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 L'Exil

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Isaak
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MessageSujet: L'Exil   Lun 31 Mar - 0:03

L’EXIL

C’était un temps pas si lointain. La fin d’une ère de terreur invisible. Imperceptible à l’œil tant pour les acteurs, que les spectateurs de ce monde. C’était le crépuscule pour la Peste Pourpre, et ses hôtes.

Dans les hauteurs de Begnion, le monastère de Belogor s’endormait dans un éternel et cauchemardesque sommeil. La végétation prospère assurant la survie aisée des fidèles avait flétrie, ne laissant que des herbes sauvages aux feuilles grossières et tordues. Le bétail s’était évaporé, colonisé par des légions de rats et d’insectes grouillant çà et là dans les constructions anthropiques. Tandis que les rats et cuirassés de chitine rompaient les rangs, les corbeaux, les mouches, et autres volants peuplaient les airs malsains de l’abbaye. Même au sein de cette ménagerie pandémoniaque, la vie était difficile. Il n’était pas question de vie, mais de survie. Le cadavre devenait une denrée précieuse que la faune se disputait en permanence. Dans la sylve de bras et de jambes inertes, la vermine se battait en permanence pour pulluler. Même les immondices devaient se battre pour répandre le chaos.

Au cœur de cet océan de macchabées ne subsistait plus qu’un radeau de survivants. Des mollusques, perdus à jamais dans les abysses de leur foyer, tentant de s’abriter dans la coquille des murs millénaires de leur abbaye. C’était les plus sains de cette maison des horreurs et portant. Les uns portaient des séquelles physiques de leur séjour dans l’antre du diable : des lésions, des mutilations indélébiles. Les autres étaient marqués mentalement : mutisme, dépression, neurasthénie. Autant de pathologies et de syndromes que de résistants aux émissaires de Thanatos. Le trépas de la majorité avait marqué la minorité. Le culte d’Ashera la Juste n’était plus que balivernes. Ici-bas, au plus près de la déité de l’équilibre, il n’y avait pas de favoritisme. Pas de bénédiction pour les hommes. Il n’y a que la réalité de la vie. Le seul axiome que pouvait incruster les anciens fidèles dans leur conscience bafouée était simple : Ashera guide les hommes, mais ne les protège pas. Elle offre l’esprit, mais pas la protection. Après la tragédie, les survivants l’avaient bien compris.

Uriel n’était plus. Tout comme les plus éminents sages de l’abbaye. Il ne restait plus que les plus jeunes, les plus résistants. Ceux sans expérience, si ce n’était celle du désastre. Il n’y avait plus de volonté, plus de lumière : pour fuir le germe de leurs tourments, les survivants s’étaient refugiés dans les sous-sols de l’abbaye. La cohabitation avec le clapotis de l’eau sur la pierre froide et autres désagréments souterrains avaient rendu fragile plus d’un. Mais surtout, l’intransigeance était le mot-clé. Les rôdeurs, autrefois laissés en surface, avaient été éliminés progressivement sous l’action conjointe de la famine et de la guerre. Les plus pugnaces, eux, furent enfermés dans des chambres de méditation rafistolées en cellules. Le plus récalcitrant ? Un enfant, aux portes de la majorité. Un démon qui a franchi d’un coup de bélier les portes de la maturité en termes d’horreurs. Un rejeton de la peste pourpre.

Un nuisible qu’il fallait écarter au plus vite. Un reliquat du désastre qui faisait l’objet de nombreux débats, de nombreuses questions. Et au final, d’un conseil. Un ultime rassemblement entre les survivants ayant pour but de décider du sort de cet enfant autrefois plein de bonté, et dorénavant chargé de démence et de phobies. Louka le Moine Fou devait partir. Mais comment ?
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Isaak
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MessageSujet: Re: L'Exil   Sam 5 Avr - 22:01

L’EXIL

C’était un soir anodin. L’astre lactescent voilait d’un quart son visage cadavérique. Elle ne laissait transparaître qu’une partie de son lustre exsangue. Et ce même éclat have irradiait avec une ivresse macabre cet opéra de l’épouvante : le monastère de Belogor.

De l’Ordre du Soleil Blanc, il ne subsistait que le sobriquet. De blanc, il ne restait plus que les dépouilles décharnées. Une nécropole de tombes de macchabées rongés jusqu’à l’os par la vermine et les prédateurs.
Ce soir-là, les fossoyeurs de ces catacombes à ciel ouvert devaient parlementer, afin d’empêcher de creuser d’autres tombes.

Le notus peinait à s’engouffrer dans les couloirs menant à la grande salle. Il hurlait faiblement. Dans ce bruit sourd de complaintes de banshees, les foulées se faisaient discrètes. Les fidèles, autrefois fiers de leur lien fusionnel avec leur Déesse lumineuse, se faisaient ombres pour passer au travers de leurs tourments. Le chancre, le trépas, essentiellement. La meute de pas sourds s’agglutina en une seule source, et dans leur marécage de pierre, allumèrent quelques feux follets dans la cire. Ce qui au prime abord passait pour un quelconque rituel n’était autre qu’une réunion faite dans la précarité la plus extrême. Embusqués sous leurs haillons, les thorax se sculptaient selon une mode famélique. La disette était à l’ordre : l’individu devait se contenter de peu pour que le groupuscule puisse survivre dans son intégralité. La fatigue se ressentait à chaque pli de peau, à chaque souffle. Il inhibait l’irascibilité, la discorde dans le groupe. La dictature de la faiblesse, un règne fasciste sur le soma de chacun qui rigidifiait le groupe.

La nuée d’yeux se dévisagea d’elle-même, s’assurant de la présence de chacun, et de l’absence des nuisibles. Ces nuisibles étaient au nombre de trois types : la vermine, tantôt faune, tantôt légion invisible, et parfois flore ; les rôdeurs, qui perdaient en humanité pour se mêler davantage à la vermine, et dont le nombre s’amenuisait au fil du temps. Et il y avait lui. Un lui qui ne méritait pas même de majuscule pour mettre à part ; une majuscule se met sur un nom propre. Le sien était encrassé de phobies et de démons plus fous les uns que les autres. Personne n’aimait parler de lui, tant son prénom évoquait une possibilité bien plus pénible que l’errance des rôdeurs, ou tout simplement l’extinction. Dans cette assemblée de mal-portants, tous voulaient trouver un moyen pour éradiquer une bonne fois pour toute ce prénom de leurs méandres, de leurs lippes. Mais tous savaient qu’ils ne pouvaient, et surtout devaient que l’écarter. Traumatisme trop grand pour être effacer dans la conscience, ou  souvenir nécessaire à transmettre aux générations futures pour éviter de répéter un tel désastre, les deux réponses à la question de ce refus d’oubli se valaient tout autant.

Louka était un silex aux péchés bien trop lourds pour couler au fond du Léthé.

Alors, à défaut de le noyer pour de bon, ses anciens semblables devaient se concerter pour que le rocher roule jusqu’en bas de la montagne, définitivement. La perspective d’une reprise du mythe de Sisyphe ne les enchantait guère. Dans le tumulte sépulcral, une voix s’éleva parmi toutes les autres. Un vieillard, bien conservé malgré les épreuves de la tragédie. Vêtu de noir, il respectait cette nouvelle coutume vouée à la discrétion. Le noir se fondait dans l’ombre, dans les ténèbres. Il masquait son porteur contre une potentielle menace. Il était l’habit de la Faucheuse, et éloignait les immondices. Chez cet homme, la couleur du borgnon lui allait à merveille. Son œillade et son sourire inexistant laissaient transparaître une fermeté à la hauteur des événements. Sa stature elle traduisait une incroyable résistance à la maladie et à la famine. Il faisait le lien entre les jeunes plein d’endurance, et les vieillards au bord de la tombe. Il était le nouveau guide de Belogor, et n’agissait pas au nom d’Ashera, mais bien pour le monastère. Toisant l’intégralité de la petite foule des ombres, il s’assura que chacun l’entende, et soit prêt à l’entendre.


❖ Si tout le monde est là, nous pouvons commencer. Vous le savez, une menace pèse encore sur Belogor. Si nous ne faisons rien, elle va prendre de l’ampleur, et créer une nouvelle épidémie au sein de notre groupe réduit. Cette menace, c’est cet enfant qui s’appelle Louka. D’autres le connaissent plus facilement sous le nom de Moine Fou. Il est temps de trouver le moyen de le faire disparaître du monastère.

Le mutisme tissa sa toile dans les rangs désorganisés. L’auditoire du vénérable attendait la suite. Elle voulait des solutions concrètes. Elle ne voulait plus de ce fléau grandissant.

❖ Il fut un temps où le Moine Fou était un fidèle aimant et dévoué pour la cause d’Ashera et du monastère. Il était sous la tutelle de feu Uriel, un de nos plus éminents moines au sein de notre communauté. Mais la Peste Pourpre a apporté son lot de souffrances à tous, et chez cet enfant, la souffrance s’est convertie en folie. En peur. Au point qu’il est méconnaissable dorénavant. C’est un sauvage, instable capable de semer la crainte dans nos rangs. Ce soir, mes amis, je vous propose d’écarter cette menace une bonne fois pour toute. Mais la tâche sera difficile, et c’est pour ça que j’ai besoin de votre soutien pour parvenir à notre objectif primordial.

La difficulté que n’osait pas énoncer le guide des ombres malades, c’était que Louka n’était pas simplement un fou dévoré par ses tares mentales. Malgré sa condition chétive, l’enfant possédait une magie très puissante, lui offrant un répertoire aussi mince que néfaste de sortilèges. En outre, il faisait malheureusement des rares élus à s’être ouvert à la Lumière d’Ashera. Ou du moins un ersatz maléfique qui faisait de lui la menace à éradiquer. Le rassemblement savait qu’il était futile de songer à occire le paraphrénique : la mort n’apporterait que la mort. Plusieurs fois dans le passé, ils avaient tenté de porter le couteau au cœur du garçon, en vain. Les pertes trop grandes, la décision de le faire partir fut repoussée maintes et maintes fois, jusqu’à maintenant.

L’autre contrainte, c’était cette angoisse permanente de la maladie. La Peste Pourpre était un mal tenace, et dans l’ignorance, les moines ne savaient comment réagir à un mal invisible. Ils vivaient dans un monde où les notions d’asepsie et de vaccination leurs étaient étrangères, à la façon de cet idéal de santé qu’ils symbolisaient à travers une forme d’équilibre spirituel. Ainsi, l’extérieur était un lieu interdit, saturé par la peur imminente d’être contaminé. Or, pour s’assurer de faire partir le Moine Noir, il fallait sortir. Encore une difficulté à surmonter. Mais dans l’assemblée sombre, une nouvelle voix s’éleva, et vint noircir davantage le tableau.


❖ Grand Sage, je conçois parfaitement que cet enfant est à bannir au plus vite de nos terres. On ne peut pas continuer à vivre avec lui. Toutefois… on ne peut pas nier non plus qu’on a malgré tout besoin de lui. À plusieurs reprises, nous avons pu utiliser son grand pouvoir pour terrasser les Rôdeurs les plus coriaces. Envoyer Louka aux rôdeurs, c’est une solution bien plus efficace, aussi bien pour éliminer les Rôdeurs que pour limiter nos propres pertes. Alors, quand bien même nous venions à écarter le problème Louka… on ne fera que revenir sur un autre.

La dextre spectrale du silence strangula davantage l’assemblée. Puis les susurrements, les messes basses reprirent. Le poids des lamentations pliait davantage le rachis des fidèles de contraintes. Et ce fatras de contraintes devenait plus lourd à porter, une planète de tourments qu'un Atlas de survivants dépossédés de leur foi tentait désespérément de porter.
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