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 Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12

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❝ Invité ❞



MessageSujet: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Jeu 19 Jan - 15:51

    Le soleil meurt doucement derrière les dernières montagnes. Le ciel se teint de pourpre, et au loin on peut apercevoir une maigre incandescence provenant d’une silhouette se découpant en contre-jour. Jierdan marche, comme à son habitude. La cigarette est à moitié consumée. Quelle importance, vu qu’il en allumera une autre dans la foulée. Il s’arrête un instant, levant le nez au ciel. D’une main il prend la cigarette entre ses doigts pour en faire tomber la cendre sur le sol sombre. L’autre main tient quelque chose. Il se retourne, le regard vers ses pieds.
    « C’est bon, t’arrête de me faire chier maintenant ? »

    Un adolescent maigre, au teint pâle et aux cheveux roux, le défie du regard. Sa peau est écorchée en de nombreux endroits, ses mains sont attachées, et le dragon le tire par la cheville gauche depuis des miles. Mais son regard reste brillant et plein de volonté. Jierdan lève les yeux au ciel, atterré. C’est quoi ce mioche qui ne veut pas céder à la peur.
    Une ombre passe sur le visage du Laguz, alors qu’il tourne son regard noir vers le rouquin. Sa main se resserre légèrement autour de la cheville maigrelette, faisait craquer un peu les os. L’enfant se retient de ne pas crier. Jierdan lève un sourcil, puis le lâche d’un coup, le laissant s’écrouler sur le sol dur et rocailleux. Il prend une nouvelle bouffée de cigarette.

    « Visiblement tu comprends pas, hein. »
    Le coup de pied part, sèchement, et frappe le jeune homme dans les côtes. Un léger craquement se fait entendre. Des larmes emplissent les yeux couleur boue. Jierdan approche d’un pas, le surplombant de toute sa taille.
    « C’est quoi cette connerie de vouloir m’arrêter. M’arrêter, moi. »

    Il hausse les épaules, lâche son mégot presque éteint, l’écrase au sol, puis s’assoit lourdement à côté de l’enfant, qui se crispe de terreur et de douleur. Le Laguz commence tranquillement à rouler une nouvelle cigarette. De temps à autres, il pose son regard sur le dos du gamin résolument muet. Il frappe l’arrière de sa tête.
    « Je t’ai pas arraché la langue, à ce que je sache. Tu veux que j’essaie ? »
    « NON !! »
    « Ah, enfin un son qui sort de là… Ca tombe, bien, je commençais vraiment à m’ennuyer de toi. »
    Le dragon enlève d’un coup son grand manteau rouge, et se cale dessus en l’utilisant comme un oreiller. Il s’allonge, et croise ses grandes jambes devant lui. Il pousse d’un pied le gamin qui s’est à nouveau prostré. Soupire lourdement pour l’inviter à réagir bien plus vite.
    « Mes parents sont pauvres, je pensais qu’en m’alliant avec des amis nous pourrions vous arrêter… »

    Le Laguz s’étrangle de rire, de ce grand rire rauque qui glace le sang de celui qui l’entend. Ce rire si peu humain. Il se redresse un peu, un sourire déchirant son visage.
    « Et tu penses sérieusement que je me serais laissé faire ? Nan, mais… Sans déconner ? » Il souffle la fumée par le nez, s’étranglant encore un peu. Puis son regard prend des teintes du noir le plus profond. « Je pense surtout que t’en as marre de ta condition de pauvre paysan faible et illettré, et que t’as cru que me tendre une embuscade avec trois bouseux armés de fourches ça allait m’arrêter, et que t’en tirerais un peu de gloire. »
    Il se relève vivement, trop vivement pour l’enfant dont la côte semble cassée. Il le prend sans remords par le cou, et le vrille d’un regard noir.
    « La seule gloire que tu peux chercher, dans ta bassesse, c’est de réussir à aider tes parents à pas crever de faim à la prochaine saison. Dommage, t’as voulu jouer les héros. »
    L’enfer brûle dans la noirceur des iris du dragon. Pendant un instant, un court instant, le jeune roux entrevoit la vraie nature de celui qu’il a tenté, dans sa folie, de stopper. Une bête monstrueuse. Bien trop grande et effrayante pour qu’il puisse se tenir devant elle sans ciller.

    « Vous… Vous aller me rôtir et me manger ? Je ne reverrai jamais mes parents ? S’il vous plaît, je ne veux pas mourir, j’irai les aider aux champs, je ne tenterai plus de devenir plus fort… »
    Les yeux de boue se remplissent de larmes. Jierdan renifle dédaigneusement. Une telle faiblesse… Il le gifle violemment, bloquant quelques vertebres.
    « J’ai pas dit que tu deviendrais jamais fort. Juste que tu fais de très mauvais choix. Des choix de pleurnichards. »
    Nouveau sourire, qui s’étire lentement, laissant entrevoir des dents trop pointues pour appartenir à un humain. Le soleil disparaît totalement sous l’horizon, et seule la lueur rougeâtre de la cigarette permet encore d’apercevoir vaguement le visage du dragon.

    L’enfant ferme les yeux.
    Puis il se sent chuter. Chuter le long du ravin qu’ils longeaient depuis de trop longues heures. Lors de sa chute, il parvient à se convaincre qu’il mérite de mourir. Il sent chacun de ses os se disloquer alors que son corps s’écrase lourdement sur un piton rocheux, emportant son dernier souffle dès l’impact.


    « …Faible. »
    La cigarette termine de se consumer. La petite lumière rouge s’éteint. Et bientôt c’est le noir d’une nuit sans lune.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Ven 20 Jan - 20:35

    Daein. Montagnes et plaines alliées, peuple prospère, mais qui dût subir bien des évènements aux conséquences lourdes. Guerres et conflits. Et tout ça en si peu d'années, quoi que pour toi, dragonne âgée, les années de veulent plus dire grand chose. Elles filent et s'écoulent, se suivent et se ressemblent, ou presque. Car dans ta grande et longue observation, tu les a toutes décrites, ces années, et selon tiens, rien n'est pareils. Parfois, ce sont des détails qui changent, une saison de froid plus longue, plus difficile, moins de récoltes, alors que l'année suivante, tout va mieux. Les champs de blé sont dorés à souhait. Mais la vie, tu le sais et t'en rends compte peut-être bien mieux que d'autres, n'est pas qu'un alignement de faits bons ou mauvais, de joie et de peine. Elle évolue et se meut de façon incertaine, hasardeuse parfois. Comme un serpent qu'on déposerait en lieu inconnu, hostile peut-être. Tu ne crois pas au destin, pas le moins du monde. Ce qui arrive est la conséquence d'actes réels, et non des choses prévues depuis toujours. Il est bien trop simple que de rejeter la faute sur une hypothétique destinée pour se laver de tout tort, de tout mal. Comme si nous n'étions que des êtres innocents sous la coupe de forces supérieures qu'on ne pourrait contredire.

    Étrange. Car dans ta neutralité, tu n'es pas prompte à agir, à changer les choses. Pourtant, tu t'es rendue compte que lorsque ceux que tu observes se décident à agir contre quelque chose qui leur est imposé, les faits changent. Ils évoluent en dépassant les limites de ceux qui semblait leur être permis. Peut-être as-tu de l'admiration pour eux. Peut-être pas. Juste observatrice, alors. Non ? Car oui, en agissant, on change ce que la plupart nomment destin, mais le changement n'est pas toujours des plus bénéfiques. Les hommes ont été faits hommes pour rester à ce niveau, mais tous les jours, sans cessent, ils tentent de s'élever plus haut, plus loin. Être les plus forts et dominer, écraser les autres, abattre leurs semblables sans l'ombre d'un remord. Que penser de cela ? Souvent, cette question te vient lorsque tes orbes perlés se posent sur un massacre, un combat. Où lorsque la guerre, par tes soins, fut détaillée.

    La Déesse que tout le monde vénère et craint. Tous ces gens transformés en statues immobiles. Un évènement qui fut très marquants ces derniers années, et qu'avec soin tu avais détaillé, lignes après lignes, mots après mots. Le Jugement de la Déesse. Chaque être vivant fut transformé en statue inerte, sans vie. Dans les villes, les villages entier, sans le moindre souffle, le moindre bruit. Selon ce qui avait été transmis, tous sans exception auraient du être figés. Pourtant, certains en réchappèrent. Toi, mais pas uniquement. Un groupe qui fut par la suite consacrés en héros lorsqu'ils se montrèrent victorieux face à Ashera.

    Mais tout n'est pas redevenu calme. Tout ne s'est pas arrangé pour être aussi beau qu'un ciel bleu, sans le moindre souci pour le salir. Un nuage noir, sombre et menaçant pèse sur la tête de chacun, un nuage portant le nom de guerre. Conflit. Quelque chose que tu attends sans vouloir que cela se produise. Un nouvel évènement qu'il serait préférable de ranger dans ceux qui jamais n'arriveront. Mais... Tout est trop incertains. Et les êtres vivants trop bornés pour se restreindre dans leur colère, leur rancune et leurs désirs de pouvoir. Alors. Observatrice tu attends.

    ღ ღ ღ
    Le jour s'effondre lentement pour laisser place à la montée de la nuit, le ciel se parant de couleurs agréables. Tes pieds t'ont guidés à travers un village de paysans, où tu as été dévisagée telle une indésirable, malgré ton allure totalement innoffensive. Soit. Mais ce n'est pas la première fois que cela se produit, et tu as continué ton chemin sous leurs regards méfiants, notant quelques phrases sur cet endroit pas vraiment riche. Loin de là même. Et malgré ta fatigue qui en rien ne se lit sur ton visage angélique, ce n'est pas ici que tu te reposeras. Mieux vaut attendre. Aller plus loin. Au pire, les étoiles se feront gardiennes de ton sommeil cette nuit. Tout simplement.

    Et autour de toi à présent, il n'y a que rochers, pics et ravins. Des montagnes dangereuses et recelant surement de secrets que tu comptes deviner, pourquoi pas. La nuit s'installe, et il fera bientôt trop sombre pour continuer à écrire. Alors, tu prends place sur un rocher visiblement plat, et jettes sur le parchemin les derniers mots de la journée. Montagnes à perte de vue, montagnes hautes et sommets périlleux. Un chemin sinueux pour les traverser, fraîchement emprunté. Oui, tu as remarqué les traces au sol, comme quelque chose que l'on aurait traîné.

    Un bruit. Quelque chose qui n'a rien de doux, d'agréable. Que tu connais, depuis le temps. Mort. Un animal tombé dans un ravin, et qui se serait tué dans sa chute ? Tu le sais, le chemin que tu foules depuis tout à l'heure longue une crevasse dangereuse pour quiconque y tomberait. Mais la nuit est là. Difficile de voir quoi que ce soit. Tant pis. Ton chemin se poursuit, mais par souci de sécurité, tu te décides finalement à allumer une petite torche, juste assez lumineuse pour guider tes pas.

    Pas qui se stoppent quand tes yeux se posent sur lui. Manteau rouge. Chevelure sombre. Et ce rire qui à tes oreilles avait résonné plus tôt. Jierdan. Cela devait bien faire une trentaine d'années que vous vous étiez séparés, après quelques temps passés ensemble. Debout, tu ne bouges plus. La flamme vacillante de la torche éclaire vaguement ton visage qui n'a pas prit une ride depuis le temps. Ton regard cherche le sien, le trouve. Autant tu saurais décerner un tas de choses chez lui, autant lui ne pourrait rien trouver. Deux lacs à la surface argentée et lisse. Voilà ce que sont tes yeux. Sa présence. Le son atroce entendu plus tôt. Tu le connais. C'est surement son oeuvre, une fois de plus. Alors tu te décales, tes pas te mènent au bord du précipice. Le bras tendu. Tu vois. Le corps disloqué, déchiqueté d'un humain. Les roches effilées ont percé sa chair sans le moindre effort. Son sang les rougis. Un tableau macabre qui ne t'arrache même pas un froncement de sourcils. Rien, rien du tout.

    Pourtant. Tu te demandes ce qu'a fait ce pauvre enfant pour mériter une telle mort. Est-il mort sur coup ? Était-il mauvais ? Quel était donc son crime ?

    Tu connais le dragon à tes côtés. Tu sais ce qu'il est, ce qu'il fait. Et même après trente ans, tu doutes qu'il ait changé, sincèrement. Toujours dans la même position, tes lèvres bougent légèrement. « Toi. » Une voix étrangement douce. Posée. Calme. Pas de peur. Je n'ai pas peur de cet homme. Il n'y a pas de raison que je craigne pareille être. Retrouvailles étrange. Un simple mot. Je me demande s'il a quelque chose de nouveau à me montrer. Car après tout, c'était par lassitude que tu l'avais quitté, à force de voir les mêmes évènements. « Tu n'as pas changé. »

    Ton bras doucement s'élève, la flamme maigre éclaire à grand peine l'autre bord du ravin. Belle vue, si éphémère avec une torche si faible. Cela à de quoi séduire. Alors sans même le regarder, sentant toujours près de toi sa présence, tu plantes la torche dans le sol, pour qu'elle continue de diffuser sa lumière, donnant une ambiance étrange au lieu. D'une main, tu sors un parchemin déposé sur un support rigide. De l'autre, de quoi dessiner. Et tu commences, d'une précision admirable, sans jamais hésiter ni trembler. La beauté du décors face à toi. La laideur de la crevasse et du mort qui y repose à présent. Sans jamais embellir ni salir les éléments. Tout rendre comme cela est. « Qui était-il ? » C'est tout ce que je veux savoir.


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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Ven 20 Jan - 22:12

    Dans la nuit noire une lueur naît, progressivement. Jierdan se rallume une cigarette en regardant la torche et son porteur approcher. Il observe la silhouette s’arrêter au-dessus du ravin, scruter les ténèbres pour observer le corps déchiré par les pierres. Il s’en fout. Il ne sent aucune hostilité émanant de cette personne. Plus elle s’approche, plus elle lui rappelle quelqu’un. Vaguement. Cette façon de se mouvoir légère, comme si elle ne marquait pas la terre de ses pas, cette façon de se détourner lentement de la scène du crime sans un seul frisson… Oui, ça ne pouvait être qu’elle. Il s’assied alors que la dragonne blanche lui adresse une seule parole. Oui, moi. Aha, elle est vraiment drôle. Il l’écoute lui asséner qu’il n’a pas changé. Il grimace en mâchonnant le bout de son mégot.
    « Oui, m’enfin toi non plus. »

    La voilà qui plante sa torche dans le sol, commençant à dessiner la scène macabre, sans un seul épanchement. Sans que rien n’ébranle son cœur glacé. Ca le titille. La voilà qui parle à nouveau. Il va s’accroupir à côté d’elle, en continuant de fumer tranquillement, jetant de temps à autres un coup d’œil au dessin qui prend doucement forme.
    « C’était un gamin faible qui pensait pouvoir me mettre à bas et sauver sa famille de la ruine. C’pas en se faisant chasseur de primes qu’on nourrit les siens. »
    Mais… Il fait quoi là. Non, il n’a pas à se justifier envers elle. Il n’a même pas à lui expliquer. Ce gamin avait pris le risque de mourir en tentant de l’arrêter, lui. Il n’avait pas mesuré combien ses chances étaient maigres. Et il était mort. Tout simplement.
    Il regarde la main tenant le fusain commencer à esquisser le petit cadavre planté sur le piton rocheux. Il soupire, dégaine son pistolet. Arme qu’elle n’a jamais vue, arme preuve de son changement à lui. Il l’arme, vise, et tire avec précision. La balle touche le haut du pic, et catapulte le corps dans le fond du ravin. Sur le dessin, il n’y a plus que le sang à dessiner sur une roche nue.

    « Tu vois Shahrazad, tu peux me soutenir que tu n’as rien à accomplir dans ce monde pourri jusqu’à la moelle. Moi si je veux, je peux tout changer. Faut juste s’impliquer, ce que tu te refuse à faire. »

    Il saisit sans ménagement le visage délicat et blanc dans une de ses mains, et le rapproche de son propre visage. Dans leurs regards se reflètent la lueur rougeoyante de la cigarette se consumant.
    « Même toi, tu n’es pas immuable. »
    Il approche ses lèvres des siennes, laissant à peine roussir la peau à cause de son mégot. Il s’éloigne bien vite, alors que leurs bouches s’effleurent à peine, pour éviter au derme fragile de brûler. Il doit certainement laisser sur les siennes un amer goût de cendres. Sa peau à elle n’a aucun goût, est d’une froideur glaçante. Il lève un sourcil.
    Cette dragonne l’a suivi pendant un temps, observant ses faits et gestes, sans porter aucun jugement. Pourquoi fait-elle ça. Qu’est-ce qui la pousse à rester si neutre, à ne jamais se plaindre, ne jamais s’offusquer, ne jamais prendre parti. On dirait une poupée de cire qui regarde de haut la vie des êtres vivants, impassible devant le destin. Elle a beau être son aînée, elle semble n’avoir jamais rien apporté à personne. Elle est aussi froide et inexistante que la mort, pour lui.

    Il l’empêche de finir le croquis, la relevant d’un coup en la prenant sous les aisselles. Sa cigarette s’éteint. Il prend une grande inspiration, puis souffle un long jet de flamme bleue en direction de l’autre côté du ravin. On y voit fugacement un terrain plus praticable que celui où ils déambulent. Il va ramasser son manteau rouge qu’il passe sur ses épaules, puis désigne du menton l’autre côté de l’abime.

    « Si t’as envie de te poser pur la nuit, c’est mieux là-bas. Tu pourrais presque avoir de la conversation ce soir, qui sait. Je t’ai jamais autant entendu parler, je crois bien. »
    Il termine sa tirade avec un sourire fugace, avant de jeter nonchalamment le cadavre sa cigarette consumée dans la fosse, avec autant de négligence que lorsqu’il avait jeté le pauvre enfant. Il s’en soucie si peu.
    Puis il marche vers la gracieuse Blanche, avant de lui prendre la main.

    « Allez, on y va. »
    Et avant qu’elle ne puisse faire un geste, il la serre dans ses bras et avec elle se jette dans le vide.

    Sa peau se couvre d’écailles, et son rire se transforme progressivement en ce rugissement draconique si reconnaissable. Bientôt, les ailes commencent à poindre au niveau des omoplates.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Ven 20 Jan - 23:58

    Quelques mots, et c'est déjà trop. Un risque d'influence, quelque chose qui peut changer juste après quelques paroles ainsi dites, pourtant sans arrières pensées. Cela dit, en y réfléchissant mieux, tu dois pourtant savoir que lui, tu auras bien du mal à le changer sur un quelconque point. Ce dragon est bien trop obnubilé par la puissance et l'excitation des tueries pour prendre en compte les paroles d'une créatures pourtant son aînée. Je n'ai pas changé, il est vrai. Je reste la noble et neutre observatrice de ce monde qui s'effondre sur lui-même jours après jours, alors que d'un autre côté, de braves créatures tentent de remettre à leur place les pierres qui ont chuté. Et le voilà qui te parle de cet enfant qui à présent n'est plus que charogne embrochée sur la pierre. Il a voulu faire quelque chose, et a été récompensé par la mort. Voilà bien pourquoi tu n'es pas tentée par l'action, quelle qu'elle soit. Passive, ou presque. Oh oui. Tu es passive, c'est un fait. Mais au moins, tu es toujours en vie.

    Le coup du pistolet retentit dans la nuit. Un claquement d'ailes, celles d'un oiseau apeuré, le craquement de la pierre et le bruit mou du corps qui tombe plus loin, plus bas. Tu fermes les yeux sous la détonation, reprîmes un sursaut, ton corps se tend légèrement. Tu le hais simplement pour cela. Juste parce qu'il est le contraire de toi. Enfin, haïr est un bien grand mot. Au fond. Notre différence me fascine, m'attire et pourtant me force à te haïr ou presque. Tu ne t'appliques pas à agir pour quoi que ce soit, car ce n'est pas à toi de le faire. Tu ne dois pas, pour ne pas attirer d'ennui sur ton peuple, déjà. Et parce que tu le refuses, tout simplement. « Je m'impliquais dans mon dessin. » Stupide réplique. Elle t'a échappée, et tu t'en maudis déjà. Est-ce parce que tu le connais déjà ?

    Lui ? Lâcher le morceau si facilement ? Jamais. Jamais Jierdan n'avait réussi à te comprendre, à accepter ta façon d'être, presque de non-être. Il semblait toujours vouloir te pousser à agir, te forcer à la contradiction. « Toi non plus. » Tu as au moins le mérites de me faire parler. Un peu trop. Ton visage est si proche du sien. Bien trop proche, l'extrémité de sa cigarette touchant ta joue. Un léger froncement de sourcil, mais trop bref pour qu'il puisse le remarquer. Normalement. Et ses lèvres. Elles effleurent les tiennes, avant de s'enfuir. Cela ne te fait aucun effet. Si ce n'est l'envie de lui dire quelques mots de plus. « Pour quelqu'un que le contact physique avec une femme révulse, je te trouve bien tactile et proche, avec moi. » J'ai raison, n'est-ce pas ? Tu veux me faire réagir, agir ? Te gifle peut-être ? Penses-tu vraiment que je sois du genre à porter la main sur qui que ce soit ?

    Les flammes illumine la nuit noir, éclairent avec plus d'efficacité ce qui se trouve en face. Tu clignes des yeux, ta torche vient de s'éteindre. De toute façon, le dessin n'a plus lieu d'être. Il restera alors inachevé. Comme la vie de cet enfant, mort trop jeune, surement. Mais lui, il ne sembles pas vouloir te laisser tranquille. Sans que tu ne puisses protester ou t'éloigner, tu le sens te relever promptement. Il récupère son manteau cramoisi, parle encore. Oui, tu me rends bavarde. A croire que tu m'aurais manqué. C'est idiot. Pourtant, tu ne réponds pas cette fois. Tu ne dis pas un mot. Sa nonchalance t'interpelle peut-être un peu. Elle guide ton regard dans le ravin, une dernière fois. Avant qu'il ne te prenne dans ses bras, te laissant juste le temps de ranger tes affaires.

    Saut dans le vide. Le vent se glisse dans tes cheveux, dénoue une mèche, même. Je n'aime pas ce genre de risques inutiles et stupides, vraiment pas. Il doit le savoir. Ce n'est pas la première fois qu'il agit ainsi, le bougre. Sa transformation ne tarde pas. Toi, cela fait bien longtemps que tu n'as plus reprit ton allure draconique. Lui en use bien souvent. Autre différence.

    Dans ses bras. Tu n'as pas peur, loin de là. C'est plutôt l'exaspération qui flotte dans ton esprit, alors que ton visage de poupée ne souffre pas de la moindre ride, de la moindre contrariété. Rien de rien, le calme plat. Juste ta frêle silhouette pressée contre cette masse écailleuse. Et puis. Un pied de l'autre côté. Le terrain est moins accidenté, plus accueillant pour passer la nuit. Il semble tolérer ta compagnie pour ce soir. Il profite inconsciemment cet étrange chose qui te fait parler. Trop parler.

    Quelques mèches de cheveux claires obscurcissent ton regard. Ta main pâle le relèvent, tes ongles longs les lissent lentement, avant de saisir le ruban qui retient le tout. Une marée de crins pâles qui retombe en un souffle à tes genoux, avant que tu ne tournes la tête vers lui. Longuement le dévisage, et ne montre toujours rien. Et tu sais qu'il n'aime pas cela, voir si peur de réaction à son contact, si peut de quoi que ce soit. Juste le néant. Et puis, tu lui tournes le dos. « Un jour tu te tueras. » Je suis même surprise que ce ne soit pas encore arrivé. J'en suis certaine. Tu es trop insouciant. Tu es bien trop téméraire aussi. Ce n'est pas encore arrivé, mais tu vas tomber sur plus fort que toi, bien plus fort. Et tu ploieras. Et j'aurais raison.

    Un pas puis deux. Tu prends place sur une roche plate, lui laissant le soin de faire un feu, dans ce cas. Parler dans le noir le plus complet n'est pas déplaisant en soit, mais rien ne vaut un peu de lumière, histoire de pouvoir lire sur son visage toutes ces choses qu'il pourrait refuser de te dire. Il y en a tellement.


Dernière édition par Shahrazad le Sam 21 Jan - 5:30, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Sam 21 Jan - 0:37

    Il aime se transformer. Sentir ses chairs se modifier, ses écailles pousser, sa puissance décupler. Il aime retrouver cette force d’antan, que les dragons aujourd’hui cherchent désespérément à oublier, afin de se convaincre qu’ils ne sont pas supérieurs à tous les autres. Si les dragons le voulaient, ils contrôleraient le monde. Mais seulement, ils en ont décidé autrement, choisissant de laisser une chance à cette folie que sont les autres races. Ces races qui n’ont besoin de personne pour s’entredéchirer.

    D’un battement d’ailes puissant, il remonte le long du ravin. Il a senti la légère crispation de ce corps blanc entre ses pattes. Il s’était attendu à ce qu’elle se change elle aussi. Il ne connaît rien d’elle. C’est drôle. A la voir ainsi, inébranlable, à répondre platement à chacune de ses piques, à ne pas réagir, à ne pas vouloir réagir… Quel étrange personnage. Si étrange qu’il serait parfaitement inutile de s’en débarrasser.
    Il pose la frêle silhouette sur le sol noir, puis atterrit au sol déjà sous forme humaine. Il l’a tellement fait qu’il n’y pense même plus. Ces atterrissages violents et précis, où ses pieds s’enfoncent profondément dans l’herbe sèche. Il se redresse et la voit s’assoir sur une pierre, l’ignorant presque. Il esquisse un sourire dévoilant ses crocs pointus, puis il commence tranquillement à rouler une nouvelle cigarette. D’un crachas de flammes, il lance un feu parmi un tas de branches qu’il jette les unes sur les autres avec ses pieds. Il hausse les épaules à sa phrase lancée dans le vent nocturne.

    « Oh, la mort, j’ai failli la rencontrer bien plus de fois que de nombreux êtres vivants sur ce caillou qu’est Tellius, crois-moi. »

    Sur cette phrase, le dragon fait sauter la boucle du plastron de son armure. En-dessous, son large torse est nu. Les muscles noueux sont couturés de marques innombrables. Il en désigne quelques unes, semblant s’amuser de ses propres erreurs.
    « Celle-ci c’était un lancier d’une puissance monstrueuse, il m’avait ouvert le ventre dans la largeur, en perçant mon armure. Puis il m’avait laissé agonisant sur la route. J’ai fini par me faire un bandage, et ma plaie a cicatrisé au bout d’un certain temps. »
    Il effleure une large bande au niveau du cœur. Elle semble assez récente.
    « J’ai eu celle-là sous forme draconique. Un mec avec une épée immense m’a attaqué alors que j’allais atterrir… J’ai pas vu venir son coup, et il a failli enfoncer jusqu’à la garde et me percer le cœur. Je me suis renvolé au dernier moment. Il ne m’a pas retrouvé. »
    Jierdan la regarde en levant un sourcil. Que peut-elle penser de toute cette mascarade. Il finit par se rapprocher d’elle.

    Il lui prend la main, et mène son index vers sa clavicule. A un endroit, juste au-dessus de l’os, on sent comme un trou. Il souffle légèrement de la fumée, ses prunelles noires rougeoyant légèrement.

    « Cette dernière date de l'entre deux guerres… Je me suis fait prendre au dépourvu par une femme qui est parvenue à me voler mon pistolet, et qui a fait feu sur moi. Elle a ensuite tenté de s’enfuir… Exceptionnellement je l’ai rôtie. »
    Mais l’impact avait causé de nombreux dommages. Il avait été obligé de retirer la balle à la main. Elle était profondément enfoncée. La cicatrisation avait été longue et douloureuse. Il en grimacerait presque encore. Il rapproche le visage si blanc, si transparent du sien, et souffle quelques mots à l’oreille délicate.
    « Alors tu vois, tu trouves peut-être ça stupide, mais c’est ce genre de fugaces rencontres avec la Mort qui me donnent envie d’avancer, de toujours trouver et écraser des personnes plus fortes… Et les faibles qui se tiennent sur mon chemin, je les élimine sans remords. On ne doit pas craindre la mort. La crains-tu ? »

    Il la lâche et recule d’un ou deux pas. Il inspire longuement une bouffée de cigarette. Son large poitrail se soulève et se rabaisse, les ombres des flammes dessinant en détails chaque ligne que forment les muscles puissants, chaque zébrure causée par les nombreuses cicatrices. Il n’est pas certain qu’elle n’ait jamais vu tout cela. Il s’en soucie si peu.
    Il retourne près du feu, s’asseyant devant les flammes chaudes qu’il aime tant.

    « Et pour ta remarque précédente… Le contact avec les femmes ne me dérange pas. Toucher quelqu’un n’est pas… Le pénétrer si tu me passe l’expression. Et je dis ça aussi bien physiquement que mentalement. »
    Il a un sourire carnassier.
    « Toi, tu es parfaitement lisse à tout cela. Je pourrais faire sauter chaque bouton de ta tunique que tu sourcillerais à peine, penserais bien des choses mais n’en dirais aucune. »

    Quelle attitude chiante. Chiante à mourir. Comment vivre avec un tel détachement, avec un tel refus de voir ce que la vie a à offrir. Il est bien conscient d’avoir choisi une route sur laquelle peu s’aventurent. Il est bien là où il est, mais autant d’autres se révulseraient face à son comportement. Mais elle. Elle n’est rien. Ne fait rien. Ah si, elle dessine. Puis soudain, il se fâche presque. Il se retourne vers elle, franchit la distance qui les sépare en un souffle, puis la maintient fermement par l’épaule.
    « Jusqu’où peux-tu t’impliquer pour un dessin. Si tu étais arrivée pendant que je torturais le gamin, qu’aurais-tu fais ? Toi qui n’a jamais réagi à aucun de mes massacres. En trente ans, tu te dis toujours que tu n’as aucune raison de vivre pleinement la vie qui t’as été donnée ? Moi, en trente ans, j’ai peut-être continué de suivre ma voie, mais au moins j’ai agi. Pas toi. »
    Son visage se rapproche à nouveau du sien, ses lèvres s’étirent en un nouveau sourire, rendu encore plus cynique par la cigarette qui brille au coin de sa bouche.
    « A quoi sers-tu, Shahrazad ? »
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Sam 21 Jan - 5:29

    Et il s'en vante, de l'avoir déjà vue. La mort. L'idiot. Enfin, tu le sais, ce n'est pas demain qu'il se fera tuer, le fier dragon. A moins que l'ennemi qu'il trouvera sur son chemin lui soit supérieur. Mais tu le sais, au fond de toi, les dragons n'ont que peu d'ennemis. Peu de créatures sont suffisamment fortes, puissantes pour vous vaincre, pour vous surpasser. Tu t'en rends bien compte, mais pourtant, ne le montre pas, et ne semble pas t'en soucier. Lui et toi êtes des opposés presque parfait. Il a choisi la voie de la violence et du sang, toi celle de la neutralité et de l'observation. Tout ce que lui fait tu le regardes, sans jamais lever le petit doigt. Beaucoup, ainsi, te pensent cruelle, sans coeur, infâme. Pourtant, tu es une douce créature qui ne fait que respecter les décisions de ses ancêtres, prônant cette neutralité que beaucoup refusent à présent. Pourtant, en dehors de vos murs si hauts érigés, les êtres vivants n'ont pas besoin de toi pour s’entre-tuer allègrement. Absolument pas.

    Tes yeux suivent ses mouvements avec soin, encore et encore. Ils décrivent le moins geste, les doigts qui se plient et déplient, le plastron détaché, les cicatrices par dizaines qui zèbrent sa peau. Il les arbore comme des trophées, des souvenirs, quelque chose d'important, louable, utile peut-être. Tu ne vois que des erreurs, des gestes en trop, des actes inutiles. Si tu restais à ta place, tu n'aurais pas un corps dans un tel état. Pourtant, c'est tout à fait anodin. Et le voilà qui comment à te conter les histoires de certaines. Ca ne m'étonne pas de toi, tellement flemmard que tu ne prends que rarement la peine de soigner tes plaies. Tu as eu de la chance, cet homme aurait pu revenir t'achever. Et aujourd'hui, tu ne serais pas là pour te vanter devant moi. Et il continue, encore, remonte vers le coeur. Cela semble plus frais, plus récent. Tu aurais pu mourir, une fois de plus. Arrête donc de te penser infaillible. Là encore, il t'en a fallu de peu. Comment fais-tu pour toujours être envie ? Et tout à coup. Il se tait. Sourcil haussé. Pour ensuite saisir ta main visiblement délicate de la dragonne, et qui ne fait rien pour l'en empêcher, poupée attentive malgré ses pensées presque offusquées.

    Tes doigts touchent sa peau balafrée, l'effleure. Elle est chaude. Contact inattendu, inhabituel. Personne jamais ne se risque à poser la main sur ta peau, ni même n'envisage de le faire. Tu es trop étrange, et trop brève dans tes haltes pour que quiconque ne puisse espérer te saisir entre ses doigts. Et il y a lui. Ton seul compagnon d'errance, de voyage. Le seul qui jamais ait passé plus d'une journée ou deux en ta compagnie. Et pourtant, il ne connait rien de toi. Silencieuse, insensible. Ton index rencontre alors le creux. Il t'en compte l'histoire. Cette arme ne devrait pas exister, Jierdan. Tu tues plus encore avec elle. Tout cela n'est pas bon du tout. Je n'aime pas ça. Et aurait peut-être du viser mieux. Il lâche ta main en se taisant. Son visage à nouveau se rapproche du tien, ses lèvres sont en quête de ton oreille, pour y glisser une longue tirade. Tu ne te rappelles pas l'avoir connu aussi bavard. « Non. » Non je ne crains pas la mort, elle ne me fait pas peur. Elle viendra lorsque le moment sera venu. Peut-être lors d'un voyage, mais ma main ne ferait rien pour l'en empêcher. C'est d'un fatalisme affligeant, mais ta façon de penser ne te permet pas de le réaliser vraiment. Pas du tout, même. Il faudrait... Quelqu'un pour te faire changer, un peu. Lui ?

    Pourtant, tu ne m'avais jamais touchée jusque là. Ces mots ne quittent pas tes lèvres, mais tu n'en penses pas moins. Il doit bien le savoir, s'en rendre compte, réaliser. Le dragon n'est pas idiot. La question te turlupine d'ailleurs. Pour jamais n'avait-il eut l'idée de glisser ses doigts sur toi, alors que tant de fois il aurait pu. Parce qu'il savait qu'il n'obtiendrait pas la moindre réaction de toi ? Que cela ne serait d'aucune utilité, puisque l'un comme l'autre répugnez les rapports intimes ? Et son sourire. Tu pourrais bien le faire, oui. Nue, tu ne tremblerais pas plus devant lui. Car il n'irait surement pas plus loin. Tes lèvres esquissent les mots, mais ton souffle ne les modèle pas. Vas-y. Fais-le si cela te chante, ôte moi ce que je porte. Qu'est-ce que cela changerait ?

    Loin, le voilà à nouveau proche. Sa main agrippe ton épaule avec fermeté, mais tu ne le repousse ni ne te tends. Ni même ne sursaute. Ta chair se laisser à sa poigne, lui laisse presque y imprimer la marque de ses doigts s'il en venait à serrer plus fort. « Tu le sais déjà. » Tu sais très bien que je n'aurais rien fait. Que mon regard aurait soutenu celui de ce malheureux, et que tu aurais pu le torturer à loisir. Mais tu ne sais rien de moi. Tu penses que pour moi, la vie n'a pas de valeur ni ne vaut la peine d'être vécue. Eh bien, c'est faux. Je la vis, jours après jours. Oui, je vis, et ne survis pas comme la plupart le font, car aucun conflit ne m’enchaîne ne me n'arrête. Aucun acte à regretter. C'est toi qui a été faible de céder ainsi. Ton regard dans le sien. Une question. Lui dois-tu une réponse ? S'attend-il a ce que tu lui dises quoi que ce soit ? « A observer. » J'observe ce monde qui se détruit toujours un peu plus chaque jours, noyé sous les flots de sang, étouffé par l'intolérance et la poussière soulevée par les guerres. Tout en regardant avec intérêt ces quelques êtres pleins d'espoirs qui tentent de rebâtir ce que leur propre folie à abattu.

    Sa main est toujours sur ton épaule frêle. Lentement, tes doigts se portent aux siens, et délicatement les retirent de ton épaule, ta main doucement enlace la sienne, la garde soulevée, alors que de l'autre, tu retires lentement ta sacoche, comme si de rien était. Avant de laisser retomber sa main sur son épaule. Un léger froissement de tissu, la flamme facile, ombre ton buste mit en avant par ta tenue légère, alors que longuement, tu le dévisages, le scrute. Trop silencieuse. Que penses-tu vraiment que je serais encline à te dire ? Tu m'as connue muette ou presque, et cela n'a pas changé. Quand bien même tu as réussi à me soutirer trop de paroles, je sais me reprendre. Je sais rester impassible là où toi tu t'échauffes.

    « Tu es aveuglé par la faiblesse des autres. » Tais-toi, voyons. Tu te laisses aller, encore. Tu lui parles, alors que le silence devrait être ta religion. Non, pas de changement. Ce serait trop simple. Et jamais tes pas ne se fondront dans les siens sur le chemin qu'il a décidé d'emprunter il y a des décennies de cela. Je ne me laisserais pas avoir par des gestes, pas l'intimidation. Tes belles paroles qui respirent les massacres ne me troubleront pas, et jamais me détourneront de ce chemin qui est le mien.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Sam 21 Jan - 11:54

    La réponse de la Blanche claque dans la nuit, sèche, dénudée de sentiments, tellement prévisible. L’observation, encore et toujours. Observer n’est pas agir, stupide vieillarde. Observer n’est pas apporter quelque chose. Si encore elle enseignait ce qu’elle apprenait, si encore elle contait ses voyages à ceux qui croisaient sa route. Mais non, elle ne fait rien, absolument rien, et il n’y a rien à en tirer.
    Elle soulève sa main pour enlever la sacoche de son épaule. Le Rouge sourit derrière le rideau de fumée. Que cherche-t-elle à faire par ce geste ? A plus sentir le poids de ses doigts rougis par le sang sur son épaule immaculée ? A le forcer à se torturer de questions ? Le problème, c’est qu’elle choisit la mauvaise personne à remettre en question. Il la regarde, elle le regarde. Les yeux noirs dans les yeux d’argent, aucune parole échangée. Lui patiente. Elle attend. Et alors que la cigarette termine de se consumer, éteignant les petits reflets rouges dans les lacs d’eau noire, elle prend à nouveau la parole. Les quelques mots résonnent creusement dans son esprit.

    Puis il sourit. Il s’esclaffe presque. Non vraiment, ils ne savent rien l’un de l’autre. Ils ont beau essayer de comprendre leurs mentalités respectives, ils ne font que s’effleurer. Ils vivent dans un autre monde. Jierdan laisse couler sa main le long du bras blanc, puis crochète ses poignets autour de la taille gracile. Elle ne bouge même pas. Il crache son mégot éteint sur le côté, puis repose son regard sur le visage inexpressif de la dragonne.

    « Quelle faiblesse ? Le monde se renforce, Shehrazad. »
    Et eux, dragons, restent inébranlables face aux changements, face aux misères et aux joies, face aux guerres et aux paix.
    « Il y a toujours, il y aura toujours, plus fort mais aussi plus faible que moi. »
    Lui, dans sa soif de pouvoir et de sang, admet qu’il y a plus fort que lui. Ses cicatrices sont aussi autant de souvenirs, autant de marques de sa faiblesse, et parfois de son inconscience. Il apprend de chacune de ces marques pâles ancrées à jamais dans sa chair centenaire. Il aime se dire qu’il s’agit là de trophées de défaites. La jouissance d’être témoin d’une puissance qu’on ne peut surpasser est presque aussi grande que celle que l’on ressent lorsque l’on massacre allègrement des êtres inférieurs. Il précise sa pensée à celle qui se refuse à parler.

    « Tant de puissances sont nées ces trente dernières années. Des êtres que je ne peux vaincre à mains nues. Tant de personnes qui montrent bien que la vie vaut le coup. Mais toi tu t’en fiche, petite Blanche. »
    Il stoppe leur étreinte, fatigué de cette proximité. Fatigué de son absence de réaction. Elle n’attend que ça, de toute façon. Qu’il se fatigue d’elle, et qu’ainsi elle puisse s’en aller sans un mot.
    Il roule une nouvelle cigarette en la regardant pensivement. Sa sacoche au sol, ses grands yeux inexpressifs posés sur lui. Que pense-t-elle, cette femme dont la neutralité n’a d’égale que la passivité ? Il allume le bout du mégot d’un léger souffle bleuté, puis il commence à tirer dessus pensivement, faisant quelques ronds de fumée qui grésillent de rouge dans la nuit avant de s’éteindre. Puis il entend comme une rumeur. Quelque chose qui s’approche. Il sourit à la dragonne, puis laisse tomber sa cigarette qu’il écrase sous sa botte épaisse.

    « Voyons comment le monde tourne sans toi. »

    Au moment où sa bouche se clôt, une clameur s’élève, et une petite dizaine de gaillards, vraisemblablement des bandits, se jettent sur eux. Quatre d’entre eux frappent Jierdan derrière la tête, violemment. Dans la dureté de son corps, le dragon est si peu ébranlé. Mais il fait mine d’être assommé, tombant vers l’avant, retenu par deux des hommes qui chuchotent à propos de sa musculature. Il se fait violence pour ne pas sourire.
    Les quatre autres se jettent sur la Blanche, et la maintiennent en une position fort inconvenable envers une dame. Celui qui semble être le chef pose un couteau sous la gorge de Jierdan. Le Laguz réprime un soupir.


    « Hey toi la fille, tu ferais quoi si on égorgeait ton homme ? »
    Bien évidemment, aucune réaction. Peut-être quelques paroles inaudibles de là où ils sont. L’homme agacé fait glisser le fil de son arme le long du cou du dragon. Celui-ci ayant accusé l’intention, fait mine d’être égorgé, laissant même le couteau trancher quelque peu sa gorge, suffisamment pour que quelques gouttes de sang vermeil tombant sur le sol ne convainquent les malfrats qu’il est hors-jeu pour le moment. Trois restent néanmoins à le maintenir, la tête en avant. Au travers de ses paupières semi-closes, il voit le chef s’approcher de la dragonne. Une lueur de convoitise brille certainement dans ses yeux lubriques.
    Il arrache sans ménagement la robe trop fragile, dévoilant le corps trop blanc, trop offert, trop lascif devant l’imminence du danger. Jierdan grogne. Il est entendu. Bon, tant pis. Il se redresse d’un coup, rompant le cou de l’un de ses gardiens par une tape violente à l’arrière du crâne. Il perce sans ménagement les yeux du second qui s’écroule en braillant. Il fait chuter le dernier en le faisant passer par-dessus son épaule, puis lui écrase la face de son pied.

    Et déjà, il est là, droit, la jambe légèrement repliée, le pied posé sur la face d’un mourant, le torse dessiné par les lueurs des flammes qui le lèchent, le bras tendu vers les survivants, le pistolet chargé, dirigé vers la tête de celui qui s’apprête à commettre une erreur. Peut-être pas une erreur tout compte fait. Qui s’apprête peut-être à créer un changement. Il s’adresse à la dragonne.

    « Si je décidais de ne pas tirer, que ferais-tu. Hein ? »
    Dommage qu’il n’ait pas de clope déjà roulée à se mettre sous la dent. Tchh.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Sam 21 Jan - 15:36

    Il ricane, laisse glisser sa main contre ton bras, arrive à ta taille, qu'il emprisonne. Et parle encore. Il n'a de cesse d'ouvrir la bouche, pour encore et encore t'exaspérer de ses mots, pour espérer stupidement te convaincre de quoi que ce soit. Vaine espérance, stupide idée. Le monde ne se renforce pas, non. Il s'effondre, il meurt à petit feu, il dépérit. Réveille-toi donc un peu ! Au moins, il admet qu'il y a plus fort que lui. Sans oublier de préciser qu'il y a plus faible également. Comme pour te rappeler ce qu'il est. Comme si tu t'en soucies, vraiment. Qu'il soit puissant ou non ne t'importe que peu, à vrai dire. Voir pas du tout. Durant ces 30 dernières années, je n'ai vu que des guerres, des massacres, de l'intolérance. Des gens dit puissants qui n'ont fait que vouloir acquérir plus de pouvoir, quitte à massacrer, tuer, et raser des villages entier. J'ai vu ces êtres que tu dis être plus forts que toi, même. Ceux qui tuent car ils disent que c'est ainsi que le vie doit être. Que c'est la loi du plus fort qui prône. Je ne m'en fiche pas, mais je n'ai pas de raison d'agir et me laisser emporter dans les flots mortels de leur folie. Tu sais qu'il est trop borné pour comprendre ton point de vue. Et peut-être l'es-tu tout autant de ne vouloir ni ne pouvoir accepter le sien. Tous les deux êtes si différents.

    Il te lâche, se recule quelque peu. Se prépare une nouvelle cigarette. L'odeur du tabac t'insupporte, mais cela, il l'ignore. Jamais tu ne le lui as dit, du temps où vous étiez encore ensemble. D'ailleurs, tu ne lui parlais que peux, dans ces instants là. Parfois un oui ou un non, selon ce qu'il te demandait. Vous avez beau passé un certain temps côtes à côtes, vous restez deux étrangers l'un pour l'autre. Deux créatures semblables et différentes à la fois, qui ne sont visiblement pas capables de s'apprivoiser. Toi aussi tu entends quelque chose, au loin. Tu ne bouges pourtant pas, ton regard restant accroché au sien. Il l'écrase de sa botte. Ses mots te lassent un peu plus. Le monde à toujours tourné dans moi.

    Le voilà, les lâches bandits. Tu ne réagis ni n'a le temps de faire quoi que ce soit. Ils sont quatre à s'attaquer à ta frêle personne, te retiennent contre la roche dans une position aussi inconfortable qu'outrageuse pour une dame. Pourtant, tu ne cilles pas. Tu contrôles ton corps, ton souffle reste calme, le coeur ne bat pas plus vite qu'il y a quelques instants. Ce n'est pas le temps pour moi d'agir. Et lui, il se retrouve face vers le sol, retenu par deux gaillards, assommé. Je le sens, tu joues la comédie. Une fois de plus, tu te mets en danger, et tu m'impliques dans ta stupidité. C'est cela que j'abhorre chez toi. Tu es inconscient. Et celui qui doit être le chef te parle. Tu le dévisages sans un mot. Ils ne viendront pas à bout du dragon rouge, de toute façon.

    Tes prunelles argentées glissent sur sa peau balafrée, tu suis le fil de la lame contre son épiderme, ce filet vermeil qui s'écoule lentement. Toujours aucune réaction. Ils espèrent me faire peur. J'ai déjà vu des bandits dans leur change. Cruels et bestiaux. Sans respect ni remords. Ils pillent, violent et tuent. Je sais ce qu'ils vont me faire. Pourquoi continues-tu de jouer ? Et toi. Tu es la prochaines. Ils le pensent surement déjà vaincu, et leur chef affreux se rapproche de toi. Ce que tu vois dans son regard te rappelle celui d'un autre. Cette pauvre fille, dans cette rue, l'homme sur elle. Quelque chose en toi frémit, panique presque, mais l'extérieur reste totalement inerte. Ta robe t'es arrachée sans douceur. Je hais les porcs tels que lui. Si je le pouvais, si seulement je le pouvais, je les tuerais tous. Ils mourraient tous dans des souffrances atroces et inimaginables pour leurs cerveaux si petits et inutiles. Tous des êtres atroces, immondes. Alors pourquoi ne fais-tu rien, pour l'heure ? Pour n'agis-tu pas ? La nécessité n'est pas encore extrême. Un peu de temps encore.

    Le grognement de ton compagnie te conforte dans cette idée. Il attire l'attention, se redresse et se débarrasse des hommes le retenant. Sans le moindre effort. Les hommes qui te tiennent se tendent, s'apprêtent à attaquer, alors que celui en face de toi continue de sourire, malgré la menace imminente de l'arme pointée vers lui. La phrase de Jierdan t'effleure, alors que son regard se porte sur lui, que tu distingues tout juste derrière le bandit. Si tu ne tires pas, je le tue. Simplement. C'est la nécessité extrême et inévitable qui me pousses à agir, rien de plus. Tu vois, tu te trompes. J'agis. Ses doigts se resserrent sur tes cuisses qu'il relève pour tenter de s'y faire une place. Il n'a pas le temps de comprendre que face à lui, dans un grognement reptilien, se dresse un fier dragon aux écailles d'ivoire. Il recule d'un pas. Il est perdu.

    Tes griffes si bien effilées, toujours impeccables à force de ne pas en user, se plantent dans la chair tendre et grasse de son cou, tranchent ce qu'elles peuvent, avant de promptement se retirer, laissant tomber le corps au sol, sa tête à moitié arrachée. Son sang ruisselle sur toi. C'est la première fois en plusieurs décennies qu'on me force à agir. A tuer. Je déteste ça. Tu sens la lame d'une hanche entame ton cuir. Un grognement quitte ta gorge, et traverse ta mâchoire entrouverte. Sans peine, et ce malgré ta taille, tu te retournes, tes crocs acérés arrachent le bras sans trop de mal. Il ne s'y attendait pas. Quelques lambeaux de chair restent accrochés au corps qui au sol se tord de douleur en perdant tout son liquide vital.

    Ceux qui restent, ils sont deux, sont idiots, plus que les autres surement. Ils fuient vers le ravin. Peut-être préfèrent-ils mourir ainsi. Tu fais mine de vouloir les poursuivre. Ils tombent. Des cris, des plaintes. La chute mortelle. Ce bruits de chairs transpercées. Tu vois. Je sais agir. Quand c'est nécessaire.

    Tu reprends alors ta forme humaine. Ta longue chevelure pâle couvre ton corps avec pudeur. Une entaille sur le pas de ton dos te brûle quelque peu, mais ce n'est que secondaire. Et tes mains sont couvertes de sang, quelques gouttes ruissellent sur ton visage. Tu as agit. Cela te déplaît profondément, et lentement, tu tournes la tête vers le trop téméraire dragon rouge. Quelques mots t'échappent. « Tu peux être fier de toi. » L'action est ta hantise. Des yeux, tu cherches ta robe. En piètre état. Heureusement, l'étoffe est légère, et tu en as une autre, dans ta sacoche. Et c'est sans état d'âme que tu avances entre les corps déchirés, pour la sortir. Avant de te raviser. Tes yeux se fixent sur tes mains sales, l'éclat rouge du sang ravivé par les flammes incandescentes face à toi. Il vaudrait mieux te laver avant cela. Il doit bien y avoir de l'eau.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Dim 22 Jan - 14:00

    Il n’est pas certain lui-même d’appuyer sur la détente. Qu’y a-t-il à gagner, à tuer ce bandit ? Elle le regarderait creusement, pas un merci, pas une réaction. Non, c’est bien plus drôle s’il n’appuie pas. S’il force le destin à se retourner contre elle, à s’intéresser à elle. Alors il attend encore, et son sourire s’élargit. Puis ça commence.
    Les mains du malfrat se rapprochent d’un Eden trop bien gardé, et elle craque. Jierdan baisse doucement son arme, savourant chaque instant de la transformation violente. Les écailles blanches deviennent écarlates, le sang coule et rougeoie, les membres arrachés tombent, la peur emplit la clairière. Lui ne peut s’empêcher de rire, à voir ces hommes se faire détruire par ce qui ne devait jamais réagir. Ainsi elle a des sentiments. Ainsi elle peut ressentir le dégoût et la haine. Comme tout le monde finalement. Elle n’est pas infaillible.

    Il ne réagit pas, observant le massacre. Les rôles semblent inversés. Elle déversant sa fureur, lui restant sur le côté à regarder placidement le résultat. Il prend même le temps de rouler une nouvelle cigarette alors que le sang éclabousse l’herbe sèche.
    Alors qu’elle effraie deux des autres hommes, puis se retransforme, elle ne voit pas le dernier, le huitième, lui foncer dessus en traître. Il lève nonchalamment le bras, arme, tire. La balle se loge dans le front. Rideau.
    Il souffle un peu de fumée blanche, et saisit le dernier des brigands par le col. L’homme se tord contre son moignon, observant son bras à quelques mètres de lui. Jierdan le lui met dans sa main valide.

    « Tiens, tu mourras avec tout ton corps. »
    Et il le lance dans le vide, avant de se retourner vers la dragonne, à qui il n’a pas répondu. Elle est là, pâle et nue dans la nuit. Il s’approche d’elle, et lui saisit le menton, levant son visage vers lui. Un sourire dévoile ses dents.

    « Tu n’imagines pas à quel point je suis satisfait. »
    Oui, il a accompli ce qu’il n’aurait jamais cru possible de faire un jour. Il l’a obligée à faire couler le sang. Après tout, cette journée n’est pas si mauvaise. Elle est même pleine de rebondissements.
    Son regard coule le long du corps à peine caché par l’épaisse chevelure argentée. Il n’a aucune réelle réaction envers cet être dénudé. Après tout, ce n’est que de la chair. Ils ne se vêtent pas, sous forme draconique.
    Il lâche le menton, et prend une des mains ensanglantées. Il recueille un peu du liquide vital sur son pouce qu’il lèche pensivement.

    « C’est entièrement ton œuvre. Ce soir tu n’as pas fait qu’observer. Tu as réagi pour ta survie. Mais si tu ne t’impliquais réellement pas, tu te serais cachée. Tu te serais enfuie, et tu m’aurais laissé seul face à tous. Alors il faut savoir ce que tu veux, belle demoiselle. »

    Il soulève la main et la passe sur la joue blanche, rougissant ce visage d’albâtre.
    « Toi aussi tu es souillée. Comme tous les autres. Moins peut-être, mais ne penses pas être intouchable. »
    Le sourire s’élargit alors qu’il regarde le tissu déchiré. Pauvre petite, elle va devoir se laver pour ne pas devoir souiller ses vêtements de rechange. Il hésite un instant à la laisser ainsi, mais l’idée de devoir supporter son regard plein de reproches pour les prochaines heures à venir le fait changer d’avis. Il s’approche et chuchote à son oreille. Son corps balafré n’a aucune réaction alors que ses pectoraux puissants effleurent les tétons roses et dénudés.
    « T’as de la chance, je connais bien ces montagnes. Une douche pour l’observatrice observée ? »
    Il la prend entre ses bras alors que les écailles écarlates recouvrent sa peau à une vitesse ahurissante. A nouveau, il prend sa forme draconique, et s’envole dans la nuit en tenant entre ses pattes griffues le fragile corps dénudé. Il laisse là leur feu et le reste de leurs affaires, dans la clairière souillée par le sang.
    Il est bien plus gros qu’elle dans sa forme de dragon. Plus gros, plus musculeux. Peut-être un peu plus lent, mais bien plus hérissé de piques. Dangereux. Souple dans son vol. Confiant de sa force.

    Ils volent quelques minutes jusqu’à un plateau caché entre deux immenses pics. Un lac immense recouvre l’ensemble de l’espace. Il vole jusque là, et la laisse tomber dans l’eau noire. Elle est chaude et agréable. Il la laisse là, allant se percher sur un pic rocheux, profil reptilien découpé à la serpe dans la clarté de la lune. Il pourrait faire bien des choses pour encore la forcer à agir. Il se demande combien de temps elle va tenir à ses côtés, cette fois-ci. Le vague souvenir d’un « j’en ai assez vu » revient à sa mémoire. Mémoire dont il n’a que faire, lui qui vit tant l’instant présent.
    Il prend une grande inspiration, et pousse un cri faisant résonner les montagnes environnantes, et glaçant les enfants des villages bien au chaud dans leur lit.
    L’heure des dragons n’est pas encore venue. Cependant cela fait bien longtemps que certains ont arrêté d’observer pour mettre leur nez dans les affaires du monde. Sa voix rauque et draconique emplit le plateau d’un écho grave.

    « Ce monde est encore suffisamment amusant pour qu’on ne reste pas de marbre devant. »
    Un sourire déchire sa bouche immense, révélant des dents tranchantes.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Dim 22 Jan - 23:43

    Le massacre est terminé. Tu les as tués. Tous, sauf un. Un seul qui écopa d'une balle métallique entre les deux yeux, une mort immédiate et instantanée. Et puis. Il restait encore celui dont tu as arraché le bras. Pauvre ère se vidant de son sang secondes après secondes, et qui, dans un geste faussement honorable de ton compagnon, se retrouve mort au fond du ravin, son bras arrachée au creux de sa main restante. Le ménage est fait. Plus aucun bandits. Des tas de chairs mortes et sanglantes. Comme tes deux mains que le feu fait rougeoyer un peu plus de sa lueur. Ce sang que toujours tu te refuses de verser, évitant les conflits, les combats et les mises à mort, mais que si souvent tu as vu rougir le sol de Tellius. Je n'avais pas le choix, tout simplement. Il y a des limites à la neutralité, lorsqu'il s'agit de sa propre survie. J'ai des responsabilités à assumer, je ne peux me permettre de mourir. Mais toujours. J'agirais lorsque le point de non-retour sera dépassé. Et lui. Il se rapproche de toi, ses doigts une fois de plus saisissent ton visage, te force à le regarder. Tu le dévisages, en silence.

    Il semble ravi. Satisfait et fier de lui. Peut-être pense-t-il que c'est un exploit qu'il vient de réussir. Intérieurement, un sourire narquois s'affiche, sans pour autant faire tes lèvres se mouvoir. Elles restent closes et sans expression. J'ai déjà tué. Que crois-tu ? Un siècle entier sans jamais ne se retrouver dans telle situation, c'est impossible. Pas avec les guerres. Pas avec tout ce qui s'est passé. C'est la seconde fois. Et tu ne ressens aucune satisfaction à la mise à mort. Tu ne ressens aucune excitation, aucune fierté. Tu n'es pas contre lui. Pourtant, c'est la colère et la haine qui t'ont fait agir ainsi, aussi violemment. Ce sont elles qui ont fait se mouvoir tes griffes, claquer tes mâchoires. Et je ne le regrette pas. Je n'ai aucunement le droit de juger si les êtres ont droit de vie ou de mort. Mais eux, ils semblaient vouloir mourir ce soir. Alors ils sont morts. Dans d'atroces souffrances, qui plus est.

    Le feu te réchauffe à peine. Il fait frais, en cette nuit, et malgré toi, un frisson mort ton dos dénudé, tes écailles en frémiraient presque. Sa main lâche ton menton, prend ta main. Y recueille du sang, qu'il lèche ensuite. Ce goût métallique te déplaît, tu le sens encore sur ta langue. Et le voilà qui recommence à parler. Il est autant bavard que tu es silencieuse, ce soir. Tes paroles me déplaisent. M'enfuir aurait été signe de lâcheté, pas de neutralité. C'est ce que tu penses. C'est ce que tu veux croire, et pourtant, dans tout cela, il y a une part de vérité. Tu pourrais dire que le laisser en risque de mort aurait été impensable, mais. Ces bandits n'avaient aucune chance contre Jierdan.

    Tes doigts, sous son impulsion, s'écrasent sur ta joue, la salissent, mais tu ne réagis toujours pas. Marionnette de cire, poupée docile, ou presque. Tu ne fais qu'écouter ses mots, sans lui répondre. J'espère que tu n'espères rien de plus de moi. J'espère que tu ne penses pas que je vais commencer à te parler. Tu ne fais que m'attirer des ennuis. Je devrais m'en aller. Mais je reste. Et tu es bien plus souillé que moi. Volontairement. Ce n'était pas mon désir d'ainsi les massacrer. Mais il semble n'en avoir rien à faire. Surtout qu'il ne peut lire dans tes pensées. Et s'il le pouvait, il serait bien surpris, ce rustre. Ton corps contre le sien, Quelques mots soufflés à ton oreille. Je n'ai pas de chance de t'avoir retrouvé ici. Et vous voilà à nouveau partis pour une nouvelle envolée dans le ciel sombre.

    Le lac. Tu sais qu'il agit toujours sans délicatesse, alors tu es préparée à la chute. Heureusement, l'eau est chaude, agréable. D'un mouvement précis, tu émerges, rejette ta si longue chevelure en arrière, et elle flotte à la surface, s'étend derrière toi en une douce cascade d'argent. Lentement, l'onde claire lave ta peau souillée, la débarrasse de ce sang impure et dégoûtant. Le cri draconique te fait lever les yeux et le chercher durant quelques instants. Et puis, tes billes d'acier bleuté se posent sur lui. Ses paroles raisonnent à tes oreilles comme une vérité que tu n'acceptes pas. Ou plutôt. Comme sa vérité à lui. Qui n'a rien à voir avec la tienne. Je ne m'amuse pas, moi. Je ne suis pas comme toi. Je ne tue pas par plaisir, par jeu, par désir de puissance. Tu es un dragon sanguinaire, je ne suis qu'une honorable dragonne observatrice. Tu as choisi ton chemin, j'ai choisi le mien. Et ils n'ont rien à voir.

    Tu es propre, à présent, mais cette eau est bien agréable, reposante. Tu te détends quelque peu, sans pour autant arborer autre chose que ce visage éternellement impassible. Le monde n'a rien d'amusant. Ce n'est qu'un amas de pierres grossièrement rassemblées dans un équilibre bancale, et ses habitants n'ont de cesse, jours après jours, de tenter soit de le détruire, soit de le consolider. S'il y avait un équilibre, il n'y aurait pas de problème. Mais l’équilibre est absent. « Ce n'est qu'une question de temps avant que tout s'effondre. » C'est tout ce dont Tu lui fais part. Il n'a pas besoin de plus. Peut-être même ne t'écoute-t-il pas.

    Et toi, rapidement, tu reprends ta force reptilienne. Deux fois dans la même soirée, c'est beaucoup. Inhabituel, et cela te dérange, tu mets mal à l'aise. L'eau glisse sur tes écailles ivoire et retombe dans le lac en un bruyant clapotis, alors qu'en quelques coups d'ailes puissantes, tu rejoins votre camp improvisé. Les corps restant ont déjà commencé à être attaqués par quelques charognards. Dans la pénombre, tu pencherais pour des loups. Qui à ton approches s'enfuient, un morceau de chair entre les crocs. Eux, sont intelligents. Bien plus qu'un être humain, au fond.

    Et presque lasse, plus dans le mouvement de ta personne que dans ton regard, tu observes la scène, tout en revêtissant cette fine robe de soie claire. Une scène qui aurait de quoi soulever les coeurs et donner la nausée. Elle ne provoque en toi qu'indifférence. Il faudrait voir pour jeter les corps restant dans le ravin. Pour ne pas être dérangés durant votre sommeil. Même si l'envie de dormir n'est pas là. Et le dragon rouge te rejoint bientôt. Tu l'entends derrière toi mais ne dit rien. Assise à présent, tes yeux fixent les flammes, comme perdue dans tes pensées alambiquées, avant de finalement baisser les yeux sur ton parchemin fraîchement prit. Une esquisse de ce décor morbide. Je ne compte pas oublier ce moment parce que j'ai rompu, à ses yeux, ma neutralité. C'est un évènement comme les autres. Quelques mots également. « Qu'est-ce que tu fais dans la région ? »
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Mer 25 Jan - 1:52

    Il se repaît de la nuit et de ses odeurs, pendant qu’elle reste dans l’eau chaude. Il y a cette odeur de chair brûlée par l’impact de la balle. L’odeur du sang frais tâchant la roche humide. L’odeur de la mort, bien sûr. Il en cherche d’autres. L’odeur de la neige là-haut sur les monts. L’odeur des arbres de la forêt en contrebas. Puis une odeur légère, un peu plus âcre. Organique. Le dragon souffle violemment l’air de ses larges narines. Son odeur à elle n’a aucun intérêt. Il écoute la voix parler dans la nuit. Lui répond, avec ses accents rauques et animaux. Inhumains.
    « Si tout s’effondre je veux être au premier rang. »
    Lui qui a levé un doigt aux divinités lorsque le monde s’est arrêté de bouger. Il est prêt à faire la même chose si, de nouveau, l’humanité se met toute seule en danger. Ne rien faire que de monter son inintérêt au monde. Que tout le monde s’en foute. Quelle importance.

    La voilà qui s’envole. Lui ricane, puis la suit dans la nuit. Elle s’est encore transformée, trop fière pour demander une aide qu’il n’aurait pas donnée. Au campement, de sales bêtes on commencé à se servir pour le dîner. Jierdan reprend forme humaine, et sans aucun remords empoigne les corps par le premier morceau qu’il trouve, pour les jeter dans le ravin. Bon débarras.
    Puis il se retourne, toisant le corps à nouveau vêtu de la Blanche. Il suit son regard qui coule sur le dessin. Il écoute sa question d’une oreille distraite. Le temps d’analyser les mots, il réprime un rire. Pour ne pas montrer sa réaction, il roule une nouvelle cigarette.

    « Ce que je fais ici ? Ben comme d’habitude… »
    Il allume d’un souffle la cigarette afin de tirer dessus, gardant le suspense …inexistant.
    « Je marche. »
    Il hausse les épaules. Quelle réponse ! Quelle éloquence. Il va s’accroupir à côté d’elle près du feu qui rougeoie tranquillement. Ce feu inébranlable devant les changements, les massacres. Ce feu qui meurt au moindre étouffement. Ce feu qui allume ses clopes.

    Il coule un regard vers le vélin abandonné. Le dessin semble vide et creux. Le Rouge esquisse un sourire mesquin, puis, se saisissant d’une branche dont l’extrémité a été noircie, il retourne le parchemin, et dessine nonchalamment l’esquisse d’un visage. Le contour prend forme, gracile. Les cheveux viennent encadrer la face, les yeux semblent perdus dans des limbes insondables. Il laisse tomber la branche alors qu’il a dessiné en quelques traits les attaches de la robe trop fragile sur les épaules blanches. Pas trop de traits, pas trop peu.
    Puis il ricane, ce qui laisse tomber un peu de la cendre de sa cigarette sur le papier. Oh, tant pis.

    « Parfois quand je m’ennuie je dessine sur le sol. Faut croire que je me suis souvent ennuyé en plus de quatre-vingts ans. »
    Il exhale un peu de fumée avant de se relever. Son armure est toujours sur le côté, comme abandonnée. Il s’étire, et s’avance vers le ravin. De toute façon elle commence à l’emmerder, avec sa façon d’être si froide. Si au moins elle avait de la conversation… Mais non, et il ne peut même pas risquer de lui foutre des baffes, car dans tous les cas il sortirait perdant. Si elle ne faisait rien, il s’ennuierait. Si elle réagissait, il terminerait par terre à se tordre dans son sang, mort de rire. Quoique, ça pourrait être une idée. A garder pour plus tard.

    Puis au loin, de l’autre côté de la montagne, il aperçoit quelque chose. Quelque chose qu’il a déjà vu, déjà entendu de nombreuses fois. Le bruit d’une chasse. D’une chasse à l’homme. Intrigué, il tend l’oreille et ouvre l’œil. Ce sont des villageois armés de piques, de faux, de fléaux, de tout ce qu’ils ont pu trouver pour tenter de rattraper quelqu’un. Au vu de la flamboyante chevelure du meneur du groupe, il n’y a aucun doute quant à la personne chassée. Tant mieux, il commençait à s’impatienter. Il fait un signe de main en direction des hommes. De là où ils sont, ils peuvent à peine le voir. Un maigre rougeoiement dans la nuit. Sa silhouette se découpant devant le petit feu.

    « Salut, c’est moi que vous cherchez ? Le gamin n’a pas crié en tombant dans le ravin. »
    Un cri de douleur immonde et plusieurs piques lancées à tâtons lui font office de réponse. Parfait, parfait. Il dégaine son pistolet, le charge tranquillement, arme, et le tend vers les villageois.
    « Hey, Shar. »
    Il sent le lourd regard de la dragonne se poser sur son dos. Il ne peut réprimer un sourire satisfait.
    « A chaque minute où t’es inactive, j’en tue un. »
    Ils ne peuvent pas traverser le ravin. Le premier col reliant les deux côtés est à plusieurs heures de marche. Ils ne peuvent rien faire.
    Et lui, tire.
    L’homme roux tombe en un bruit mat, avant de s’écraser sur le même piton rocheux que celui où s’était brisé son fils. Tâchant à nouveau de sang la pierre brisée un peu plus tôt dans la soirée par ce même pistolet.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Ven 27 Jan - 3:40

    Au premier rang ? Et quoi cela pourrait bien lui servir, sincèrement ? Tu te le demandes. Et plus la question d'imprime dans ton esprit, et plus tu te dis que c'est vraiment une idée stupide. Parce que si tout s'effondre, lui ne fera rien pour l'empêcher. Toi non plus. Mais après, qu'est-ce qui le tiendra encore debout, une fois qu'il n'y aura plus rien ? Que fera-t-il ? Se laissera-t-il mourir ? Bonne question, quoi qu'au final, tu ne t'en soucies guère. Dragon ou non, tu ne ressens pas d'attachement ou d'affection vis-à-vis de lui. Encore moins envers lui qu'envers une autres personne. Parce qu'il ne fait que chercher à te faire agir. Il n'a de cesse de te pousser à contredire ta neutralité. Pour s'amuser, surement. Ou pour te prouver quelque chose. Quelque chose que tu ne comptes pas accepter. Pas de sitôt. Pas du tout peut-être bien. Ce que tu ne comprends pas, c'est pourquoi. Pourquoi il fait ça. Pourquoi lui. Qu'est-ce qui le pousse à agir ainsi. Qu'est-ce qu'il peut bien avoir qui le fait agir ainsi ? Comme si ce dragon vermeil était capable de ressentir le moindre sentiment positif, ne serait-ce que celui d'ouvrir les yeux d'autrui. Non, lui, tu le sais très bien, il se plait bien plus à ouvrir la panse de ses pauvres victimes et laisser se vider de leur sang.

    Il marche. Tiens donc. Ça n'a pas changé non plus. Il est. Prévisible, oui. Un peu comme toi, avoue-le. Toujours la même chose. La même mission. Le même monde. Les mêmes parchemins qui passent sous tes doigts. Toujours l'identique neutralité. Rien n'a changé pour toi. Lui, peut-être a-t-il changé, mais tu n'en es pas convaincue. De loin pas. Et le voilà près de toi. Tu ne réagis pas. Qu'espères-tu de moi ? Un frisson ? Un geste de surprise ? Une expression quelconque ? Tout ce que j'ai à te donner c'est ça. Rien. Sa main se tend vers le parchemin inutile à présent. Il le prend, et avec surprise, dissimulée bien évidemment, tu le regardes tracer cette esquisse avec précision. Sans souci. C'est toi qui se retrouve sous son trait. Déplaisant. Je ne suis pas ainsi. tu dois te tromper. Mes yeux... Et puis. Pourquoi donc te dessine-t-il ? Le voilà qui s'explique. Cela doit bien être une des seules belles choses dont il est capable. Lui qui plus qu'en avoir simplement sur les mains, respire le sang à des kilomètres.

    Il quitte ta proximité, mais déjà tu ne le regardes plus. Tes orbes d'acier ont trouvé mieux. Ils ont vu cette agitation de l'autre côté du ravin. Et dès qu'il a parlé, tu as compris. Ils sont là pour lui, pauvres fous. Vous ne savez pas à qui vous avez à faire. Moi-même, je me le demande parfois. Et tout à coup, il t'invective. Tes yeux, très lentement, glissent sur sa massive silhouette. Tu l'écoute avec attention. Tu clignes des yeux. Il tire. Le corps s'effondre, se retrouve déchiqueté. C'est le premier. Qu'est-ce qu'agir m'apporterait ? Pourquoi agirai-je pour protéger ces villageois décidément bien idiots ? Non. Alors deux autres minutes passent. Deux morts. Ils sont impuissants, et toi, tu les regardes tomber comme des mouches. Pourtant, quelque chose au fond de toi semble vouloir agir. Cela t'exaspère, alors finalement. Tu te lèves.

    Dans ton mouvement, tu saisis le parchemin sur lequel il avait dessiné plus tôt. Un regard où on aurait pu lire du dédain si seulement tu savais exprimer tes sentiments. D'un geste simple, le papier rencontre les flammes rougeoyantes, et tu te rapproches de lui. Le pas n'est pas pressé. Tes bras se croisent sous ta poitrine, et tu regardes devant toi. Tout ces fous agglutinés au bord de ce ravin ne se rendent pas compte que tu n'auras aucun remords à tous les tuer, et qu'ils ne pourront rien faire contre toi. Voilà pourquoi je n'agis pas. Je n'ai pas de raison de les sauver de leur bêtise. Aucune. La vie est précieuse, mais ne vaut plus rien quand elle est contaminé par une telle stupidité. Pourtant, tes lèvres bougent. « Et que feras-tu une fois que tout se sera effondré ? » La question te brûlait les lèvres depuis un moment.

    Tu sembles avoir satisfait son désir de réaction. Pour quelques instants surement. Pas suffisant pour qu'il épargne les villageois restants. Terrorisés mais tenant bon. Ils feraient mieux de fuir. Quoi que tu te demandes s'il ne les poursuivrait pas. Qui sait. Tu es vraiment la pire des ordures qui soit. Je me demande ce qui me retient de te pousser dans ce ravin, avec les autres. Ce qui me retient de t'arracher la gorge à coups de crocs et de griffes. Mais je ne suis pas une meurtrière. Moi. Je ne suis pas toi, et ne le serais jamais. Qu'importe ce que tu pourras faire. Et pourtant, tu ne t'arrêtes pas là.

    Ton visage de poupée se tourne vers lui. Ta main à la peau à présent un peu plus chaude se glisse lentement le long de son bras, et se pose sur cette main encore tendue, tenant le pistolet avec fermeté. Tes longs doigts aux ongles bien longs lentement entourent les siens, et tu lui demandes, ton regard affable plongé dans le sien. « Pourquoi est-ce que tu tiens tant à ce que j'agisse ? Simplement par fierté de me faire déroger à ma neutralité. Ou autre chose ? » Je te soupçonnes être bien plus compliqué que cela. Ou alors je me trompe. Et tu n'es qu'un autre simple d'esprit parmi tant d'autres. Plus de coup pour le moment. Et c'est fermement que tu attends. Ce contact déplaisant toujours établi entre vous. Pourtant, tu ne le lâches pas.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Mar 14 Fév - 22:00

    Ses yeux noirs brillent d’une lueur malsaine à chaque fois que le coup part. Puis, lentement, il ramène son bras, ouvre l’arme d’un coup sec, l’emplit patiemment de poudre, charge, referme, tire. La manœuvre est bien trop parfaite, le geste bien trop sûr de lui. Il est tellement satisfait de son petit carnage.
    Une fois, deux fois. Ils tombent si facilement, ces pauvres hères qui reçoivent le morceau de plomb profondément dans leur tête trop vide pour comprendre ce qui leur arrive.
    D’une oreille distraite, il entend la blanche bouger derrière lui. Parfait, bouge, montre-moi que tu peux faire autre chose que de regarder placidement la mort faire tomber son couperet tranchant sur la gorge gracile de n’importe quel homme sur cette pauvre terre. Montre-moi que tu peux ressentir le dédain, le dégoût, l’arrogance qui sait.

    Il entend le feu crépiter autour du dessin qu’elle préfère détruire, plutôt que de voir son propre visage vu par un autre, vu par quelqu’un qui lui renvoie une image d’elle qu’elle se refuse d’accepter. Tu es comme tous les autres, petite. Tu ne veux pas te voir telle que tu es. Tu ne veux pas accepter être une chose vivante comme les autres, avec des possibilités de sentiments.
    Lui n’en a cure, il se connaît parfaitement, chacun de ses défauts, chacune de ses petites manies agaçantes, il sait pourquoi il a des besoins qu’il ne peut assouvir, il sait même pourquoi il ne cherche pas la puissance. Parce que tout l’ennuie, parce que tout l’amuse. Parce qu’il écoute cette femme marcher près de lui et souffler quelques mots. Il rit, il rit, qu’est-ce qu’il peut rire.


    « Si tout s’effondre, on finira par mourir aussi de toute façon. Notre temps sera venu. Mais pas par notre faute. »
    Un sourire découvre ses canines trop pointues. Il s’apprête à tirer encore une nouvelle fois, mais elle l’arrête, presque gentiment, posant sa main blanche sur la sienne, elle qui hait tant le contact. Que cherche-t-elle. Elle est pathétique. Il a envie d’une cigarette. De l’autre côté du ravin, les hommes semblent avoir compris qu’ils doivent profiter de ces secondes de répit que l’autre silhouette, la blanche, vient de leur offrir. Ils s’enfuient à toutes jambes.

    Lui remet doucement son pistolet dans sa gaine. Il ne rompt pas le contact entre leurs mains, passant avec amusement ses doigts entre les siens, serrant un peu trop pour être affectueux, pas assez pour qu’elle recule devant la violence du geste.
    Juste ce qu’il faut pour la faire prisonnière un instant. Sa prisonnière, un instant, dans le temps. Juste eux deux, qui se détestent cordialement, sans l’avouer, car ils ne ressentent rien envers les autres êtres vivants. Pas de pitié, pas de compassion, parce qu’ils sont tous deux à observer. L’un à agir pour s’amuser, l’autre à se murer pour mieux voir. Ils sont si différents et si semblables, ces deux dragons. Bien plus que ce que leur fierté ne voudra convenir. Bien plus que tout, tout ce qui existe sur terre. Les dragons, ces créatures trop puissantes s’enfonçant dans la modestie pour se voiler la face devant leur puissance incommensurable.

    Il n’allume pas de nouvelle cigarette, vrillant du regard les opales d’argent se posant sur lui, attendant une réponse. Un sourire déchire son visage.

    « Je veux que tu agisses parce qu’au bout du compte tu n’as jamais rien vécu. C’est plutôt dommage, tu ne penses pas. »
    Elle peut chercher toute la profondeur du monde dans ces quelques mots. Peut-être y en a-t-il, peut-être est-il juste d’un cynisme grinçant. Il lâche sa main d’un seul coup, rompant le contact qui se prolonge bien trop à son goût. Elle ne lui inspire rien, rien du tout. Ni désir ni curiosité ni dégoût ni… Rien. Elle n’est rien à ses yeux. Observatrice comme lui, mais elle ne fait rien dans ce monde où il y a tout à faire.

    « Je me contrefous de la façon dont tu pourrais te comporter si un jour tu renonçais à ton boulot d’observatrice. Je ne veux pas savoir tout ce que tu as déjà vu sans jamais avoir réagi. Tu ne voudrais pas me le raconter de toute façon. Mais ce que je sais, c’est que pour l’instant tu ne sers à rien. Tu ne laisse ton empreinte dans le cœur de personne, absolument personne. »
    Combien de familles a-t-il brisées en massacrant certains de ses membres ? Combien de voyageurs et combattants a-t-il marqué en faisant vriller ses poings sous le soleil de tous les pays ? Combien de légendes se sont donc chuchotées depuis les décennies, trop longues décennies où il a parcouru le continent de long en large ?
    Il a vu des guerres, des paix, des conflits, des retrouvailles. Il n’a pas changé l’histoire, il n’en a ni l’envie ni le besoin. Mais il a vécu, réellement vécu. Il a été maître de son propre avenir, et non pas un simple pantin entre les fils pervers du destin.


    « Tu es manipulée par tes propres convictions, petite Shar. Et aujourd’hui, jamais tu ne pourrais me vaincre, même en déployant toute ta puissance de frappe. Si je le voulais, je pourrais te tuer aussi facilement que si je brisais une poupée de son. »

    Il bluffe. Il bluffe n’est-ce pas. Ou peut-être pas.
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Dim 19 Fév - 21:44

    Son rire. Il t'insupporte, fait se dresser tes écailles sur ta nuque. Depuis la première fois où tu l'as entendu, à vrai dire. Un tel rire, c'est désagréable, vraiment. Et puis, il renchérit, en rajoute une couche. Mourir, certes. Mais toi, tu préfères cent fois mourir en étant par la suite oubliée, plutôt qu'après avoir marqué les esprits de sang et de douleur. Tu es un idiot. La reconnaissance et le souvenir ne valent rien. Rien n'a d'importance dans ce monde croulant sous le sceau de la déchéance. Tout cela ne vaut pas grand chose à tes yeux, tu t'en rends compte lorsque de ses paroles il te plonge dans une telle réflexion. Mais malgré tout, tu continues d'observer. Telle est ta mission, après tout. Neutre. Observatrice. Deux mots qui se suffisent à eux même pour te décrire. Pourtant, au loin, une voix te souffle autre chose. Lâcheté. Désintérêt. Tu la chasses, l'ignore. Il ne manquerait plus que ton esprit rejoigne la pensée de ce dragon. Ce serait un comble !

    Les coups cessent, comme escompté. Et en face, les villageois, aussi bêtes que les animaux qu'ils élèvent surement, fuient enfin. Il leur en a fallut du temps. Du temps et du sang. Des morts. Autant de stupidité t'agace et t'irrite. Jamais encore je n'ai rencontré d'humain réellement louable pour son intelligence ou sa sagesse. Car il y a toujours un moment dans la vie humain où un faux pas est commis, où quelque chose dérape. Je n'aime pas cela. Je n'aime pas les humains. Et lui range son arme dévastatrice et meurtrière. Sans pour autant séparer tes doigts ses siens. Non, au contraire, alors qu'il hait autant que toi le contact physique, ses doigts se glissent entre les siens, et les enserrent, de façon tout sauf agréable. Un grognement te quitterait presque, alors que durant quelques instants, l'impression d'être captive te prend. Pour ensuite s'effacer tout aussi rapidement. Réponse à ta question. Ah oui ? Te préoccuperais-tu donc de moi ? Comme c'est touchant. Stupide. Mais tu ne prends pas la peine de répondre, ni même de le regarder encore réellement. Ses paroles sont pour toi vides de sens. Vous avez tous deux une façon de voir la vie qui diffère, malgré une ressemblante dérangeante entre vous.

    Ne sait-il donc pas se taire ? Il parle au moins autant que tu restes muette. C'est exaspérant, à la longue, quand bien même ton visage lisse ne laisse rien transparaître. Il est persuadé que tu ne ressens rien pour personne. C'est vrai tout en était un mensonge nuancé. Tes sentiments, tes impressions, elles se noient sous la masse de neutralité que du déploie à chaque instants. Obnubilée par l'idée d'observée, de ne pas agir, tout le reste passe au dernier plan. Parce que lui. Je te hais. Une fois de plus, je m'en rends compte. Et pourtant, contrairement à d’autres qui se sauteraient au coup, je ne fais rien. Je te regarde, te détaille. Je te supporte et t'endure à chacune de tes paroles, chacun de tes actes. En cela, j'ai cette impression que nous sommes supérieurs aux humains. Pour quelle raison ?

    « Je ne tiens pas à ce qu'on se rappelle de moi. » Les mots s'échappent et glissent. Ils lui font croire que c'est cela ta pensées, mais ce n'en est qu'une infime partie. La plus futile, inutile. Celle qui t'effleure le temps d'un soupir, d'un instant bref. Le plus important, ton opinion, tes sentiments, ils sont cadenassés dans ton esprit tortueux, un peu trop. Ah, et tu te désintéresses tout à coup de lui. Volte-face, quelques pas. Encore le goût acre du sang dans ta bouche. Tu pensais qu'il s'en était en allé. Étrangement, un grognement léger de ton estomac te fait penser qu'il est bien agréable à ton palais. Foutaises. Oublie donc cela. Écoute le, lui qui s'avère finalement aussi ennuyeux que la pluie. Trop régulière, trop identique à chaque fois. Comme ses sermons, ses conseils, ces paroles qui pour toi sont vides de sens. Tais-toi donc, Jierdan. Tu me fatigues, avec tout cela. Mais vas-y donc, si tu veux me tuer ! Oui, je t'ai écouté. Tu en doutes ? Pourtant, sans te regarder, mes oreilles t'entendent toujours. Elles ont entendu tellement de choses. Qu'est-ce que cela nous apporterait de savoir si je peux te blesser ou non ? Tu es si futile.

    Lentement, tu reprends place sur le rocher près du feu. Tes grands yeux clairs l'observent, le fixent presque intensément. Pourtant, aucune attirance. Aucun intérêt. Mais ça non plus tu ne le montres pas. Tu le regardes comme on regarderait un chien, une flaque ou un rocher. Ou encore une tâche. Quel intérêt ? Et doucement, tu fixes le feu, avant de dire, presque dans un soupir : « C'est fort possible. Mais dis moi. Quel en est l'intérêt ? » Tu te le demandes. Tu le lui demandes. Cela t'intrigues, en un sens, de savoir pourquoi il pense à cela. Après tout. c'est tellement hors de propos. Si peu pertinent. « Si tu me tues, cela ne me rendra ni plus vivante, comme tu sembles ardemment le souhaiter, ni plus réceptive à tes balivernes. » Encore. Tu parles trop. Tu lui en dis trop, c'est énervant. Tais-toi donc un peu, tu me fais bien trop réagir à tes sornettes. Je crois que j'aimerais pouvoir te rendre muet. T'arracher les cordes vocales pour ne puis entendre cette voix qui m'agace. « Jusqu'où es-tu prêt à aller pour me prouver que tu as raison, Jierdan ? »
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Lun 5 Mar - 23:55

    Elle l’ennuie de plus en plus. Il comprend à présent pourquoi leurs conversations n’ont jamais excédé quelques phrases lancées dans le vent. Ils sont trop proches et trop éloignés à la fois. Ils ont cette façon de ne pas comprendre la démarche de l’autre alors que dans le fond, ils agissent de même. Ils ont cette façon de mépriser la vie, de ne pas parvenir à s’y impliquer totalement.
    Même lui, le rouge, quoi qu’il dise, quoi qu’il fasse, s’il chemine autant, s’il calcine toujours autour de lui, c’est bien parce qu’il s’ennuie de ce monde, de ces habitants. Ou bien il cherche sans relâche la puissance, il s’en nourrit, il jouit de n’importe quelle parcelle de pouvoir qui puisse faire briller le feu au fond de ses yeux d’ébène.

    « Personne ne se souviendra de toi. De moi. Nous sommes des ombres. »

    Il se contredit, il est stupide. Un sourire déchire ses lèvres alors que ses crocs grincent légèrement, comme désirant s’enfoncer dans une peau tendre afin d’en arracher les nerfs, la peau, les muscles et même les os. Il a cette soif de sang qui s’allume en lui si souvent, et que même les mots posés de cette femme stupide ne parviennent pas à éteindre. Alors qu’elle part s’assoir, et que ses yeux pâles se posent à nouveau sur lui, il ressent tout le mépris et le dédain qu’elle a pour lui. Il s’en réjouit presque, de pouvoir déceler un sentiment dans ces plaques d’argent qui lui servent d’iris. Parce que tout le monde change, tout le monde s’adapte. Devant quelqu’un d’autre, il serait parti, ou bien il aurait attaqué. Elle est suffisamment intéressante pour ne pas éveiller un désir de violence en lui. Presque assez intéressante.
    « Je dis juste ça pour te montrer que tes mots n’ont plus aucun effet, pas plus que ta frappe potentielle. »
    Médisant, il se roule une cigarette, puis l’allume pensivement. Il prend longuement le temps de tirer la première bouffée.
    « Tu n’éveilles aucun sentiment en qui que ce soit. Alors que moi, depuis près d’une heure, je parviens à t’arracher des réactions, des phrases, des accès de violence qui t’auraient été impossibles… Et je pense que tu ne fais pas ça pour mon bon plaisir. »

    La vanité le tuera. Il se lève, et se pose à un pas d’elle. D’une main, il effleure une des longues mèches de cheveux d’ivoire que le vent fait glisser jusqu’à lui. Le tabac rougeoie à nouveau lorsqu’il le porte à ses lèvres entrouvertes. Il réfléchit. Est-ce le temps de partir.
    Le feu lèche la peau de la blanche, dessinant des traits de sang sur son corps si diaphane. Le dédain qui plisse le visage et tire légèrement le front se fait de plus en plus sentir. Il pourrait, s’il le voulait, tirer encore un peu sur la corde, la voir s’énerver, la voir agir, agir contre lui. Mais elle ne le ferait pas.
    Et si elle le faisait ? Si elle se levait et tentait de lui asséner un coup de griffes meurtrier ?

    « Il faut que je sache jusqu’où tu peux te méprendre sur ta vie entière. »

    Parce que ça l’amuse. Parce qu’il a envie. Parce qu’il fait ce qu’il veut, ce chien fou, ce loup galeux, cette écharde dans le pied trop lisse de cette terre trop ennuyeuse. Mais l’écharde sait s’enfoncer profondément, elle sait s’instiller, mettre une idée en tête, et ne plus rien lâcher.
    Il se lève. Sa peau balafrée brille étrangement sous l’unique lueur du feu qui rougeoie. Son armure, posée dans la clairière comme une peau morte dont il n’a pas besoin, semble être témoin de tous ces meurtres qu’il a commis pour son bon plaisir, juste pour observer, juste pour s’amuser. Les jointures de ses énormes poings craquent, dans un instant de brève crispation.
    Il tourne son regard noir vers la dragonne qui ne le voit plus depuis longtemps, lasse qu’elle est de cette trop longue soirée.

    Il franchit le pas qui les sépare avec une rapidité et une aisance insolente. Avant qu’elle ne puisse faire un geste, il la maintient fermement par le cou, la levant au-dessus du feu. Les pieds de la belle sont ballottés, léchés par les flammes. Sa robe de tissu trop fin s’irise de couleurs incroyables, et ses longs cheveux sont parcourus d’ondulations hypnotisantes. D’une aspiration, le rouge termine de consumer son mégot, qu’il jette d’un coup dans le feu. Le papier fin et le reste de tabac s’enflamment instantanément, comme une vie consommée trop rapidement.
    Il raffermit sa prise autour du cou délicat, et plante son regard dans le sien.

    « Et maintenant ? »
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MessageSujet: Re: Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12   Mar 19 Juin - 22:26

    Tu ne l'écoutes déjà plus, parce que lui aussi t'ennuie. Tu préfères fixer un point, ailleurs, dans une autre direction, et te laisser aller à tes pensées, étrangement confuses, ce soir. Parce que même si tu ne risques pas de l'admettre, il a réussi à éveiller en toi quelques interrogations que tu avais depuis longtemps étouffées, avant même qu'elles n'aient le temps de s'étaler. Alors te voilà là, l'écoutant d'une demi-oreille déblaterrer des sotises, te demandant pourquoi. Pourquoi te cantonnais-tu encore à ton devoir d'observatrice, alors que depuis longtemps, tu voyais ce monde s'effondrer, courir à sa perte à grandes enjambées. Pourquoi réussissait-il à te faire réagir, toi la froide et neutre Shahrazad. Tu en viens même à te demander pourquoi tu te poses ces questions, qui ne devraient même pas se poser dans ton cas. Et pourtant. Changerais-tu ? Non, ce serait étonnant. Cela fait bien trop longtemps que tu es cette observatrice inactive et presque sans sentiments, qui regarde les êtres vivants se dévorer entre eux sans jamais penser à les séparer. Comemnt pourrais-tu changer, après autant de temps ? C'est impossible, selon toi.

    L'idée ne cesse pourtant de te tarauder et te t'obséder. C'est fort désagréable il faut bien l'avouer, mais c'est ainsi. Tes sourcils se fronce imperceptiblement, alors que tes paupières se ferment. Pourtant, tu es encore alerte, à l'écoute. Que ce soit de ses agissements ou de la nature environnante. Tu n'es pas si idiote, et tu ne te laisseras aps encore attaquer. Ca non. Ainsi, toujours pensive, peut-être même torturée par tes pensées, qui sait, tu soupires légèrement. Ce n'est pas bon, ces doutes, cette remise en question qui s'annonce. Tu te dois de rester ainsi. Tu en as fait le serment, une promesse à ta famille, ta race même ! Impossible de le briser. Et cette pointe de fierté qui te souffle que si cela devait arriver, ce ne serait surement pas à cause de lui. Toi, Jierdan, je te déteste, et tu dois bien le savoir. Une haine muette, et qui pourtant ne m'empêche pas de m'accomoder de ta présence. C'est une haine sans hostilité, un total désaccord avec tout ce que tu es, dis ou fais. Simplement. Mais te le dire te ferais plaisir d'une façon si stupide que je préfère encore t'ignorer.

    C'est alors que tu entends ses pas. Il était déjà très proche de toi, de toute façon, donc cela ne dure pas, pas du tout. Par contre... Tu n'as aps prévu la suite, loin de là. Qui aurait pu, de toute façon ? Ainsi, tu te retrouves soulevée au dessus des flammes dont tu sens la chaleur mordante agresser la peau fragile de tes pieds, sa main enserrant fermement ton cou. Et maintenant ? Tu es stupide, ma parole. Tu veux me tuer, maintenant ? Qu'est-ce que ça t'apporterais ? De plus... « Je t'ennuies. Tu dis que je n'éveille rien en toi, mais c'est faux. L'ennui. » Tu te contredis tout seul.

    Tu fermes ensuite les yeux, restant détendue, malgré la chaleur des flammes, et l'imprévisibilité de celui qui te maintiens là. Pour ensuite rouvrir les yeux, et le fixer longuement, avant de reprendre la parole : « Lâche-moi, Jierdan. C'est inutile d'agir ainsi. Parce que si tu cherches une réaction de ma part... Tu en auras une. Après tout, depuis nos... retrouvailles, tu m'as fait parler et agir plus que ces dix dernières années réunies, si ce n'est plus. Je ne suis plus à ça près pour ce soir. Cependant... Ton obstination à quelque chose... D'intriguant. Et curieux. C'est pour palier à ton ennui ? Me prouver que je ne pourrais pas reser l'éternelle observatrice que j'ai promis d'être ? Je sais que je t'ai déjà posé cette question, mais ta réponse... » ETu te tais et soupires lourdement, tes paupières à nouveau closes. Intérieurement, tu es plutôt en colère contre toi-même, et le maudis, une foisde plus. Est-ce seulement à cause de lui ? Cette soirée ? La fatigue ? Ou les temps changent-ils réellement ? Tu ne sais pas, mais... Quelque chose te pousse à parler encore.

    « Même si je me mettais à agir, à ne plus faire que regarder... Je ne vois pas ce que je ferais. Je crois que j'ai pris goût à voir ce monde s'effondrer, saigner ses propres enfants et les laisser dépérir sans remords. Voilà tout. Je n'aime pas me battre. Et le goût du sang est... Ecoeurant. » Tes paroles sont plutôt cruelles, mais tu avoues aimer voir la déchéance, en être la spectatrice. Est-ce mal ?


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Randonnée montagnarde [Libre] Nc-12

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