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 Encore la pluie. [Le Faucheur]

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MessageSujet: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Lun 2 Jan - 23:36

    Les tours de garde de nuit sont les plus tristes. Sont les plus longs. Ils sont ceux où la vigilance est telle que l'on ne songe plus à plaisanter avec ses comparses. Tout au mieux se réchauffe-t-on près du feu afin d'échanger quelques mots, pour repartir tout aussi vite à son point de surveillance.

    Et puis cette pluie. Cette pluie qui tombait, inlassablement, pendant des heures et des heures, qui semblait ne jamais vouloir s'arrêter. Cette pluie qui épuisait, qui trempait les cheveux et les équipements. Ces fines gouttes qui inondaient les visages comme autant de larmes.
    Mélior n’était pas silencieuse, la nuit. Elle était juste moins lumineuse. Moins heureuse, peut-être. Et cette pluie, comme autant de larmes tombées du ciel, cachait aux veilleurs attentifs les horreurs de la nuit. Les ruelles sombres l’étaient bien plus, et les cris des victimes s’étouffaient dans les grondements du tonnerre.
    Hélène essuya ses yeux couverts d’une pellicule de buée. La nuit était chaude, et la pluie enveloppait la peau comme un linge humide. C’était désagréable, c’était déconcentrant. Elle ne pouvait rien voir du tout.


    « Liam… Tu vois quelque chose toi ? »
    Le gracieux animal dont la robe était maculée d’eau noire chassa d’un souffle l’eau qui s’infiltrait dans ses naseaux. La jeune fille prit cela pour un non. Elle flatta la large encolure, et se blottit un moment dans la chaleur du cou du pégase. La pluie semblait infinie. Levant un instant les yeux au ciel, seules les ténèbres l’envahirent. Les nuages noirs se confondaient avec le ciel, et seuls quelques éclairs déchiraient parfois l’obscurité. Elle soupira devant tant de sujet à la mélancolie.
    Lorsque Léandre avait ramené Léone blessé à la demeure, il pleuvait. Mais une pluie bien plus drue et amère que celle-ci. Une pluie violente, mêlée à la grêle.
    Cette pluie-ci était fourbe, et laissait une impression étrange sur le visage, un sentiment d’inconfort. La trop douce caresse de l’humidité devenait gênante, si ce n’est asphyxiante. Hélène grommela. Elle qui n’aimait pas spécialement la pluie ni les gardes de nuit, elle était bien servie. Heureusement qu’elle avait Liam. Elle imagina un instant tous ces pauvres lanciers qui patrouillaient seuls dans les rues sombres, domaines des malfrats lorsque le soleil s’était noyé dans le ciel écarlate des soirs d’été.

    Elle se leva finalement, grimpa en selle, puis élança son pégase au-dessus de la ville. Elle ne voyait toujours rien. A peine quelques ombres discrètes qui profitaient de ce temps terrible pour vaquer à leurs occupations le plus tranquillement du monde. Doucement, comme pour chercher un certain réconfort, Hélène fredonna une petite berceuse que sa mère aimait lui chanter durant sa jeunesse. Les faibles notes se perdirent dans le vent. Liam se percha doucement sur un toit, puis donna un gentil coup de tête sur la main de sa maîtresse. Ils avaient encore quelques heures, il ne fallait pas broncher. La chevalière se pencha à l’oreille de son animal.

    « Allons à la sortie de la ville… »
    Ne sentant pas venir d’objection, elle fit faire demi-tour au cheval, puis s’envola vers la bout du quartier marchand et la fin d’une des grandes artères. Tout autour, la petite truanderie officiait. Les gardes arrêtaient tout ceux qu’ils pouvaient, mais malheureusement ils étaient rarement capables de les incarcérer, faute de preuves et de graissage de patte.

    Elle mit pied à terre, et regarda autour d’elle. Tout était devenu bien trop silencieux. Même sous les fracas de la pluie contre les pavés, elle ne percevait absolument rien. Absolument personne. Les passants se faisaient discrets, et aucune bande de receleurs ou de contrebandiers n’était visible sous les murs d’eau. Hélène entra prudemment dans une des rues, puis mit finalement pied à terre et laissa Liam à l’entrée d’une venelle bien trop étroite pour lui. Elle resserra le manche humide de sa lance sous ses gants, puis s’engouffra dans le passage.
    Elle marcha quelques minutes dans les chemins sinueux de la ville, qu’elle avait certainement déjà explorés, mais de jour. Elle avait l’impression de se retrouver piégée entre les filins d’une araignée, et que chacun de ses pas faisait poser des dizaines de paires d’yeux sur son dos. A un moment, sa botte crissa étrangement sur un des pavés. Elle se pencha avec précautions, puis tenta de scruter le sol. Ne voyant rien de suspect sur les pierres noires, elle posa sa main à terre puis se releva. Elle allait passer une mèche derrière son oreille lorsqu’elle la sentit sur ses doigts. Fraîche. L’odeur du sang. Ses pupilles se rétractèrent d’un coup alors qu’elle frottait nerveusement ses doigts les uns contre les autres, comme si le sang allait disparaître comme une vision désagréable, mais éphémère. Mais non. A présent, l’odeur la prenait à la gorge, et elle ne voyait que cela.

    Elle fit encore quelques pas avant qu’un homme ne passe à toute vitesse devant elle, la forçant à s’arrêter. Ou plutôt, la moitié supérieure d’un homme, qui alla s’écraser contre un mur adjacent, éclaboussant la jeune femme de quelques gouttelettes vermeilles le long de sa joue blanche. Sa lèvre trembla un peu. La pluie se fit moins violente, d’un seul coup. Elle attendit quelques minutes qui lui semblèrent durer une éternité, puis finalement elle s’engagea dans le passage d’où venait le corps du pauvre homme.

    Il est de ces couleurs que l’on reconnaît même dans la nuit. La lune eut la folle idée de briller un faible instant, et elle le vit. Ce grand manteau rouge qui claquait dans le vent, et dont le cuir brillait à force d’être trempé. Cette lame énorme, légendaire, tâchée d’un sang épais, dont la pointe était posée au sol. Ces longs cheveux blancs collés au manteau, dégoulinant à cause de la pluie, ruisselant sur le visage.
    Il leva ce visage vers elle, presque tranquillement. Les yeux, l’un écarlate, l’autre azur, la scrutèrent sans aucune haine ni animosité. Cependant un violent frisson parcourut l’échine de la jeune femme. Comme si une douche glacée s’était abattue sur elle. Mais pourtant, ce fut la surprise qui se peint d’abord sur son visage.

    « …Dayn ? »
    Elle approcha d’un ou deux pas. Ses bottes rencontrèrent quelques corps épars. Elle serra les dents pour ne pas sursauter.
    « Qu’est-ce que tu fais là ? … »
    Elle l’avait entr’aperçu dans cette ville apocalyptique où de trop grandes magies s’étaient abattues. Et puis, il y avait d'abord eu cet orphelinat.
    Non, ce n’était pas la première fois qu’elle rencontrait le Faucheur.

    « Qu’est-ce que tu as fait ? »

    Elle n’attendait pas spécialement de réponse de sa part ; elle aurait pourtant désiré savoir pourquoi il était là, pourquoi ces corps. Puis elle se souvint de ses grandes colères. Si grandes qu’il devait fuir pour avoir le sentiment de les éviter.
    Elle resta là, sous la pluie, les prunelles noisette placidement posées dans le regard vairon, sans ciller. D’un certain côté, on est toujours heureux lors des retrouvailles.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 5 Jan - 20:30

Encore de la pluie. Elle jonchait toujours la route, s'amassant le long des tuileries et gouttant sur les pavés. Cette ville n'était qu'un égout géant, psalmodiée par d’innombrables déchés charriés par les trombes glissante. Sans jamais les dissoudre; on espère toujours ne pas faire disparaître le bonheur cisaillé, masqué sous l'agonie, cloitré dans l'ombre.
Voilà ce que sont les grandes villes. Des perles enfermés dans des coquilles pourrîtes. Chacun peut trouver la sienne, peu importe l'éclat.

Ça lui mettait comme une chanson dans la tête.




Peu importe pourquoi il était là, ces pas l'avait guidé ici. C'était comme ça, comme son bras avait pu guider sa lame. Une arme est le prolongement du bras humain, comme un outil. Un instrument de mort, une figuration salvatrice. Comme il détestait cette légende qu'était son épée. Essentielle, indispensable, meurtrière. Il fallait toujours que le sang coule quand il l'utilisait. Et cette fois, c'était des morts de plus. Cette fois rime avec toutes les autres fois. Sans doute car il s'agit du même mot de fin. Sans aucun doute parce que c'est toujours ainsi que cela ce passe.

Olivia, Olivia. Tu es si proche et si loin. Comme je rêve de te tenir dans mes bras. Comme mes bras ne peuvent faire que te protéger. Pourquoi pas autrement? Pourquoi?
C'était la question qu'il se posait. Des couplets vides et un refrain perpétuel. Ça donne tout un sens à une vie. Une vie qui croit aller dans le bon sens après s'être tellement perdu loin du chemin à suivre. Comment être sur quand tout les pavés sont identiques?
Dans la ville, la grande ville. Chaque morceau de rue est différent. Bordé de structures particulières, de morceaux de pierre la traversant de façon irrégulière. Il les trouvaient tous identiques. Ses pas résonnaient faux, comme son jugement. Altéré; dans le passé comme dans le futur. Maudite vision de la réalité quand on est capable de calculer tout ce qui va se produire par une logique irréfutable. Quand on tente de tabler un raisonnement sur un mensonge, le résultat est éminemment faux.

Alors falsifions cette réalité.


De l'eau. Rouge. Beaucoup d'eau. Ses longs cheveux étaient lisses et opaques, comme cette neige qui l’empêchait de voir. Ce qu'il voulait être aveugle. L'âme déchiré, les corps aussi vides. Autour, tout autour. Seul des bruits de pas s'approchant, quelqu'un venant l'arme à la main.
Un parfum particulier.
Méfiance commune, odeur du passé; personne ne t'entend crier dans les ténèbres. Il est à tout un chacun de te voir t'égosiller sans son qui sort de ta gorge sèche.
Pas celle qu'il attendait. On ne s'attend jamais au destin.

Crispé sur son arme, il la voyait. Les rues ne sont pas sures. Elles sont irrégulièrement pavés. Chaque pierre a une histoire, mais si on devait toutes les écouter on ne verrait jamais le paysage qui nous entoure. C'est à ça que ressemble ton visage? Tu n'es pas cette magnifique petite fille que j'attendais.
Tu n'es pas cette femme que j’espérais.
Stupide, stupide rêves que je ne fais plus. Car je n'arrive pas à dormir.

Combien? Combien y'a t-il de cadavres autour de nous? Pourquoi tu t'en fiches à moitié? C'est ton travail non? Tue moi, et qu'on en parle plus. Je le mérite tellement, qu'elle serait seule. Est-ce la raison pour laquelle je suis envie? La raison pour laquelle je tente de redresser la courbe du temps assez fort pour faire demi-tour sans jamais y arriver.

"Hélène..."

J'aurais aimé ne jamais te rencontrer. Car cela signifierais que tout ceci ne c'est jamais produit. Maintenant, et Hier.

Il mit son épée gigantesque sur son épaule, alors qu'il lui tourna lentement le dos.

"Rentre chez toi. Tu n'es pas de taille."

Il se mit à marcher, alors que les mots de la jeune fille qui avait protégé ces enfants. Cet enfant, le percutait. De plein fouet, faisant violemment battre un cœur mort dans l'esprit d'autant de gens. Ça ne lui prit même pas un mètre que de s'arrêter. Mais il fallait se voiler la face, ne pas se retourner.
Ni honte, ni fierté. Même pas une façon de se comporter ou de vivre.

Juste que, quand on ne peu pas regarder quelqu'un en face... Il y a...

Il aurait presque voulu rire, se gausser d'une telle brutalité des sentiments. Se borner à croire qu'une enfant vous comprendra assez pour venir vous chercher et vous demander d'arrêter. Mais non, à la place, c'est cette fille.

Cette fille là.

Quelqu'un qui peut chanter sans retenue pour calmer des enfants, alors qu'elle est elle même effrayée jusqu'à s'en glacer le sang. Une fille qui s’octroie le droit de protéger des inconnus. Juste parce que c'est bien. Alors que c'est la fin du monde dehors. Quelqu'un dont il ne connait rien.


"Notre fille nous ressemble tellement."

Alors j'ai peur pour elle. Une seule part de ce que je suis, et c'est finit? Où est ce que j'étais? Rendez le moi. Seul, je n'y arriverais pas...

Seul.

"Aide moi."


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 5 Jan - 21:14

    Il se souvenait de son prénom. Pourtant le mot sonna creux. Comme si ce n’était pas elle qu’il appelait. Comme s’il avait espéré appeler quelqu’un d’autre, comme s’il avait eu, ce fou, l’espoir de voir apparaître ces êtres chers qu’il lui était à présent interdit de voir. Auquel il s’octroyait à peine le droit de penser. Parce qu’il s’imaginait qu’il ne le pouvait pas.
    Mais que savait-elle de lui au juste.
    Des légendes, des histoires qu’elle entendait alors qu’elle était toute jeune fille. Ces histoires qui font peur le soir au coin du feu. Ou ces histoires qui rendent encore plus triste après la douleur d’un chagrin d’amour.
    Que savait-elle des douleurs de cet homme, dont elle avait protégé l’unique enfant sans le savoir.

    Elle se souvint avoir réuni tous les bambins dans le grand salon. Elle se souvint avoir fermé toutes les fenêtres, toutes. Et puis, les rideaux, les volets. Pour ne pas qu’ils voient le sang, pour ne pas qu’ils entendent les cris. Elle se souvint leur avoir raconté des histoires des heures durant, avoir chanté, leur avoir fait une grande soupe avec des légumes qu’ils avaient épluché tous ensemble, très mal. Mais que la soupe avait paru bonne.
    Puis elle les avait tous couchés, avec un doux baiser sur le front pour chacun. Puis elle était sortie. Dehors, il pleuvait. Au moins aussi fort que ce jour-ci. La pluie avait nettoyé tout le sang, et il était là, au milieu des cadavres, immobile. Elle l’avait fait rentrer dans l’établissement, et lui avait donné le dernier bol de soupe qu’elle avait gardé. De toute la soirée il n’avait demandé qu’une seule chose. Son nom. Après qu’elle eût répondu, il lui avait donné le sien. Puis il était parti.

    Elle avait voulu le retenir.


    Parce que dans son sommeil, la petite fille aux cheveux si blancs avait réclamé son père.


    Rentre chez toi, disait-il. Elle ne bougea pas. Ne cilla même pas. Elle respirait à peine. La pluie, à nouveau, devenait violente. Elle le voyait à peine. Mais elle le vit s’arrêter. Pourquoi s’était-il arrêté. Lui-même qui lui ordonnait de partir alors qu’elle était déjà chez elle. Dans sa ville, à protéger ceux qu’elle aimait.
    Lui ne faisait que se détruire, encore, et encore, et encore.
    Et encore.

    Et encore.

    Ils restèrent l’un en face de l’autre, pendant un temps qu’on ne saurait dire. Dayn, toi-même tu ne sais pas ce que tu fais ici, n’est-ce pas. Tu ne sais pas pourquoi tu es là. Tu veux expier tes erreurs. Mais te perdre dans le sang et le meurtre n’arrange rien. Tu le sais sûrement. Et tu ne vois plus rien. Tu ne vois plus les rictus d’agonie de ceux qui te supplient de ne pas les achever. Tu ne vois plus la pluie qui tombe et ruisselle sur tes cheveux d’argent. Tu ne vois plus le futur sans ceux que tu as dû abandonner.
    Alors pourquoi, à cet instant, est-ce que tu me vois.


    L’aider. Elle devait l’aider. Lui, le honni, le paria, celui dont tout le monde chuchotait le nom avec effroi, ployait. Il ployait sous le poids de son cœur qu’elle avait fait battre, alors qu’il voyait en elle un souvenir perdu.
    Lentement, elle fit un pas. Puis un autre.
    Elle tomba en trébuchant le long d’un corps. Elle se releva courageusement, ruisselante de l’eau brune des pavés, brune par la poussière et le sang. Ses prunelles noisette restaient brillantes.


    « Elle va bien. »
    Elle avait volé jusqu’à la vieille bâtisse, quelques semaines plus tôt. Elle avait rapporté un grand bouquet de fleurs des champs, une pour chacun d’entre eux. Puis ils avaient arraché chacun des pétales, et en avait laissé partout, dans chaque couloir, sur chaque lit. Un sourire peint sur le visage de chacun d’entre eux.
    « Elle grandit. Son visage est aussi doux qu’une lune d’été. Son sourire… »

    Elle avança encore d’un pas, diminuant la distance qu’il y avait entre eux. Elle ne faisait pas attention à ce qui se passait autour d’elle. Ne faisait pas attention aux ombres qui les entouraient, témoins du massacre tout juste commis. Elle continua d’avancer. Le noir n’était pas là. La pluie n’était pas là. Seule cette tristesse, qui absorbait tout, qui ne le faisait plus qu’osciller entre la vie et le néant. Le Faucheur était déjà mort. Il ne faisait que vivre l’ombre de sa vie. Il ne faisait que se noyer dans des douleurs trop grandes, et préférait tout oublier, s’oublier dans une violence fauve, plutôt que de se remémorer. Car c’était cela, n’est-ce pas.
    Encore un pas.

    C’est ça que tu veux, tu veux retrouver un chemin. Pas spécialement un chemin droit et sans soucis. Tu pourrais endurer des peines et des cris. Mais tu ne peux plus endurer ce vide. Ce vide qui te fais oublier que la solution n’est pas si loin. Que le pouvoir n’est pas si grand.

    Puis finalement, elle arriva jusqu’à lui.

    Elle avança la main doucement, et caressa les cheveux à l’arrière de la tête. Puis elle attira délicatement cette tête vers elle, approchant ses lèvres de son oreille.


    « Son sourire t’attend. »


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 5 Jan - 21:36

Il fit non de la tête. Voilà, c'était aussi simple que ça. Un bref et vif mouvement de tête qui veut à la fois tout et ne rien dire. Parce que c'était ça, une vie qui s'était construite sur un passé bancale et une fortune délogée de sa roue.
Pour certain, avoir du talent est de la chance. Pour d'autres, avoir de la chance n'est autre qu'un talent.
Il avait le talent, pas la chance.

La seule chose qui s’effondrait ici, était la pluie. Lui, bien droit face à ces rues sales. Ces bâtiments peu entretenus. Ce sang qui perle. Cette fatalité d'existence.

Un génie se doit d'être doué en l'art de tout, même en celui de manier les mots pour s'exprimer avec clarté aux yeux de ceux pour qui l'ont souhaite se faire confiance. Pourtant, cette gorge serrée comme lors d'une suffocation intense. Un manque d'air, improbable tentative de retourner en arrière pour respirer un élément essentiel à la survie. Être déjà mort, aujourd'hui comme demain. S'en contenter, lutter pour sortir du cercle infernal. L'enfer est sur terre, vouloir voler. Tomber, se relever. Avancer encore.
Ne plus réessayer.

Qui que tu sois. Même si je te connais. Montre moi un chemin. N'importe lequel.
Il sera meilleur que le miens.
Et je ne le suivrais pas.

Je te tuerais, même Toi. Si tu te mets en travers du peu qu'il me reste. Autant que je t'aimerais, Toi, si tu fais quoi que ce soit. Bénéfique égoïstement? Non, par durant le prochaine seconde qui ne sera que silence. Une confiance, une confiance aveugle. Totalement, si l'on peut dire. Parce tu l'a déjà fais une fois. Proche de mon cœur, tiraillé au loin par autre chose. Ça retentit.

Encore.

Et encore.

Puis je te demander de sortir de ta voie? C'est drôle non? Demander à quelqu'un de rendre un service juste aux innocent revient à le forcer; à tâtonner son cœur au fer brulant. Laisser une marque de culpabilité.
Du sang, encore et toujours du sang. Inlassablement, ça ne s'arrête jamais. Pensait-on que les hommes pouvaient marcher sur l'eau? Ah non. Leur essence ne se nourrie que des rues pleines de sang. Fictif ou réel. Cet homme vivait au jour le jour pour avoir encore le droit d'exister parmi les humains, tout en étant un monstre.

"Nombreux sont les hommes qui jouent à être Dieu. A pouvoir jouir de la destruction de ses créations."

Il soupira longuement, et se retourna, jetant son épée sur le côté. Tendant les bras, de part et d'autres, à la verticale de son torse:

"Je ne suis pas comme ça. Je ne joue pas à Dieu, parce que je ne crois même pas en lui."

Il ferma les yeux, baissant un peu la tête:

"Alors, tue moi."


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 5 Jan - 22:09

    Non. Un simple non. Elle sentit les cheveux bouger sous ses doigts. Quoi. Non. Tu n’entends rien. Tu ne veux rien entendre. Tu ne veux plus entendre. Tu es borné, borné jusqu’à la stupidité. Tu t’enfermes dans ton malheur. Tu restes droit et fier dans ton malheur. C’est triste, c’est si triste.
    Plus triste que la mort du héros d’un roman. Plus triste que le cri d’un enfant appelant sa mère. C’est triste, car tu ne t’en rends pas compte.


    « Alors je vais pleurer pour toi. »

    Le murmure n’atteint peut-être pas l’oreille. Ses mots n’atteignent peut-être pas son cœur. Sûrement ne voit-il pas ces larmes qui ruissellent sur ses joues. Elle pleure sans bruit, sans sanglot. Elle pleure juste, tout ce qu’il lui inspire. Tout ce qu’elle a vu de lui. Elle pleure en pensant au visage de poupée de cette petite fille. Une poupée de porcelaine, si facile à briser. Dans l’attente d’un père qui ne reviendra jamais.

    Puis il souffla quelques mots, s’écartant de son étreinte. Parla d’homme, de dieu, de détruire, de créer. Oui mais que créent les hommes si ce ne sont des choses qu’ils peuvent détruire ? Une construction s’abat. Un souvenir s’efface. Un sentiment se perd. Mais il ne tient qu’à nous de consolider les murs, de se remémorer, d’entretenir un ressenti.
    Il existe tant de mots pour détruire, et si peu pour créer. Pourtant, la création est si belle. Sa fragilité émeut. Ne s’en rend-il donc pas compte ? Non, toujours pas.

    Il s’écarta encore, concluant sur ses croyances. Inexistantes. La jeune femme ne sentait même plus les larmes chaudes ruisseler sur ses joues tant la pluie les effaçait sitôt qu'elles naissaient au creux de ses yeux. Elle fronça légèrement les sourcils.


    « Pourtant tu ne fais que détruire ce que les autres ont créé. »
    Elle serra le manche de sa lance jusqu’à s’en blanchir les jointures.
    « Ce n’est pas que tu ne peux plus créer. C’est que tu ne sais plus comment. »
    Créer des sentiments, créer de l’espoir, créer un modèle, créer une façon de vivre, créer une enfant aux cheveux plus blancs que la neige des monts… Puis tout détruire, pour des raisons qu’elle ne connaissait pas, qu’elle ne voulait pas savoir. Peut-être avait-elle moins vécu. Peut-être avait-elle moins ressenti la lourdeur des malheurs. Mais elle en avait suffisamment connu pour savoir à quel point il est important de ne jamais baisser les bras.

    Ce qu’il vint de faire.

    Tue-le. Tue-le. Les yeux d’azur et de rubis, totalement éteins, n’attendent qu’une vague délivrance dans ce qu’elle s’apprête à faire. S’il venait à mourir, il détruirait la seule personne au monde qu’il aimait encore. S’il venait à survivre, il détruirait tout le monde sauf elle. Mais elle se détruirait de le voir ainsi.
    La boucle était infernale, vicieuse. Il était impossible de s’en extirper seul.

    Et Hélène devait porter cette décision sur ses épaules. Son bras trembla ; elle manqua de lâcher sa lance. La pointe d’argent effilée brilla brièvement.


    « Tu es égoïste. »
    Elle s’approcha, et, plus vive qu’une rafale de vent, se baissa pour faucher les jambes de l’homme avec son pied. Il se laissa faire. Se laissa tomber, la tête en arrière, presque satisfait. S’il connaissait encore la satisfaction.

    Mais sa tête ne heurta pas le sol. Elle resta maintenue par cette main gantée, appartenant à cette fille accroupie au dessus de lui, un sourire plein de mélancolie gravé sur ses lèvres pâlies par la pluie. Le bras tenant la lance tremblait toujours autant. Les larmes coulaient, toujours aussi invisibles. Elle posa doucement sa tête au sol, puis posa sur son front les doigts ayant pris la forme d’un pistolet un coup.


    « Pan. »
    Meurs. Ne meurs pas. Non. Mieux. Revis.

    D’un coup sec de son bras qui lui arracha un cri, elle lança son arme vers la gauche, résultant en la chute mate d’un corps. Le cadavre, armé de deux dagues, avait sur son torse nu le tatouage sombre d’une guilde obscure de Mélior.

    Puis elle n’en put plus de cette mort ambiante. Doucement, elle se mit à sangloter, et sembla s’écrouler sur son torse, frappant celui-ci de ses poings crispés.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Dim 15 Jan - 18:04

Encore de la pluie. Était-ce de l'eau ou du sang? De l'eau ou des larmes? Stupide monde. Il faut en finir. Avec tout ça, parce que c'est le seul moyen. Pourquoi tant de gens veulent-ils sa mort et personne n'est-il capable de lui donner? Pourquoi se sent-il tant affecter par cette envie de vivre, vie qu'il déteste tant. Où sont les bons côtés? Nul part, car ce monde est une sphère.

Je ne ressens pas la pluie. Parce que je suis assoiffé par ton amour. Je ne ressens pas cette pluie; parce que je ne vois plus que des larmes de sang.

L'humanité est une tâche indélébile sur la pureté d'une terre blanche comme la beauté. Et elle se débat, tentant de se sauver de la noyade. Elle lutte contre les monstres, appliquant une justice personnelle pour se rendre propre. Quand la pire des choses estime que tu es pire qu'elle... Et qu'elle a raison. Que faire?

Sans doute que la mort n'est pas un châtiment assez doux.

Alors il attrapa cette jeune demoiselle qui n'avait rien fait. Il serra ses doigts autour de sa gorge, en fermant les yeux. Se relevant, lentement, l'entraînant avec elle comme si elle n'était qu'une brindille. La portant à bout de bras, au dessus du sol. Sa poigne telle une étreinte, les coups reçu le laissant de marbre. Il soupira longuement, et d'un large mouvement d'épaule, roula toutes les articulations de son bras pour la projeter violemment au sol sur le côté.

Son aura avait changée. Elle était...



Il alla lentement prendre son arme. Se penchant sur la poignée, la saisissant. Il se mit droit, la brandissant tel un guerrier. La pluie ruisselait sur la lame, sur tout son corps. Il prit position, bras armé arqué en arrière. Puis d'un autre mouvement puissant, il la propulsa toute droite. Cette dernière atterrit dans le sol, pulvérisant les pavés, éparpillant la terre en dessous. Noyant Hélène dans un nuage de poussière après lui avoir causé une maigre estafilade gelée sur la joue droite:


"Ne regarde pas ailleurs."

Il avança lentement vers elle, tel le démon lui même incarné sur terre. Une forme de néant, quelque chose qui ne semble que vouloir détruire l'existence propre des choses.
Il lui attrapa le bras, pour la relever d'un coup sec et la renfoncer dans le sol de son autre poing venu de l'élan même rencontrer son visage. Avec nul autre chose que de la puissance.

Il se remit de nouveau droit, faisant faire à sa nuque un mouvement bref et concis faisant craquer ses vertèbres dans un bruit horrible, inhibé par la pluie.

Ne regarde pas ailleurs, quand le monde brûle.

Une flèche siffla prêt de son oreille, se planta dans le mur en face. Il fit face à cette nouvelle menace imminente. Un escadron de cinq gardes, attirés par le bruit. Ses yeux mi-clos jugèrent la situation au même moment où il se penchait vivement sur le côté, esquivant une autre flèche. Et il fut lancé. A pleine vitesse, vers ces hommes qui tiraient leurs armes de corps à corps.

Elle est fière, la garde de Mélior. Elle a de l'honneur.
L'honneur ne sert à rien pour les morts.

Il contra la première lame en rentrant dans la garde même de l'homme, son coude bloquant son bras alors que la main au bout attrapait sa nuque. L'autre son menton. Et d'une simple pression brutale, le tout se brisa en arrière. Il ne lâcha pas la nuque du garde pour autant, s'en servant comme bouclier pour encaisser deux coups d'épée avant d'aller bloquer ces deux là d'une simple poussée.
Les deux encore libres virent leurs attaques esquivés, l'un son bras brisé, un pied le calant au sol et la force brute arracher ce dernier du reste de son identité. L'autre se vit ensuite tabassé à mort par l'attribut de son collègue. Un cœur arraché, un jambe brisée, des yeux broyés...

Des cris, du sang. De la mort et de la pluie.

Il refit face à Hélène, jetant le membre atrophié derrière lui avec dédain.

Il ne restait que le bruit de la pluie, claquant sur les pavés et toitures. Ainsi que celui de ses pas.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Dim 15 Jan - 21:56

    Elle était là, prostrée, à frapper faiblement de ses poings crispés le torse de cet homme qu’elle connaissait à peine, mettant sans le savoir toute sa tristesse dans chacun des maigres coups qu’elle lui portait. La pluie qui s’abattait sans cesse sur elle l’affaiblissant, elle ne voyait pas le vent tourner. Elle ne voyait pas le regard d’azur et de rubis se durcir, elle ne voyait pas la poigne ferme se tendre vers elle. Elle ne voyait rien, la pauvre enfant qui tentait de comprendre comment cet homme était devenu ainsi. Elle ne voyait rien, cette petite fille qui avait autant d’influence sur lui que le soleil avait d’influence sur cette nuit pluvieuse et sans lune. On pourrait rétorquer que le soleil se lève. Mais ce soleil-ci était résolument couché dans des nimbes de tristesses inatteignables, inimaginables pour un astre qui peut tant briller.

    Elle était là. Juste là, à pleurer, et lui n’y prêta pas plus longtemps attention.
    Les doigts se refermèrent en un étau serré autour de sa gorge blanche. Un étau bien trop serré. Il se releva, la portant par le cou comme si son poids n’était rien devant sa force. Elle, suffoquait à peine. Ne disait rien, poupée de chiffon sous le poids d’une violence trop grande. Elle plierait juste. Serait à peine décousue. Il faudrait juste réparer. C’était facile. Hein. Hein. C’était presque facile.
    Elle se sentit voler, et son corps heurta violemment les pavés ensanglantés. Ces pavés qu’elle avait courageusement franchis rien que pour lui. Ces pavés qui la recouvraient d’un sang opaque qui n’était pas le sien. Ces pavés qui déchiraient la jolie peau de son visage. Et cette épée qui atterrit juste à côté d’elle. Cette épée, cet instrument de mort divine qui l’avait frôlé. Et lui qui parlait.
    Il reprit son bras sans ménagement, et il la frappa. Avec force. Sans retenue. Le poing percuta la joue, au niveau de la pommette. Elle se sentit désarçonnée, comme si la violence du coup avait expulsé son esprit de son corps. Elle se vit retomber violemment sur le sol alors que l’épéiste se préparait à faire face à la garde de Mélior. Liam. Son pégase avait du s’alarmer de la longueur de son absence.

    Elle, couchée sur le ventre, la pluie battant à son oreille, le sang pulsant au niveau de sa joue, le souffle faible, elle regardait, sans expression, les hommes se faire tuer. Que dire. Massacrer. Sans vergogne. Sans remords. Sans une once d’humanité. Elle n’avait même plus la force de pleurer. Mais que faisait-il donc. Elle qui avait choisi d’épargner sa vie alors qu’il lui avait offert de la lui prendre. N’était-il ébranlé par plus aucun sentiment humain. Elle ferma sa main droite. Le gant s’était déchiré contre la pointe d’une arme. Une très fine estafilade courait le long du dos de la main. Mais elle continuait de regarder. Elle ne… regardait pas ailleurs.

    Le voilà, devant elle. A ne plus bouger. A attendre que tout passe. Ou que rien ne se passe, afin qu’il puisse s’en aller. Pour de bon.
    Non !
    Non, il ne devait pas s’en aller. Quelque chose en elle bouillonnait, refusait qu’il s’en aille. Il y avait encore trop à faire, trop à dire. Il fit un pas. Un autre. Chacun l’éloignant d’elle. Et elle se releva.


    « Non… Attends ! »

    A qui criait-elle donc cela. Lui qui n’était attendu de personne, pourquoi donc attendrait-il quelqu’un. Elle se mit à courir. Il ne marchait pas vite. Elle le rattrapa, dérapant presque, se retenant à son long manteau rouge pour ne pas tomber, encore une fois. Elle leva vers lui des yeux encore trop vides pour être lus, mais trop pleins de volonté pour ne pas être regardés.
    « Je n’ai pas regardé ailleurs. »
    Elle se crispa sur son manteau, encore flageolante, ne parvenant pas à reprendre ses esprits face à l’horreur du moment, face à la force du coup. Mais elle était certaine d’une chose. Il y avait quelque chose à sauver en cet être. Quelque chose de beau et brillant, qui n’aurait jamais dû disparaître.

    « Alors regarde-moi. »

    Il coula un regard vers elle. Un regard qu’elle ne parvint pas à déchiffrer. Lentement, elle leva la main, comme pour le frapper. Il ferma les yeux, attendant le coup, qui ne serait rien, qui n’aurait aucune force malgré toute la volonté qu’elle mettrait dedans.

    Car il était capable de la briser.

    Tout comme elle pouvait le faire changer.

    La main s’arrêta net dans son élan, alors qu’elle se posait sur sa joue avec une délicatesse et une douceur extrêmes. Comme la main d’une mère se posant sur la joue d’un enfant pour le consoler. La paume était chaude et douce, dévoilée qu’elle était par le gant déchiré qui l’avait maintenue au chaud pendant toute la journée.
    Son regard se voila, et elle sentit à nouveau qu’elle avait envie de pleurer. Elle se mordit les lèvres doucement pour tenter de se retenir.


    « Un jour, je tuerai la bête qui a fait ça. »

    Elle parlait des membres épars, des vies fauchées comme des brins de blé coupés avant la maturité. Elle caressa doucement le visage de l’homme, son corps ayant de plus en plus de mal à supporter l’horreur et la tristesse qui l’emplissaient.

    « Mais ce n’est pas toi que je tuerai. »


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Mar 17 Jan - 22:30

Il n'y avait plus aucune raison. Alors les notes se faisaient plus rares, la partition plus lente. Le sang ne battait plus le rythme. Le bruit disparaissait, le bourdonnement s'affaissait. Il était obstrué, inhibé par une caresse. Élégante estafilade, sang d'autrui perlant sur un visage meurtri. Tué par le temps, tué par le destin. Tragique. Oui, il serait tragique de dire qu'un revers est pire qu'une gifle, quand il est porté ainsi. Un revers du destin.

Alors oui, il aurait bien voulu lui dire qu'il était meilleur que ce qu'il faisait. Oui. Si seulement il avait le moindre souvenir de sa venue ici. Le si du pourquoi, le comment du parce que. Pourquoi l'eau balayait le sang, en ces lieux différents des précédents. Tant de haines et de regrets, concentrés au même endroit. Sans raison, sans justification autre que cette main purificatrice d'un mal subjectif. Tout comme celle qui le touchait, amer sensation du retour à la réalité. Pourtant, rude et filandreuse. Si douce, sans raison palpable. Parce qu'il faudrait être fou pour oser toucher un rêve du bouts des doigts. On ne fait que l'effleurer, pour pouvoir continuer à lui courir après. Alors pourquoi? Pourquoi?
Ça ne devrait être qu'une rêve. Parce que cela signifierais que tout cela n'était jamais arrivé.

Et pourtant...

La pluie si froide. Cette main si chaude. Il ferma les yeux.

Cet endroit est si vide. Il ne savait pas pourquoi cela devait si mal se passer. Toujours, encore et encore. A croire que c'était dans son âme.
Mais peut-être... Peut-être que ce n'était qu'un jeu, une roue qui tourne inlassablement pour apitoyer cette pauvre fille qui croit pouvoir arrêter une bête sanguinaire à main nue. Une fille qui irrémédiablement, ce prend pour une sorte de Dieu. A vouloir régner sur l'existence d'autrui. Certes un bon Dieu, oui. Pour étancher la soif du mauvais qui réside en nous, afin que plus jamais il ne soit saoul...

Saoul, saoul, saoul... Il devait boire. Pour oublier. Fantasque réalité, fantasmes irréalisables. Seulement parce que c'était comme ça. Parce qu'il ne supportait pas tuer. Parce qu'il ne supportait pas les larmes de cette fille.

Et parce que le ciel lui même pleurait de sa venue.

Alors il garda les yeux fermés. Et de ce qui lui restait d'humanité, il se tourna vers elle. Une de ses mains vient enrouler son dos, l'autre l'intérieur de ses genoux. Car il fallait partir d'ici. Parce que si elle voulait vaincre le monstre, il fallait qu'elle reste en vie. Et dans ce champ de mort, la vie était ailleurs.

Il marcha longtemps, loin. Peu importe où. Il fallait juste, aller loin... Parce qu'il tentait d'être parfait. Il est si dur d'être seulement un homme bon quand on est le diable.
Pourtant, la Déesse seule savait qu'il détruirait tout ceux qui entraveraient ses pas actuels. Non pas par la mort, mais par un long sommeil provoqué par un événement rapide et douloureux. Parce qu'on l'avait forcément vue, et on les verraient forcément. Une représentante de l'ordre refusant de tuer le plus grand criminel de tout les temps.
Non, non, non... Plus de morts inutiles.

Il aurait simplement pu mourir de la main d'autrui. Mais quel était l’intérêt, si personne ne savait que les rêves volent bien plus haut que le ciel. Et que les rêves...

Donnent des ailes.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Mar 17 Jan - 23:25

    « Dayn… »

    La voix était faible, voilée. Elle regarda ses yeux se fermer, perdu dans ses pensées, concentré sur cette main sur sa joue. Peut-être qu’il ne savait pas qu’en penser. Peut-être qu’il ne pensait rien. Il valait mieux ne rien penser, qui sait. Cette pluie battante à leurs oreilles, ce sang autour d’eux, cette violence dans l’air, qu’il n’arrivait pas à dissiper malgré tout ce qu’elle faisait. Que faisait-elle.
    Elle qui avait pour devoir de l’arrêter. Elle qui devrait porter la main sur lui. Elle, elle seule, peut-être l’unique garde qui aurait jamais eu la véritable occasion de tuer le Faucheur. Elle ne l’avait pas fait. Elle s’était comme perdue dans les limbes de sa bonté à elle, de sa tristesse à lui. Elle avait baissé son arme, elle avait préféré écouter son cœur. Son cœur qui lui disait qu’il y avait quelque chose à sauver dans cet homme.

    De quel droit avait-elle le droit de penser cela.

    Par sa faute, cinq gardes de Mélior avaient trouvé la mort. Et tous les morts à venir poseraient leur poids sur ses épaules. Si fières ces épaules soient-elles, si pleines de grâce et de bonté, ces épaules ne sauraient contenir toute l’amertume et le regret bien longtemps.
    Et pourtant. Pourtant il la crut. Il sembla porter un intérêt en ses paroles, comme si quelque chose l’avait touché, quelque part au fond de lui-même. Il la souleva comme si elle ne pesait rien, de façon beaucoup plus douce qu’un peu plus tôt. La pommette de la jeune femme avait rougi et gonflé sous l’impact du poing fermé. Mais elle ne s’en souciait guère. Comme elle ne se souciait guère de sa lance qu’ils laissaient là, perçant la poitrine d’un quelconque assassin venant lui aussi faire un pas avec la Mort sur la piste de danse du Destin.

    Ils s’en allaient. Ils fuyaient cette danse.
    Elle passa ses bras autour du cou de l’homme, se blottissant contre son torse, soulevé parfois par de maigres inspirations. Malgré tout, elle était certaine qu’il était encore un homme. Car il dégageait tant de chaleur… Sa joue glacée n’était qu’une apparence. Lui-même étant encore plein d’une vie qu’il ne réalisait pas. Qu’il n’acceptait pas.
    Elle trembla un instant, puis se ressaisit. Il faisait moins froid que sur cette scène terrible.

    « Tu es capable d’apporter de la chaleur aux autres. »
    Les mots n’avaient été que chuchotés, parfaitement couverts par le bruit de la pluie claquant sur les pavés. Ils étaient là, dans les rues sombres et tortueuses, évitant pour le moment toute âme humaine. Mais viendrait le temps où on les retrouverait.
    Elle ne pouvait pas lui proposer de venir chez elle. Elle ne pouvait pas impliquer sa mère, son frère… Et puis, son petit neveu qui était né peu de temps plus tôt. Elle ne devait pas leur apporter l’assurance d’un malheur. Elle leva les yeux vers le ciel. Ce ciel si pur, si beau. Si noirci par la nuit, si déchiré par les éclairs. Elle lâcha le cou d’un de ses bras, et porta deux doigts à ses lèvres gelées.

    Le sifflement fut long, à peine audible. Ils n’auraient pas beaucoup de temps. Certes. Mais ils en auraient largement assez.
    Un battement d’ailes les repoussa contre le mur d’une maison silencieuse. Hélène posa une main sur le bras du Faucheur alors que sa main se tendait vers sa gigantesque épée. Elle s’échappa doucement de ses bras, puis, le tirant par une manche, elle le mena vers son cheval ailé. Le pégase posa sur l’homme de rouge vêtu un regard qui ne portait ni haine, ni peur. Seulement une confiance aveugle envers sa maîtresse qui avait toujours su faire les choses comme elle l’entendait. Quitte à prendre tous les risques.

    Elle prit la main du criminel.
    Puis le poussa à monter sur la selle. Elle lui mit les rênes entre les mains, puis elle chuchota au gracieux animal une destination. Puis elle se mit en croupe, tournant le dos au ciel, tournant le dos à son compagnon. Elle pressa doucement les flancs de l’animal, et ne conserva son équilibre qu’en serrant ses jambes autour de lui.
    Liam déploya ses grandes ailes blanches, et s’envola.
    Un éclair déchira le ciel, dévoilant le pan de manteau rouge. Déjà, une pluie de flèches volait vers eux. Non, non. Il fallait tenir. Il fallait encore tenir.
    Hélène tentait de dévier les projectiles grâce à ses gantelets, seule protection qu’elle avait à présent pour protéger son pégase des flèches. L’une d’entre elles perça le mollet de la jeune femme, alors qu’une autre se fichait dans son épaule gauche.

    Les cris moururent dans sa gorge. Elle hâta le cheval, qui fila droit dans les ténèbres, bientôt caché par un épais cloaque d’obscurité qui les protégea.
    Hélène soupira et relâcha son attention, se reposant quelques instants sur le dos du Faucheur. Cette nuit-là, elle était malgré tout parvenue à faire deux choses.
    Elle avait sauvé Mélior du Faucheur.
    Elle avait sauvé le Faucheur de Mélior.

    Et puis surtout, elle tentait de se raccrocher à ce rêve un peu puéril, un peu naïf, qu’il était bon, qu’on pouvait le sauver. Que tout était possible si on montrait de la volonté et de la détermination.

    Parce que les rêves donnent des ailes…

    N’est-ce pas ?


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 15 Mar - 23:43

Un mouvement ample, rien de plus. Une pluie de claquement métalliques, une protection comme peu pourraient en faire. Mais si son épée avait l'air d'un pavois, il fallait bien qu'il en naisse une utilité. C'est sans regarder, et simplement au son de sifflet que produisait les flèches qu'il s’octroyait la simplicité de les dévier. Car si il s'était concentré sur autre chose que sa main gauche, la droite n'aurait pas pu arracher d'un coup sec les deux projectiles coincés dans la chaire de la jeune femme. C'était la meilleur solution, même si il ne pouvait pas faire un garrot de sa main libre en soutenant la défense vis à vis de l'assaut.

Le son perçait l'ouïe du Faucheur comme une large chanson prise en voix cassée. Le temps accélérait, oubliant de se suspendre à cause de l'adrénaline. Protéger quelque, ce n'était pas aussi facile que d'agir par égoïsme. Une flèche fut instantanément déviée par l'épais fer doublant le cuir de son manteau. Il venait de détruire la vie d'une simple soldate sans plus d'histoire que ça. Sans doutes que ses proches seraient torturés pour qu'il sache où ils se trouvent actuellement. La réflexion fut intense, rapide. Aussi net qu'un coup de couteau en plein cœur:

"Tu dira que je t'ai prise en otage."

D'un mouvement vif, il passa sa main vers les rennes. Il savait pertinemment que Liam s'en rendrait compte. De même que l'animal percerait vers le sol en tanguant pour se dessaisir de son oppresseur. A distance raisonnable, il se lâcha juste de la prise de ses jambes sur l'animal pour fondre vers la terre molle et humide:

"Emmène la loin. J'arrive."

Compatissant ou non, si ce n'est la bête, la cavalière comprendrait que sous peu, il ne ferait plus la différence entre alliés et ennemis.
Il se rétablit au sol, peu importe comment, et tira sa lame jusqu'à poser son dos contre son épaule. Il faisait face à plus d'hommes que jamais, des gens innocents et avec une vie en dehors du travail. Malheureusement un honneur qui pousse à la mort.
Il les frapperaient du dos de la lame, mais quelque uns n'y survivraient pas.
Qu'il était déprimant d'être le siège d'une ville qui offrait confort et sécurité à sa propre fille. Peu importe.
L'égoïsme n'a aucune limite. Il savait que si il ne la protégeait pas maintenant, Hélène perdait tout. Et quelque part il s'en fichait. Quelque part, entre l'obscurité et la bête. Il ne fallait pas succomber.

Il se mit à courir, et ceux habitués à la guerre ne surent agir contre un seul et même ennemi. L’expérience fait la différence. Seulement, ils étaient beaucoup. Et s'empêcher de tuer demandait bien plus d'énergie et de concentration qu'il n'en avait:


"Ce ne sont que des insectes. N'est pas un monstre qui tue un nuisible.
-Personne n'a le droit de décider de la vie d'autrui!"

Qu'est ce qui pèse le plus dans la balance? Ils étaient beaucoup a gire au sol. Comme un seul homme, fier de son repos forcé après l'effort; d'aucun ne devrait-être mort. Encore une dizaine peut-être, et il pourrait fuir sans qu'on ne le poursuive trop. Que l'effectif ne fasse pas la force, avec ses archers qui visent si mal et les épéistes trop peu confiant à risquer de frapper leurs allier. Pourtant loin d'être faible, il avait déjà perdu au moins un litre de sang. Tout ce temps à ce retenir, ce serait bien trop long d'attendre plus.
Achevant dans le sommeil la dernière vague venue, il se retourna pour se mettre à courir loin d'ici.
Si ils le laissaient partir, il y aurait au moins un peu d'honneur à avoir repoussé le Faucheur. Mais si il retrouvait Hélène et qu'on les trouvaient. Alors il n'y aurait pas de survivant.
Foutu choix.
Il ne pourrait pas courir trop longtemps.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Ven 30 Mar - 16:13

    La plainte sourde de sa chair meurtrie sifflait à ses oreilles. Elle serra les dents lorsqu’elle sentit l’acier mordant se retirer de ses muscles d’un coup, arrachant des lambeaux de peau, et faisant voler du sang vermeil dans les profondeurs de la nuit. Elle ne hurla pas, concentrée qu’elle était sur la largesse de la lame qui les protégeait alors. Elle ne hurla pas, pauvre enfant, toute perdue qu’elle était à l’idée qu’il prenne parti de lui venir en aide, lui qui n’approchait jamais personne. Elle ne hurla pas, pour ne pas attirer l’attention sur eux. Ce silence serait le plus pur joyau que leur offrirait cette nuit pluvieuse.

    Les gouttelettes d’eau s’insinuaient sous ses vêtements, léchant les plaies fraîchement ouvertes comme autant de petites langues froides et délicates. Elles étaient vicieuses, empêchant le sang de coaguler comme il le faudrait. Ses poings ses crispaient et se décrispaient, emplis de spasmes dus au stress de la situation. Il fallait réussir à tenir, réussir à être forte. Il ne méritait pas. Personne ne mériterait d’être ainsi pourchassé, traqué, tous les jours que les déesses font. Elle ne connaissait rien de lui, mais avait suffisamment perçu pour être convaincue qu’il y avait du bon dans cet homme, que ses soifs de sang n’étaient que le fruit de trop de douleurs, trop de malheurs qui se seraient abattus trop tôt, trop forts, sur des épaules qui n’étaient alors pas assez solides.

    Ses mots claquèrent dans le silence, à peine soufflés, mais aussi tranchants que l’acier. Elle hocha la tête, sentant les larmes emplir ses yeux. Oui. Si elle voulait garder sa vie telle qu’elle la connaissait, elle se devait de raconter qu’elle avait été enlevée. Si elle ne voulait pas devenir à son tour une hors-la-loi, une paria, personne ne devrait jamais savoir qu’elle avait tenté de lui venir en aide. Qu’elle avait tenté de lui parler. Qu’elle avait même refusé de le tuer, alors qu’il avait ouvert les bras devant elle, prêt à abandonner cette vie à laquelle il continuait à s’accrocher, sans savoir pourquoi. Sans vouloir le savoir.

    « D’accord. »

    Il sauta lestement du pégase, qui reprit un peu de hauteur alors que l’imposant épéiste touchait souplement le sol, portant son immense épée aussi légèrement que s’il s’agissait d’une brindille. Puis il disparut dans la nuit, courant vers Melior, vers les gardes qui devaient encore les pourchasser. Elle espéra un instant qu’il n’en tue aucun. Comment le pourrait-il. Il n’était qu’un être humain. Un pauvre être humain avec ses faiblesses. Trop de faiblesses.
    Elle talonna doucement Liam pour le faire descendre en direction de l’épaisseur d’un grand bosquet de plusieurs hectares. Elle y serait bien.

    Ses pieds légers foulèrent le sol délicatement. Ses bottes s’enfoncèrent légèrement dans la terre meuble, et une lourde odeur de pinède mouillée emplissait l’atmosphère. Elle resta un moment à regarder la cime des arbres qui s’envolait vers le ciel d’un noir d’encre. Elle ne savait même plus si elle pleurait de douleur physique, ou de souffrance morale. Sa jambe droite la soutenait à peine. Elle aurait besoin de soins. Mais elle se refusait à utiliser les potions dans sa sacoche. Et s’il revenait. Et s’il était meurtri.

    Insolente enfant, à toujours penser aux autres. Elle qui ne pouvait pas se protéger, qui ne pouvait protéger personne en fin de compte. Elle qui pensait faire partie de cette fière garde qui protégeait fidèlement la belle Melior. Non, elle n’était qu’une brindille stupide, qui faisait front devant l’adversité en pensant que ses bons sentiments pourraient faire pencher la balance. Elle qui pensait qu’un sourire pouvait raviver lors d’un combat. Elle qui croyait que sa simple présence pouvait apaiser les cœurs meurtris. Elle ne l’avait pas apaisé, lui. Elle lui avait simplement apporté des ennuis.

    Prise d’un spasme, sa jambe flageola, et elle s’écroula au sol, maculant d’humus son uniforme déjà tâché de sang et de boue. Elle resta un instant par terre, sans réfléchir, sans souffrir. A savoir à quel point elle voulait se relever, maintenant, tout de suite.

    « Et alors l’oiseau si gracile
    Sentant enfin son heure venir,
    Laissa aller son vol habile,
    Et dans sa gorge son chant périr. »

    Les quelques poèmes d’amour qu’on aimait tant lui chuchoter, et qu’elle écoutait en souriant doucement, lui revenaient en masse à l’esprit. Tous ces mièvres poèmes qu’elle n’écoutait que pour le plaisir des autres, auxquels elle ne prêtait pas vraiment une oreille attentive, elle réalisait à quel point ils avaient tous le même sens. Dussé-je mourir, au moins me faudrait-il une raison.

    Elle se releva.

    Elle parvint à trouver quelques bandages dans sa sacoche. Elle dénoua une de ses jambières et retira la botte constatant la gravité de la blessure au mollet. Elle la nettoya du mieux qu’elle put, y fit un garrot, puis se rechaussa. Elle fit de même avec son épaule, fixant du mieux qu’elle le put son plastron afin qu’il ne meurtrisse pas son articulation abîmée.
    Alors qu’elle finissait son ouvrage, elle entendit un bruit. Au même moment, Liam leva la tête, humant légèrement l’air ambiant. Il semblait parfaitement calme. Il arrivait, cet homme en rouge, laissant derrière lui une trop longue et trop épaisse traînée de sang.
    Elle le vit avancer vers elle, les yeux dans le vague. Peut-être oscillait-il entre la folie sanguinaire et le simple abandon dans son exténuement. Il ne la regarda pas.

    Et lorsqu’il arriva à son niveau, elle ouvrit simplement les bras.

    Il s’y laissa choir, et elle parvint à le soutenir, de tout son petit courage à elle rassemblé pour pouvoir lui venir en aide. Finalement elle ne parviendrait jamais à se défaire de cette envie d’aider ceux qui souffrent, ceux qui pleurent.
    Doucement, elle le fit s’assoir contre le tronc d’un grand et vieux sapin, qui exhalait une douce odeur sucrée et rafraichissante. Elle lui fit boire le contenu de toutes ses potions tout en épongeant le sang des multiples blessures. Personne ne venait les chercher. Mais ils ne tarderaient pas. Ils ne tardent jamais. Elle allait devoir jouer une fine mascarade afin de les convaincre. Elle comptait bien leur dire qu’elle avait été enlevée. Mais comment justifier le soin de ses blessures ? Elle pourrait leur dire qu’il l’avait abandonnée là, après être parvenu à fuir.

    Ou elle pourrait juste essayer de penser à lui, pour l’heure.


    « Tu te sens un petit peu mieux ? »
    La douceur dans sa voix n’appelait qu’une seule chose. Elle appelait l’homme qui se cachait sous le monstre. Elle tentait d’apaiser ce monstre qui voulait prendre le contrôle de ce corps affaibli.
    Au pire, elle mourrait.
    Quoi d’autre.
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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Sam 12 Mai - 19:21

Personne ne sait vraiment qui je suis. Aucune comparaison n'est nécessaire. Passons sous silence le nom de tout ces hommes armés dont je ne connais pas le nom, mort pour leur cause à la simple voix de ma lame.

Le destin avait été rompu. Fussent-ils trop nombreux pour que cela n'arrive pas. Le monstre sortit de sa tanière, laissant en vie autant que possible au grès du tranchant le moins profond de sa lame capable de pourfendre un océan. La déesse rit elle de ces événements?

Moi je sens ses larmes couler. Perler le long de joues parfaites voulant celles des autres à son image. Foulant ensuite un sol crée d'un imaginaire uniquement pour nourrir ces si faibles êtres. Baignés dans les émotions du Dieu de pitié leur ayant donné naissance.
L'experience ne rend pas puissant. Ceux qui voient l'espoir et l’amélioration dans leurs actes et expériences sont soit simple, soit psychopathe. Aurait-il simplement souhaité effleurer l'un des deux états.

Il n’effleurait que l'herbe humide. Le poids pesant sur la course le ralentissant à chaque minute. Faiblesse gagnante fasse à une marée montante. D'hommes, de déjà vu. Des rêves, des projets avortés dans l’œuf à chaque glissement de la flore sous la semelle. David a bien rit contre Goliath. Les hommes sont si faibles. Laguz, Beorc et Marqués par la pierre incandescente des âges. Pourtant à la même souffrance de leur dictionnaire. Évidemment, il l'aime encore. Préférant se crever les yeux pour oublier que ceux qu'il a fermés afin de pouvoir se balader là; s'écroulant dans les bras armés du pardon. Ne supportant plus un instant l'amertume du rouge. L’odeur de l'épuisement. Le son du sang. Sombre marionnette, pensant tes mains sur les fils. Ta corde est seulement reliée à ton cou.

Passivement assis sur un rance tronc, aussi mort que le siens serait souhaité. Par toi comme les autres.
Seul les enfants chantent des confines. En secret, pour eux seuls tandis que dans une ronde; point le monde ne partage mais les souvenirs. Ils brûlent, palpites au niveau des artères comme un bouchon de cire. Mais le Roi s'est enfuit, sujet à la vaillance qu'exprime son simplement humain, tel que:


"Tu te sens un tout petit peu mieux?"

Dur retour a la réalité. Aussi ferme que la brique accueillante d'un saut de six-cent-soixante-six mètres. Le pardon en bris de verres:


"Je ne sens plus rien..."

Il apposa sa main sur la joue de la jeune fille lui faisant face, s'occupant de lui tel une nourrisse donc il frotterait le visage avec l’allégresse de la lenteur d'une main ensanglantée d'autrui peu répondre:


"... D'autre que ta chaleur."

Ces mots, étaient tels ses yeux. Perdu dans un océan de ponctualité qui ne cherche qu'à arriver à l'heure a rendez-vous de la réalité.

Il n'existe ni choix ni odeurs. Sauf pour le vin que ces experts nomment et achètent ainsi par caisses entières. Voilà la mélopée de notes, l'expertise du vieillard sourd sur son piano émerveillant les jeunes de son talent. Les vieux de l’espoir que sa quinte traverse. Car au delà de ces années qui passent, le temps n'est pas plus flexible que dans la mémoire. Se courbant. Remplaçant une mère qui n'est pas autre qu'un tissu ensanglanté par les âges oubliés d'une absence. D'une enfance perdue entre deux aiguës du bonheur ayant remplacé les graves d'être un simple enfant.

Ton visage m'est familier. Ne t'aurais-je déjà vu dans la lumière qui sied mes rêves ou la clarté ne sublime que mes yeux? Où n'est-tu qu'un mirage dont la foi s'exporte qu'à ton cœur?

Il existe d'infinis façons de prendre un cœur entre ses mains. Et elles n'importent pas. Ne reste que la pression infligée dessus. Ne fusse-t'il qu'ici aucun cœur n'ai été mis en jeu. Il n'était cas que d'un doux sourire, perdu dans le vague de l’inconscience naissante. S'écroulant dans les fagots d'herbes tendus en piège par les feuilles d'arbre malignes. Tel est la nuit tombantes, déchaînant des passions illusoires aux rythmes des ténèbres roulant les grincements du bois au gré des vagues de l'oubli.

Lâchant prise et écroulé en arrière loin de cet arbre mort salvateur, la poussée de compétences lui ayant permis sa survie et sans doute celle de la demoiselle ainsi que de se compagnon ailé l'entraînerait dans des jours de sommeil forcé. Dusse-t'il mourir d'une quelconque façon fourbe durant son agonie éphémère, due a chacun a chaque jour que la déesse fait qu'il n'en aurait que faire.
Se réveiller le lendemain n'a que peu d'importance pour certains.


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MessageSujet: Re: Encore la pluie. [Le Faucheur]   Jeu 24 Mai - 11:17

    Un voile dans ses yeux les séparait. Une réalité différente nimbait chacun de leurs êtres. Lui ne sachant plus qui il était, elle ne pouvant décider que faire. Il était juste là, dans ses bras, à l’agonie, chaque parcelle visible de sa peau aussi rouge que son manteau. Pauvre homme. Pauvre vie. Et sous la pluie battante, elle écartait doucement de son visage affaibli les quelques mèches blanches poisseuses de sang, pour qu’il respire, pour qu’il voie. Si la chaleur qu’elle émettait était la seule chose qu’il ressentait alors, et bien elle resterait. Elle resterait avec lui jusqu’à trouver un moyen de le sauver, de les sauver. Comme il venait de le faire.

    Ses membres engourdis par le froid et la douleur peinaient de plus en plus à supporter le poids de l’homme et de son équipement. Et alors que Le Faucheur, le plus grand criminel de tout Tellius, se laissait aller au sommeil d’épuisement dans ses bras, elle ne songeait pas un instant à la conséquence de cet acte. C’était la seconde fois cette nuit-là qu’il était parfaitement à sa merci, qu’elle aurait pu le tuer sans aucun problème. Elle en aurait tiré de la gloire, de la renommée.
    Mais cette enfant, dans sa bonté, ne songeait même pas à tout cela. Elle songeait au fait que cet homme avait risqué sa vie pour sauver la sienne. Elle tentait maladroitement d’éponger le sang qui suintait par des blessures trop nombreuses. Elle se sentait écrasée par le poids de ce qui l’incombait. La survie de cet homme qui, par-dessus tout, ne méritait pas le sort qui lui était destiné.

    Que celui qui n’a jamais fait le mal lui lance la première pierre. Cette folie meurtrière dans laquelle il était engoncé n’était qu’une trop rude punition face au pouvoir qui lui était accordé en échange. Qu’est-ce que le pouvoir, si on ne peut atteindre ceux qui nous sont chers ? Qu’est-ce que la puissance, lorsqu’on ne peut serrer dans ses bras son unique enfant ? Qu’est-ce que le pardon, lorsque la terre entière semble vouloir votre mort.
    Prise d’un sanglot, elle se courba légèrement contre le corps désarticulé de cet homme évanoui. Les larmes coulaient le long de ses joues, encore. Elle pleurait pour sa douleur, pour sa solitude, alors qu’il était capable de tant de choses, de tant de bonté. Il ne pouvait pas s’empêcher de faire le bien, là où l’on penserait qu’il désirerait tant s’extirper de son hideuse condition qu’il choisirait la neutralité absolue, sans aucune hésitation. En cela, il était fort, si fort et si faible à la fois.

    Elle savait quoi faire. Elle siffla doucement son pégase, qui arriva doucement à son niveau, sans bruit. Elle chargea le Faucheur sur la selle, allongé de côté, sur le ventre. Elle n’avait pas d’autre alternative. L’immense épée serait moins visible ainsi. Elle monta sur la croupe, aussi facilement que si ses membres n’avaient jamais été percés de flèches. Le temps n’était plus à la faiblesse devant la douleur. Le temps était à la décision.

    Et cette décision, elle était prise depuis le début. Depuis leur première rencontre.

    Mélior s’était rendormie. L’armée battait la campagne pour les retrouver, et elle n’eut aucun mal à rentrer dans la ville en passant par des chemins détournés où elle savait la garde bien moins vigilante. Aussi rapidement que possible, elle fit planer son pégase au plus près des toits, jusqu’à le faire stopper dans l’immense parc d’une bâtisse très en retrait, presque en dehors de la ville. C’était bien normal si quelques brigands avaient déjà tenté de s’y infiltrer. Elle semblait toute petite parmi ses grands arbres noirs et alourdis par la pluie. Elle descendit de sa monture, puis la guida jusqu’à la porte. Elle cogna discrètement. La porte s’ouvrit presque immédiatement, la laissant apercevoir une femme très âgée qu’elle avait déjà rencontrée une première fois, quelques mois auparavant.
    Elle s’écarta légèrement, laissant apercevoir son invité surprise toujours inconscient. L’ancienne hocha lentement la tête tandis qu’elle sortait un immense trousseau de clefs afin d’aller ouvrir les portes d’une petite grange qui leur servait aussi d’écurie.


    « Allez réveiller Olivia. »

    ___


    Et ainsi, quelques dizaines de minutes plus tard, elles étaient enfin parvenues à défaire l’homme de son grand manteau, si lourd d’acier et de remords, et à l’étendre dans un lit dont il avait déjà rougi les draps afin de pouvoir panser convenablement ses blessures.
    La petite fille aux cheveux aussi blancs que son père n’avait rien dit. Son visage de poupée était concentré sur la main immense et calleuse qu’elle tenait fermement entre ses deux petites menottes. Parfois, ses grands yeux s’emplissaient de larmes, qu’elle refoulait finalement.
    Hélène aidait comme elle le pouvait la vieille gardienne de l’Orphelinat. Elle posait des compresses médicamenteuses sur les plaies, elle allait changer l’eau des bassines. Elle avait refusé qu’on s’occupe de ses propres blessures. Melina saurait bien faire quelque chose pour y remédier. Sa belle-sœur était habituée à la voir rentrer couverte de sang.

    Mais l’aube n’allait pas tarder à pointer, et il fallait qu’elle parte. Elle serra chaleureusement les mains fripées de la vieille femme, puis Olivia vint se réfugier un instant dans ses bras. Une lueur de reconnaissance brillait dans ses yeux sérieux.
    Elle s’approcha du Faucheur, et posa délicatement ses lèvres sur son front brûlant. Il serait en sécurité. Il pourrait récupérer de ses douleurs. Personne ne les avait vus entrer ici. Et elle connaissait suffisamment la ville pour faire en sorte que personne ne sache qu’elle venait de là.
    Un dernier adieu à la volée, et elle s’enfuyait.

    L’aube pointait dans le ciel argenté de Mélior, et la pluie continuait de tomber. Elle arriva enfin à la caserne. Des dizaines de soldats ainsi que son sergent l’entourèrent, s’inquiétèrent devant la mine sombre de celle qui était le rayon de soleil ne pâlissant jamais devant les situations désespérées.
    Un sourire pourtant naquit sur ses lèvres.


    « Je suis rentrée. »

    Son sergent l’attira à part, réclamant des explications. Elle répondit ce qu’il lui avait été conseillé de dire. Elle avait été enlevée, il l’avait utilisée jusqu’à être suffisamment loin de Melior avant de la laisser seule dans la forêt. Il s’était débarrassé de ses assaillants puis il s’était enfui dans la nuit noire.

    « Tu sais qu’aucun mort n’est à déplorer dans ceux qui l’ont poursuivi ? »
    « Oui, je sais. »

    Il la regarda pensivement. Il se doutait du mensonge de sa subalterne, mais il la connaissait depuis si longtemps qu’il n’osa lui demander si elle avait réellement opposé une résistance lorsque le Faucheur avait voulu s’enfuir. La nature de cette fille était bien trop douce pour les horreurs de la guerre. Comment faisait-elle pour continuer à brandir son arme devant les ennemis, alors que tout en elle respirait le respect de l’autre et la compassion ?
    Il la laissa partir. Son quart était terminé.

    Et lorsqu’elle rentra chez elle, que son frère et sa belle-sœur la virent si amochée, elle eut un sourire plein de douceur et de réminiscence.

    « J’ai une belle histoire à vous conter. »
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Encore la pluie. [Le Faucheur]

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