang, tout du moins pas encore, mais il commençait à devenir gênant. A chaque fois qu’une de ses pistes débouchait sur un cul de sac, Lord Heran revoyait tous ses indices, toutes ses informations et en cherchait de nouvelles jusqu’à dénicher la faille dans ses prévisions et prendre un autre chemin. Il se rapprochait dangereusement de l’organisation et, s’il n’abandonnait pas, il faudrait le supprimer. Qui serait chargé de la mission ? Tout à ses interrogations, le voleur avait franchi l’obstacle que représentaient les cuisines illuminées en se glissant furtivement devant la porte au bon moment. Rapidement il avait atteint une autre pièce, plongée dans l’obscurité cette fois, et s’y était éclipsé. Il était dans la place. Restait à trouver sa cible.

Une vraie partie de cache-cache s’organisa alors entre l’assassin et les membres de la maisonnée : colonnes, portes, recoins sombres et pièces abandonnées, toutes les astuces furent bonnes pour ne pas se faire repérer. A plusieurs reprises, ses doigts se crispèrent sur ses dagues alors qu’un domestique ou un garde, ignorant du danger qu’il courait, passait au pas de course devant sa cachette. Le petit jeu dura presque une quinzaine de minutes. Inspecter toute la propriété aurait été une perte de temps, le Croc Pourpre cherchait plutôt la chambre du maître des lieux ou son étude ou encore... Il se figea net en apercevant le soldat. Assis sur une chaise, discutant avec son camarade de veille, il trônait fièrement devant une porte visiblement scellée. Rapidement, le voleur évalua sa position. Il se trouvait dans l’aile est, au deuxième étage, dans un coin fréquenté raisonnablement mais pas trop par les domestiques... C’était surement ça. Cependant, il dut patienter encore quelques secondes, attendre le moment idéal, le moment où ce jeune homme portant un plateau aurait fermé la porte du couloir derrière lui... Maintenant !

La mort s’abattit tel un oiseau de proie sur le premier homme, la dague s’infiltrant rapidement dans son cou, tranchant l’artère et lui ôtant la vie sur l’instant. Le deuxième voulu faucher l’agresseur de sa lance mais l’effet de surprise était total et il ne songea même pas à appeler à l’aide lorsque la lame perça la chair. Rattrapant le deuxième cadavre dans ses bras, l’assassin le déposa au sol avant de faire disparaitre ses armes dans leur fourreau respectif, l’acier s’imprégnant à nouveau du poison qui suintait des parois des deux réceptacles. Le sang avait imprégné la moquette et les vêtements du tueur, et des taches écarlates mouchetaient les murs du corridor. Qu’importe : il avait son avertissement. Il fallait faire vite, l’assassin dégaina à nouveau son passe et tritura rapidement la serrure. Elle n’avait pas été faite pour résister aux intrusions : qui pouvait s’introduire jusqu’ici en la présence des sentinelles ? Aussi le déclic ne se fit-il pas attendre. Trainant les deux corps dans la pièce, le voleur referma le tout et s’intéressa à son contenu. Il avait vu juste : c’était bien l’étude : un bureau orné de documents en tout genre trônait en plein centre de la pièce accompagné d’une bibliothèque et d’un coffre. Ce dernier était fermé et l’assassin ne s’encombra pas de détail. Le passe miraculeux entra encore une fois en action, avec un peu plus de difficulté cette fois-ci mais, comme ses consœurs, la serrure libéra l’accès aux documents. Ici, l’assassin se retrouva confronté à un dilemme... Il ne savait pas lire. On lui avait demandé de ramener tous les documents concernant le Fang qu’il trouvait... Ainsi soit-il. S’emparant des deux pochettes de feuillets que contenait le coffre, l’assassin prit toute fois le temps de ranger un des corps dedans avant d’embrocher le second sur la chaise du bureau avec sa propre lance. Le message passerait.

Fuir avec son larcin en poche et ses vêtements imbibés de sang était une phase de ses missions que Jaffar détestait particulièrement. Il était alourdi, trempé et sentait mauvais. De plus, il s’avérait généralement bien plus difficile de sortir d’un bâtiment dans lequel on avait trouvé trois cadavres que d’entrer dans une résidence somnolant dans l’insouciance. Aussi fut il heureux de retrouver l’air frais de la nuit et sa joie s’amplifia lorsqu’il frappa à l’huis de son destinataire :

- Qu’est-ce qui vous amène par ici voyageur ?
- Donnerez-vous l’hospitalité aux enfants de la nuit ?

Le mot de passe n’était sans doute même pas nécessaire au vu de l’état de l’assassin et c’est sans un regard ni un mot qu’il passa devant l’homme qui lui avait ouvert. Dans les jours qui suivirent, le Croc Pourpre retrouva l’homme qui l’avait envoyé là bas. Le même qui, il y avait presque une dizaine d’années, lui avait agité une pièce en or sous le nez contre quelques renseignements. Ses cheveux avaient grisonnés et quelques rides barraient maintenant son front et ornaient le pli de ses yeux. Il était toujours mal rasé et se grattait le menton en permanence mais c’était plus un tic qu’autre chose et ses yeux verts pétillaient encore de malice et de ruse. Il était habillé, disons le franchement, comme un sac et rare étaient les personnes capables de le retrouver lorsqu’il décidait de se mêler à la foule. Jaffar le soupçonnait également de planquer une multitude d’arme sur lui mais n’en avait jamais eu la preuve concrète. Il termina de consulter brièvement ce que le voleur lui avait ramené et poussa un soupir en déposant les documents sur la table :
- Il faudra vraiment que je me décide à t’apprendre à lire un jour.
- ...
- Entre la feuille d’impôt et les dissertations philosophiques de Lord Heran sur son réel but dans la vie, pas vraiment de quoi sauter de joie.
- Et l’autre pochette ?

Les yeux de son mentor semblèrent s’illuminer :
- Je doute que tout y soit mais j’espère pour lui qu’il avait fait une copie de ce que nous lui avons pris. C’est du beau travail pour un illettré Jaffar.

Le Croc Pourpre se contenta d’hocher silencieusement la tête sous le compliment –ou peut-être était-ce une insulte:
- Seulement, il y a quelque chose qui me chiffonne...
- ...
- Il en sait trop... Bien trop, même pour quelqu’un ne concentrant ses efforts que sur notre recherche... Il est si proche du but... Certaines de ses suppositions quand à notre hiérarchie sont même bien trop précises aussi bien au niveau de l’organisation que des personnes concernées, pour être de simples suppositions...
- Je l’élimine...
- Non ça ne servirait à rien. Tu sais aussi bien que moi ce que tout cela veut dire.
- Un traître... Lui, je l’élimine.

Le vétéran hocha silencieusement la tête, un sourire carnassier aux lèvres tandis que ses yeux détaillaient la formidable machine à tuer qu’il avait façonné au fil des ans :
- Tu es... Une arme : si redoutable si froid... Un monstre pour certains mais pour moi tu incarnes la perfection. Continues à te comporter ainsi Jaffar et je t’assure qu’il ne te faudra pas longtemps avant de devenir très important pour l’organisation.

L’homme retourna à ses documents, un fantôme de sourire aux lèvres :
- Je vais recouper les informations obtenues, vérifier qui y avait accès et préparer ton intervention. Profites en pour te détendre un peu et voir si tu ne trouves pas quelque chose de ton coté également.

Le Croc Pourpre inclina la tête et sortit sans un bruit. Débouchant du sous sol de la taverne, il ne jeta pas un regard au tenancier et sortit. Les ruelles bourdonnaient d’activité et Jaffar en profita pour traîner un peu et réfléchir. Qui pouvait bien avoir envie de trahir l’organisation à ce point ? Leurs actions étaient justes, leur discipline stricte et le sens de l’honneur était nettement plus développé dans le Black Fang – ou du moins dans ses hautes sphères- que dans n’importe quel régiment armé. Le jeune voleur ne parvenait pas à comprendre pourquoi quelqu’un cherchait tant à les éliminer mais... Sa propre fidélité faussait peut-être son jugement. Tout à ses réflexions, il dépassa un étalage de pommes dont le marchand vantait la qualité : "toutes droites importées de Criméa" soit disant... Criméa... Il y était allé une fois pour une mission. C’était plutôt une belle contrée, plus verdoyante que Begnon. Le voleur mordit dans le fruit que tenait désormais sa main droite. Il allait trainer du coté des docks. Les marins étaient très souvent au courant des derniers ragots et il en connaissait quelques uns à la solde du Black Fang. Ce n’était pas grand-chose mais c’était mieux que rien.

Il fallut une semaine à son mentor pour le rappeler. La cible s’appelait Vince. Il avait été engagé deux ans auparavant mais son talent au combat et sa discrétion à toute épreuve lui avaient rapidement fait gravir les échelons. C’était un tueur rapide et discret qui manipulait aussi bien l’épée que la dague. Visiblement il n’avait servit que pour mieux trahir. Il avait disparu quelques jours avant l’opération de récupération des documents et faisait parti d’un des rares membres de l’organisation au courant de cette dernière, ceci dut à son rang. Personne ne s’était inquiété sur le coup... Mais personne n’avait réussit à le contacter de nouveau et les messagers avaient disparus avec lui. En fouillant bien, le Fang l’avait retrouvé... A Daein.

La nuit de nouveau. Les ténèbres : son élément favori. Le temps était sec, la température tiède... Et l’homme qui le contemplait, là, dans cette petite ruelle de Pelor, ville Daenoise, avait l’air très résolu. Ses cheveux noirs lui descendaient jusqu’aux épaules, ses trais étaient taillés à la serpe et ses yeux étaient bleus nuit. Sa carrure n’était pas celle d’un épéiste et ses muscles devaient plus être habitués à se détendre d’un seul coup pour tuer plutôt que d’agir sur la durée d’un combat. Toutefois, l’épée qu’il tenait était de très bonne facture et, comme tout bon assassin qui se respecte, elle était surement empoisonnée :

- Alors c’est toi qu’on m’envoi ? Un simple sous-fifre ? Pas même l’un des quatre Crocs ? Me voila bien déçu.
- ... Pourquoi nous trahir ?
- Oh en voila un bien direct ! J’ai mes raisons... Et elles ne concernent que moi. Je connais également ce qui attend les traîtres et je sais que vous ne me laisserez pas en paix tant que je serais encore en vie. Ma famille est en sécurité mais je mourrais l’arme au poing après avoir envoyés autant d’entre vous que possible dans la tombe.
- ...

Tandis que l’homme levait sa garde, l’assassin, lui, fit jaillir ses dagues de ses fourreaux et s’avança de quelques pas. Les deux adversaires s’observèrent un moment avant que l’épéiste ne charge. Sans un bruit, les deux Fangs commencèrent leur danse macabre. Il n’y avait pas besoin de longs palabres. Chacun savait parfaitement pourquoi l’autre était là et chacun savait également que l’un d’eux au moins mourrait ce soir. La loi du Fang n’admettait aucun écart. La lame siffla une fois, deux fois dans le vide puis rencontra les dagues dans un fracas métallique à la troisième. Les deux coutelas, croisés, la bloquèrent une seconde avant de la repousser puis le Croc Pourpre passa à l’attaque. Plus rapide que son adversaire, il ne put que constater le brio avec lequel ce dernier parait ou esquivait chacune de ses attaques. A deux reprises, l’assassin cru trouver une ouverture et à deux reprises la lame étincelante s’interposa entre le croc et la chair. Rapidement, la danse silencieuse se transforma en un affrontement bien réel où les lames s’entrechoquaient, où chacun des deux combattants grognait et jurait contre l’autre tandis que des gouttes de sueur les aveuglaient. Leur style de combat était très semblable également : trouver un point faible chez l’autre, frapper dans les organes vitaux et le tuer en un coup. Toutefois, Vince dut rapidement regretter de n’être que face à un sous fifre : l’épée se faisait de plus en plus lourde dans sa main à chaque instant, son souffle s’accentuait et sa poitrine se soulevait de plus en plus rapidement. Son adversaire, bien que ruisselant de sueur et semblant avoir du mal à encaisser les coups de boutoirs de la lame, esquivait toujours avec grâce et agilité, ne faisait presque aucun bruit lorsqu’il se déplaçait et surtout, ce regard : aussi froid et profond que la nuit... Non : même la nuit était plus chaleureuse que cet homme. C’était l’essence même des ténèbres que l’épéiste lisait dans ce regard. Un regard glacial, un tueur né... Comment pareille créature pouvait elle exister ? Comment lui, un haut gradé parmi l’élite même des tueurs, pouvait il avoir du mal à se débarrasser d’un inconnu ?

Ce fut la seconde de déconcentration dont l’assassin avait besoin. Pivotant rapidement autour de son adversaire et passant outre sa garde, il inséra une de ses dagues dans le creux d’un genou et trancha dans le vif du sujet. Un cri monta dans la ruelle, répercuté par les murs rapprochés. L’homme s’effondra sur l’autre genou tandis que la seconde dague le frappait dans le milieu du dos. Un hoquet secoua l’épéiste alors qu’il s’appuyait comme il pouvait sur son épée. Du sang ruissela de sa bouche et il ne put que contempler, impuissant, l’assassin qui le surplombait, toujours aussi glacial :
- Echouer c’est la mort.
- Je n’ai pas... Echoué... Ma famille est en sécurité... Et...
- Ta famille te rejoindra dès que nous l’aurons retrouvée. Ton heure est venue.
- Tu es... Trop arrogant !

Et avec une vigueur décuplée par la rage, Vince se redressa et propulsa sa lame droit vers son meurtrier. Trop près pour parer ou esquiver correctement, l’assassin survécut toutefois... Sans trop savoir pourquoi. A l’instant où se trouvait son estomac un instant plus tôt, l’assassin parvint à se décaler suffisamment pour sentir la lame entailler sa hanche :
- Tu es trop im...prudent. Ne les as-tu pas... Entendus ? La milice... Quelqu’un a du les prévenir...

Au sourire dément qu’affichait le mourant, Jaffar comprit qu’il s’était fait piéger. Il repoussa sans effort la main qui tenait la lame et sa dague mit fin à la vie du traitre. La blessure n’était pas spécialement grave mais saignait beaucoup et l’assassin craignait bien plus le poison qui lui avait été injecté. Tendant l’oreille, il ne lui fallut pas longtemps pour repérer les aboiements furieux des molosses. Crachant un juron, il s’éclipsa, trop tard cependant pour ne pas entendre le cri d’alerte de l’un des soldats. Courant à en perdre haleine, la main plaquée sur sa blessure l’assassin tenta de les semer mais c’était sans compter les bêtes lâchées sur ses talons. Les deux dobermans le rattrapèrent sans effort et le projetèrent au sol. L’un d’eux enfonça ses crocs dans le bras du tueur tandis que le second l’écrasait de tous son poids, ses crocs cherchant une prise solide sur le dos de l’assassin. Toutefois la victoire dans un combat tient à peu de choses. Les chiens se battaient pour le plaisir de tuer leur proie. L’assassin, lui, luttait pour sa survie. Maitrisant sa douleur, il roula sur le dos, rejetant l’un des deux molosses. Aussitôt, l’autre essaya de s’emparer de sa gorge mais c’est la sienne qui en pâtit lorsque la dague s’enfonça dans sa gueule grande ouverte. Le deuxième tenta de revenir à la charge mais un puissant coup de pied lui arracha un couinement et la dague qui s’enfonça dans sa nuque l’interrompit aussi brusquement qu’il avait commencé.

Laissant l’arme plantée dans la bête, le Croc Pourpre fuit de nouveau, talonnés par les soldats, heureusement ralentis par leur équipement et bien plus lents que les animaux. Titubant, Jaffar tourna à un angle et continua sa fuite. Le repaire n’était pas loin... Il devait semer les gardes, il n’avait pas envie de mourir comme ça, pas maintenant. Reprenant sa course malgré ses blessures il réussit à parcourir plusieurs mètres avant de devoir s’arrêter, pris de vertiges. Le poison commençait à agir... Et il était mortel. Il reconnaissait les effets du "Lys Noir" : les vertiges n’étaient que le début : ils allaient empirer, puis le produit provoquerait des nausées et d’horribles douleurs musculaires, immobilisant sa cible avant de la tuer à petit feu. S’agrippant au mur, l’assassin n’eut que le temps de tourner dans... une impasse. Il était fait comme un rat !

Les soldats déboulèrent au moment où l’homme en noir tournait au coin :

- Il est à nous ! C’est un cul-de-sac !

Armes au clair, les hommes foncèrent vers l’ouverture avant d’être stoppés net par une puissante détonation et l’apparition d’un monstrueux nuage de fumée. La brume envahit immédiatement l’impasse et ses alentours, plongeant les hommes dans une véritable purée de pois et les faisant tousser :
- Merde ! Alban vire nous ça maintenant !

Le dénommé Alban, tome en main prononça une incantation avec un ton presque enjoué. Les mots résonnaient telle une douce mélodie et bientôt, un puissant courant d’air balaya violemment le fumigène. Dans l’impasse, cinq soldats scrutaient attentivement le pavé, orné d’une tache de sang et d’une coque de fumigène. De l’assassin nulle trace et aucune ouverture où il aurait pu disparaitre. Au fond, cependant des barils :
Petit fripon,
Sort de ton trou,
Viens mon chaton,
Qu’on torde ton cou...
- Alban la ferme ! Restez sur vos gardes... Il n’est pas loin...

S’il avait été plus lucide, l’assassin aurait sans doute rit. En l’occurrence, deux yeux noirs contemplaient le dos du mage, à l’arrière du bataillon. Ce qui semblait n’être qu’un espace de ténèbres se découpa finalement en un homme blessé, empoisonné, titubant et au regard fou. La silhouette s’avança à l’entrée de la ruelle, se découpant face au clair de lune, son ombre projetée derrière lui le grandissait, le rendant effrayant et ses yeux injectés de sang n’arrangeaient pas les choses. Le sang dégoulinait sur son torse mais son regard meurtrier transperçait la nuque de l’homme, lourd et insistant, concentrant une terrible aura meurtrière sur l’homme impuissant. Il aurait été si simple de l’égorger. Un geste, un cri, une mort jouissive, une vengeance puérile accomplie…

Alban se retourna vivement, tome en main, ouvert à la page de son sort le plus puissant. Il aurait juré... Mais non. Face à lui, la ruelle était vide, derrière lui, ses compagnons entreprenaient de fouiller prudemment les barils et les caisses entreposés là. Pris d’un doute, le mage s’avança rapidement à la lisière de l’impasse. Une goutte de sueur glacée dégoulina le long de sa nuque. Il se sentait stressé, inquiet et observé... Pourquoi ?

- Où es-tu !

Le cri avait jailli de sa gorge, plus aigu qu’il ne l’aurait souhaité : il avait lui-même trahi la tension qui l’habitait. Ses yeux paniqués parcoururent les deux extrémités de la ruelle mais seul le silence lui répondit... Et ce fut un silence bien pire que si l’homme avait éclaté d’un rire mesquin, un silence lourd de promesses à venir.

Lorsqu’il ouvrit les yeux, Jaffar dut les plisser pour pouvoir discerner correctement le plafond. Il avait la bouche sèche et d’horribles courbatures le torturaient. La tête lui tournait, des nausées faisaient des allers retours dans son estomac et c’était sans compter les nombreuses douleurs dues à ses blessures qui semblaient prendre un malin plaisir à lui signaler qu’elles étaient là. Par moment, les vertiges disparaissaient, aussitôt remplacés par un terrible mal de crâne. Il en était encore à se demander s’il était vraiment vivant lorsqu’une tête aux cheveux verts apparut brusquement dans son champ de vision. Un serre-tête maintenait la tignasse en place, laissant toutefois échapper nombre de mèches rebelles, tombant devant deux grands-yeux bleus- gris. La figure enfantine laissa échapper un grand sourire naïf accompagné d’un petit rire et de quelques mots que l’assassin eut peine à entendre :

- Alors ? Notre grand héros vengeur revient à lui ?
- ...
- On dirait que vous n’êtes pas vraiment dans votre assiette m’sieur... Faut dire que vous nous êtes pas revenus dans le meilleur état qui soit. Et puis avec tout ce qu’ils vous ont fait ingérer pour vous "purifier"...
- ... Qui...
- Il parait que vous avez semé une patrouille complète tout en étant blessé et empoisonné. Franchement, pour un assassin, on a déjà trouvé plus discret hein...
- ...

La jeune fille sortit finalement de son champ de vision pour retourner à ses activités sans cesser de parler. Pour sa part, Jaffar mit un certain temps à se redresser. La gamine trottinait de ci, de là, visiblement occupée à cuisiner tout en rangeant un peu. Ils se trouvaient dans une pièce assez spacieuse ornée d’un mobilier qui, sans respirer la pauvreté, semblait avoir été sélectionné de façon à n’être que du mobilier "utile" : une table, plusieurs chaises, un lit que Jaffar occupait, cheminée et autres...

A cette occasion, il remarqua qu’il était torse-nu et qu’un immense bandage ornait son côté. Il se sentait toujours vaseux et faillit laisser libre cours à sa nausée quand l’enfant lui présenta un bol de soupe, embaumant pourtant délicieusement pour qui n’était pas mourant :

- Ca fait trois jours que vous comatez sans rien avaler d’autre que des herbes curatives et des potions bizarres alors vous allez me faire le plaisir de manger... Tout de suite !

A contrecœur, le "terrible" assassin du Black Fang s’exécuta mais repoussa son écuelle au bout de trois bouchées, le cœur au bord des lèvres. Il n’eut pas besoin de demander pour savoir où il se trouvait car la gamine se fit un plaisir de lui dire toute seule tandis qu’il se restaurait plus ou moins :
- Nous sommes dans une des nombreuses planques du Fang, il y a trois jours des hommes vous ont amenés. Mère n’était pas contente de les voir débarquer comme ça mais ils ont dit qu’il valait mieux vous cacher ici un certain temps. Apparemment vous vous êtes effondré après avoir réussi à frapper à leur porte. Puis il y a un autre homme, très mal habillé, qui est arrivé, accompagné de médecins et leurs drôles de bâtons. Je n’ai pas vraiment compris tout ce qu’ils vous faisaient mais ça a semblé efficace puisque vous êtes réveillé. Comme Mère était pressée, je lui ai demandé de rester auprès de vous, pour au moins servir à quelque chose à l’organisation. Ils m’ont dit que vous étiez dangereux et que le poison pouvait parfois provoquer des réactions imprévisibles mais vous ne m’avez vraiment pas l’air si méchant que ça. Donc voila : ça fait trois jours que je m’occupe de vos bandages et que des gens viennent vous faire boire de drôles de trucs en espérant que vous vous réveilliez.

Elle avait tout débité très rapidement, sans même reprendre son souffle et avait les joues rouges à cause de son excitation à tout raconter. Le Croc Pourpre était complètement paumé, abasourdi par ce petit bout de bonne femme qui discutait le plus naturellement du monde avec un assassin blessé, comme si tout cela était parfaitement normal. Il lui fallut une seconde pour comprendre que la gamine lui avait posé une question et, hébété, il secoua la tête pour se réveiller :
- Je vous ai demandé votre nom.
- Ah...
- ...
- ...
- ...
- Jaffar...

Posant fermement son assiette au sol, le Croc Pourpre détourna le regard des deux grandes sphères grises qui le contemplait et se recoucha, tournant le dos à la gamine. Il se sentait honteux sans trop savoir pourquoi :
- Eh ben voila ! Moi c’est Nino enchantée ! Reposez vous bien Jaffar car je pense qu’il y a aura beaucoup de monde avide de savoir comment vous vous en êtes sorti.

Le Fang ne répondit pas. Epuisé, il avait à peine prêté attention aux dernières paroles de la jeune femme et s’était endormi. Il ignorait encore que le souvenir de cette rencontre et tout ce qui l’y avait mené resterait gravé dans sa mémoire.
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