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 Retrouver la paix quand sonne la guerre

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MessageSujet: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Sam 3 Sep - 11:12

La sensation des draps doux et gorgés de chaleur fut la première à surgir. Au milieu des limbes du sommeil, pas tout à fait décidé à se réveiller encore, le chevalier garda les yeux clos, tandis que son esprit analysait le fait simple : je gis, dans un lit que mon corps a réchauffé. L'inconfort de demeurer depuis trop longtemps dans cette même position le poussa à vouloir se tourner sur le flanc, mais aussitôt le mouvement amorcé, une douleur aiguë cingla ses abdominaux et les alentours de son rein gauche. Il grimaça et ouvrit les yeux, sans se rappeler tout de suite quel traitement lui valait cette peine.

Le décor était celui de sa chambre au palais royal : une pièce assez grande, meublée sobrement de quelques armoires pour ses vêtements, un mannequin pour son armure rutilante, un tapis doux et large, un ou deux tableaux d'agréments, un vase de fleurs fraîches, de simples commodités. Comment avait-il atterri ici ? Il souleva la couverture pour se découvrir torse nu, un épais bandage autour de sa taille. La morsure de la lance lui revint en mémoire.

"Famine..."

En tournant la tête, il vit sur sa table de chevet un récipient d'eau avec un linge trempé dedans, des bandages propres et un tas de mots empilés trop loin pour qu'il s'en saisît. Il reconnut également le ruban scellé d'un cachet caractéristique d'un rapport militaire que ses hommes et lui-même utilisaient lorsqu'ils ne pouvaient transmettre leurs informations oralement, quand preuve devait être apposée sur papier pour une affaire ou une autre. Toutefois ce contenu se situait trop loin pour qu'il parvînt à s'en emparer sans infliger une cuisante douleur.

Forcé d'attendre que quelqu'un se présentât à sa porte pour surveiller son état, le général trouva un intérêt inhabituel à suivre les lignes du plafond d'un regard et à réciter ses prières à voix haute -des remerciements à Ashera pour l'avoir maintenu en vie ainsi que sa raison, comme il l'avait demandé, ainsi qu'à Yune pour le courage qu'elle pouvait lui insuffler.

Un guérisseur finit par arriver, lui expliquant que la blessure ne mettait pas sa vie en danger, tant qu'il s'abstenait de la rouvrir encore et encore, provoquant des pertes de sang trop importantes pour qu'il survécût.

"Mais dites-moi, depuis combien de temps suis-je ici ? Comment ?
-Vos hommes, l'armée toute entière vous est d'une dévotion puissante, sire. Après votre neutralisation, l'ennemi a poursuivi sa route pour tuer tous ceux qui se trouvaient dans le village. Les mages que vous teniez embusqués au sol ont profité de son manque d'intérêt pour eux afin de venir vous secourir, ainsi que ceux qu'ils pouvaient non loin de vous. Une cavalière-pégase vous a ramené en catastrophe, votre sang largement répandu. De ce que je sais, ils se sont tapis eux-mêmes pendant longtemps avant de voir la... l'entité repartir. Pour les détails militaires, vous devrez lire le rapport, je ne suis informé que de ce qui m'est utile pour les soins. Vous êtes resté inanimé environ deux jours, soit avant-hier, après l'attaque, hier pendant qu'on vous pansait et qu'on vous veillait, probablement assommé par la douleur, heureusement pour vous. Enfin, aujourd'hui. Il est non loin de seize heures.
-Je vois. Comment sont les autres ?
-Choqués. Ils sont au repos jusqu'à un nouvel entretien, à leur convenance. Si vous le souhaitez j'irai leur faire part de votre réveil.
-Oui, je vous prie. Et si vous pouviez me donner ce rapport...
-Je vous fais également porter une collation. Plusieurs visiteurs ont demandé à vous voir, acceptez-vous les visites ?
-Seulement le cercle proche pour commencer. Merci."

L'homme de science s'inclina et se retira avoir tendu le rapport à Mysti. Celui-ci se débrouilla tant bien que mal pour se redresser et faire glisser son coussin dans son dos afin d'obtenir une meilleure assise. On sentait dans l'écriture du mage qui avait rédigé le compte-rendu des temps d'angoisse à l'idée de se remémorer ces souvenirs : les lignes tremblaient sur les descriptions d'un massacre, des villageois dévorés par paires ou triplets entre les mâchoires de la wyvern décharnée, d'autres forcés mystérieusement à s'agenouiller devant la sorcière avant de finir comme dépossédés de leur substance sans pouvoir se défendre. Quelques-uns avaient survécu suffisamment longtemps pour voir la fin de leurs confrères, voire dans des cas exceptionnels, adresser leurs derniers mots aux mages revenus sur le lieu du massacre pour trouver des miraculés.

Le tableau est bouleversant : des corps s'étalaient partout dans les rues, à l'intérieur des maisons. Malgré tout, ces gens ne pensent qu'à nous dire merci d'avoir essayé. Informez ma famille de telle ville. Disposez mon corps de telle manière... Je crois qu'ils lisaient dans nos regards la culpabilité qui va nous poursuivre toute notre vie et qu'ils ont tenté de se montrer forts pour ne pas rajouter à nos cauchemars.

Mysti serra les poings, son cœur se serrant à l'idée d'un village entier qu'il n'avait pu protéger, comme cette fois-là dans le désert. A la différence près que les âmes vivaient encore quand il avait approché Famine, là il ne restait plus personne face à War.

Les bêtes les plus rapides qui n'étaient pas attachées s'en sont sorties. Nous avons retrouvé vingt-quatre chevaux, dont les nôtres, échappés à quelques lieues dans la forêt. Trois chiens les suivaient, écumant de fatigue. Tout le bétail : moutons, vaches, poules, lapins, chèvres, canards, etc. a été abattu. Les cultures ont dépéri dans toute la zone et le sol semble corrompu... Une partie de l'agriculture criméane va en subir les conséquences.

Et le bilan s'alourdissait à chaque paragraphe, jusqu'à ce qu'enfin la signature du mage achevât la liste. Un sentiment coupable tomba sur les épaules du général, une sensation qu'il n'avait plus ressenti depuis longtemps mais qu'il ne reconnut que trop bien. Il posa le rapport sur un coin du lit, un soupir à fendre l'âme s'échappant de ses lèvres.
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Lun 5 Sep - 1:13

Une petite note précisait que le bretteur roux, sans aucun doute Blaze, quitta la champ de bataille sur le dos d'un loup. Le blondinet, probablement un traître ou un mercenaire à la solde d'un quelconque groupuscule, ne paraissait pas appartenir à un Ordre défini. Sa tentative d'égorgement de la démone atténuait ce qui passait pour être le sacrifice du général criméan à l'ennemi... Autant dire une situation complexe, que bien sûr personne ne comprenait en l'état, puisque Mysti seul participait à la tentative de duperie lorsqu'ils étaient passés à l'action. Soigné oui, mais dans les geôles de la capitale, en attendant se statuer sur son sort, voilà le sort que l'on réservait à cet homme. Le mage se mordit la lèvre et se promit d'aller éclaircir la situation dès que son état lui permettrait de supporter un interrogatoire, ou quelque chose d'approchant. En dernier lieu on mentionnait une lancière identifiée aux armes de Begnion. Personne ne savait ce qu'elle fichait là, mais sa position indiquait qu'elle avait avancé sur le champ de bataille... avant de se faire neutraliser par le pouvoir terrifiant de la sorcière. On la remettait sur pieds actuellement aux mains d'une section particulière de l'hôpital militaire.

"Ceux qui ont défié la mort au plus près s'en sortent mieux... Quelle ironie détestable."

On ne tarda pas à frapper à la porte. D'un simple mot, le jeune homme autorisa l'entrée et trois personnages entrèrent dans les lieux : un serviteur apportait l'en-cas promis par son supérieur, avant de s'incliner et repartir poliment, croisant au passage un homme de stature moyenne, aux épaules larges et bien bâties, accompagné d'un enfant.

"Bastian ! Voilà quelques temps que nous ne nous sommes vus !
-Et quelques temps aussi que tu ne t'étais blessé. Je finissais par croire que nous avions perdu la fougue de notre général pendant cette année d'absence, afin d'accueillir un homme un vrai dans nos rangs. Mais je me suis trompé !"

Le sourire du général trouva son écho dans le rire tonitruant du diplomate, bien soulagé en vérité de retrouver un homme entier et en relative bonne santé, là où des dizaines d'autres avaient péri. Les deux hommes se côtoyaient peu, mais à l'instar de Geoffrey et Lucia, Bastian faisait partie du cercle étroit de la reine qui permettait une confiance absolue et une décontraction plus facile de la part de Mysti. Le blondinet, meneur d'hommes grâce au Verbe et aux actions de l'ombre, s'assit sur le bord du lit de son lit ami et fit signe à l'enfant d'approcher plus près. Ce dernier s'inclina avec application, son regard baissé consciencieusement.

"Je me suis dit que tu aurais peut-être besoin de compagnie pour une fois. Toi et ta tendance à ne pas rester en place quand il le faudrait, donnez beaucoup de soucis à notre chère reine. Et il se trouve que plusieurs pages ont rejoint le palais récemment, de jeunes recrues qui atteignent l'âge d'apprendre le métier des armes selon l'ancienne tradition. Je te présente donc Séraphin, qui n'a pas encore trouvé de chevalier disposé à lui enseigner. Personne ne t'impose de le prendre à ton service, mais il pourrait bien te rendre la vie plus facile pour certaines tâches quotidiennes.
-Un page ? Un futur écuyer donc ? Mais ils servent en principes les cavaliers, ou les hommes en armure... Je n'ai rien de cela, je ne pourrais guère lui apprendre ce qu'il demande.
-Comme je te le disais, ce ne serait que temporaire. Et sans être un homme en armure, tu peux déjà peaufiner ses notions d'étiquette, de savoir-vivre en société, son éloquence, son autonomie..."

Un instant de silence tomba sur le trio improvisé, pendant lequel Mysti observa l'enfant, ses pommettes rougissant d'embarras. D'un geste doux, il posa sur son épaule une main assurée et, si possible, rassurante à son égard. Ne sachant pas trop s'il en avait la permission, Séraphin releva timidement les yeux et soutint les yeux noisettes emplis de bienveillance.

"J'ai appris à me tenir, sire, osa-t-il. Je peux vous aider à vous habiller, à vous laver, si vos blessures vous incommodent, à marcher !"

Son regard dériva sur le bandage du général une seconde.

"... A changer vos pansements !"

Mysti éclata de rire, suivi de près par un Bastian souriant de toutes ses dents.

"Je pense être en mesure de m'habiller et me laver seul, depuis toutes ces années à n'avoir ni compagne ni serviteurs dans mes appartements privés, mais je peux fort bien trouver quelque chose à te faire faire. A commencer par, peut-être, transmettre des messages et en réceptionner ?
-C'est une mission de confiance, sire ! Je ne suis pas sûr que...
-Il faudra bien commencer quelque part. En attendant qu'un soldat qui aura vraiment besoin de toi pour l'aider à revêtir son armure fasse appel à un jeune page à former.
-Merci, sire. Je vous sais gré de ma reconnaissance.
-Bien, dans ce cas te voilà mis à l'essai mon garçon, félicitations. Si tu as des questions, n'hésite pas à en parler à notre général ou à venir me voir. Et toi mon ami rétablis-toi bien. Je ne vais pas te déranger plus longtemps, j'ai encore fort à faire.
-Merci, Bastian. Ton attention me touche."
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Mar 6 Sep - 0:17

Une révérence plus tard, Bastian quittait la chambre et laissa Mysti bien en peine de savoir quelle mission confier au petit page. Séraphin le dévisageait avec curiosité, les yeux pleins de l'espoir de pouvoir servir. Et son apprentissage commençait en beauté avec un tel maître ! Toutefois le chevalier décida de tempérer un peu son enthousiasme :

"Tu sais, je n'ai pas l'habitude d'avoir des serviteurs qui me suivent jusque dans ma chambre pour m'aider aux tâches les plus élémentaires... J'aime aussi mon indépendance, et j'estime que même les nobles doivent pouvoir se débrouiller pour la cuisine, le ménage, l'entretien de leurs armes et ainsi de suite... Tu risques de t'ennuyer. Nous n'irons pas sur les champs de bataille ou en quête de grandes aventures.
-Je le sais, sire. Sieur Bastian m'a un peu parlé de vous. De ce que vous êtes en privé. Il pense malgré tout que je peux vous apporter quelque chose, en échange de vos connaissances et votre patience, alors j'aimerais essayer. Dans le pire des cas, vous me renvoyez à ma famille et tout s'arrête, pas vrai ?
-Je suppose. Je n'ai jamais été moi-même page, les circonstances en ayant décidé autrement. Cependant chaque homme a droit à sa chance, alors nous essaierons. As-tu une aspiration particulière pour faire tes armes ?
-Je souhaite étudier l'épée et la lance, monter à cheval et charger sans peur.
-Je comprends. Cela te demandera beaucoup de rigueur et de volonté. Tu échoueras souvent au début, mais si tu t'accroches, alors tu deviendras peut-être digne d'intégrer la Chevalerie royale.
-Sous vos ordres !
-Eh bien... Oui, je n'avais pas pensé à cet aspect-là. Mais pourquoi tant d'admiration pour moi ?
-Vous êtes un héros de guerre. Vous faites partie des chefs qui avancent avec leurs hommes au front au lieu de se contenter de regarder de loin ! Les personnes importantes de Criméa vous connaissent et vous les connaissez. Si vous le voulez vous pouvez assister aux Conseils de guerre et vos terres occupent une partie importante du pays.
-Doucement, tu sembles bien me connaître ! D'où viens-tu exactement ?
-D'une petite maison noble, peu connue. Ma sœur n'est pas encore en âge de se marier, et je dois gagner en renom, pour ma famille. Mais je suis devenu page aussi par désir. Je ne vous sers pas contraint et forcé.
-J'entends bien. Cependant ne va pas trop vite en besogne, la vie de général n'est pas un conte. Les Conseils de guerre exigent que l'on mette le maximum de moyens possibles à la protection du plus grand nombre. Parfois il faut faire des sacrifices. Parfois, des soldats méritants meurent parce que l'on commet des erreurs. Et quand une stratégie échoue à remplir son office, c'est toute une ville qui peut être rayée de la carte... Cela n'a rien de plaisant, mais il faut quelqu'un pour le faire."

Machinalement Mysti porta la main à son flanc, et Séraphin se douta qu'il faisait référence à sa dernière mission. Les détails n'étaient pas connus parmi la population, mais on avait vu un pégase revenir avec le militaire presque exsangue le baignant de son sang. La cavalière, s'efforçait de faire bonne figure, mais son air hagard avait donné l'alerte. Les mines sombres, au palais, laissaient planer un silence coupable d'échec. Alors Melior avait prié. A présent le mage se trouvait face au garçon avec dans les yeux la tristesse d'un homme qui connaissait la mort, la guerre, le poids des erreurs passées.
Le page ne poussa pas plus avant la discussion et s'empara du plateau-repas laissé à l'attention de Mysti. Il l'installa sur les jambes de son maître provisoire en silence, avec des gestes qui sentaient l'application méthodique d'une leçon cent fois répétée sans être en situation réelle.
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Jeu 15 Sep - 19:14

S'accoutumer à la présence du page fut un peu plus pénible que prévu aux yeux du général. Le voir toujours là, à guetter pour aider, le rendait nerveux. Il ne s'agissait pourtant que de quelques jours, mais pendant lesquels il devait demander pour manger, boire, se faire porter des objets... Tout cela donnait au général une désagréable sensation d'impotence qu'il essayait de ne pas répercuter sur le très volontaire Séraphin. La blessure infligée par Famine cicatrisait doucement, mais tout le sang aspiré par sa lance mettait du temps à se régénérer.

"Allons jusqu'à la salle de bain, il est temps que je fasse un semblant de toilette.
-Vous comptez sortir ?
-Oui. Je dois rendre visite aux soldats qui m'ont accompagné impérativement. Il faut que je constate par moi-même dans quel état ils sont.
-Bien, maître. Appuyez-vous sur moi."

Mi-boitant mi-pesant lourdement sur l'enfant, Mysti pestait intérieurement de cette situation. Il revoyait dans son esprit les pégases qui tombaient du ciel comme des rochers placés sur des catapultes, et tout ce sang dégoulinant en pluie macabre. Il se revoyait encore avertir les volontaires du danger de la mission, et barrer la frustration aux non-choisies en leur prédisant qu'elles ne mourraient pas encore. S'il avait su à ce moment-là combien ses mots se rapprochaient de la vérité... La douleur de se pencher sur la baignoire le tira de ses réflexions graves, et aussitôt Séraphin entreprit de l'aider à se déshabiller sans que sa blessure ne le fît souffrir davantage. Le chevalier l'arrêta au moment de déboucler sa ceinture, soudain conscient qu'il avait face à lui un simple enfant.

"Une seconde, que crois-tu faire exactement ?!
-Eh bien... vous aider à retirer votre pantalon, sire.
-Et tu es sérieux. Vraiment ?
-C'est... Vous avez mal alors il le faut, non ? Ah j'ai compris, vous croyez que cela va me choquer ? En vérité, les pages ont pour devoir de se taire quoi qu'ils voient et entendent, pour le bien de leur maître. Je ne ferai aucun commentaire.
-Ce n'est pas la question. C'est quelque chose d'intime ! Je ne me montre pas au premier serviteur venu !
-Mais, sire, pourriez-vous vous baisser avec votre blessure ?
-... D'accord tu marques un point. Toutefois si jamais tu te sens mal à l'aise, je veux que tu sortes de cette pièce, c'est compris ?
-Bien sûr."

Avec mille précautions le page dénuda donc le général, sans trahir quelque expression que ce fût sur son visage tandis qu'il découvrait ses formes viriles. Gêné mais tout de même soulagé de pouvoir rester debout sans avoir à se tortiller de douleur, Mysti s'approcha d'un miroir sur pied et commença à défaire très doucement son bandage au flanc. La blessure présentait une grosse croûte rougeâtre, plutôt étendue, mais on voyait déjà la chair rosée se reformer. A force d'accumuler des séquelles de la sorte, le soldat finirait par devenir un vrai musée vivante. Quoique les brûlures contre War eussent effacé la majorité d'entre elle en carbonisant sa peau. Séraphin pendant ce temps fit les allers-retours nécessaires jusqu'au réservoir mis à disposition des résidents du château, l'eau de plus en plus fumante à mesure qu'elle chauffait sur son foyer.

"Voilà sire ! Vous pouvez vous immerger !"

Le chevalier tourna la tête, dos au garçon, et acquiesça avant de remarquer son air hébété. Séraphin s'en rendit compte, rougit et s'appliqua à étouffer son trouble. Néanmoins en se rapprochant pour servir d'appui au général il ne put s'empêcher de demander :

"Cette cicatrice dans votre dos... C'est...
-... un souvenir que je préfèrerais m'épargner. Sans doute celle à laquelle tu penses oui, mais j'ai eu mon compte de magie noire pour les jours à venir.
-Bien sire. Mes excuses.
-Tu n'as pas à excuser ta curiosité, mais apprends simplement à la limiter. Peux-tu faire cela ?
-Oui, je crois. Sire."

Dix minutes plus tard Mysti fermait les yeux, étendu dans l'eau déjà presque tiède, son page son lui passant un linge savonneux dans le dos puis s'occupant de ses longs cheveux. Un silence paisible s'installa peu à peu, au point de rendre le chevalier somnolent.

"Sire... Voudriez-vous partager vos pensées avec moi ? On m'a appris qu'il est bon de se confier après une épreuve. Surtout pour un grand homme.
-Cela vient de Bastian je suppose.
-Euh... oui.
-En toute franchise qui plus est. Le chevalier qui aura la chance de te prendre à son service ne le regrettera pas.
-Merci, sire."

D'un geste doux, le mage s'empara du menton du page pour le fixer droit dans les yeux. Il n'y lut qu'étonnement et droiture alors qu'il suspendait ses gestes en croyait l'avoir blessé d'une quelconque manière. Un sourire bienveillant le rassura. Après un temps, le général le relâcha, pressentant un grand chevalier dans ce petit bout de courage.

"Bien sombre est mon avenir. Allant de sorcière en sorcière, de déceptions en échecs.
-Sire...
-Oh, j'ai cessé de le craindre. Je suis un soldat. Non, mieux encore, je suis l'un des plus importants soldats de cette armée... J'imagine que beaucoup de gens finiront par vouloir ma tête, tôt ou tard. Peut-être qu'une guerre éclatera encore. Peut-être que les sorcières reviendront aux portes de Mélior, et qu'à ce moment-là prêt ou non je devrais me dresser entre elles et mon peuple, ma reine... Combien de temps tiendrais-je ainsi ? Un an ? Dix ans ? Trente ? Je suis à peu près sûr de ne pas vivre vieux, comme ces trois femmes tombées du ciel sous les crocs d'une wyverne qui ne devrait même pas pouvoir voler, si maigre est-elle, comme ces villageois sans défense."


Un rire amer s'échappa de ses lèvres tandis que le page pâlissait à cette annonce funèbre, n'en revenant pas d'entendre ces paroles noires de la bouche d'un héros. Mysti sourit, son regard triste animé parfois comme d'une lueur rouge, insaisissable.

"Ne me regarde pas ainsi. J'en verrais d'autres tomber. Je mettrai d'autres bandits en prison. Je souffrirai encore. Mais, je ne fuirai pas cette vie. Si je fuyais, ce lourd fardeau reviendrait à quelqu'un d'autre. J'ai prêté serment en tant que général, en tant que chevalier, en tant que mage, et même en temps qu'homme. Cette vie, ce poids sont les miens. Et je les porte, je l'espère, avec toute la dignité qu'il m'est possible. Si ma vie est vouée à la souffrance, alors j'y ferai face. Je suis peut-être riche et important, mais je n'ai pas de compagne avec qui tout partager. Mes amis me font confiance, et je leur fais aussi confiance, mais si je veux nouer de nouveaux liens, je dois me méfier des espions, des assassins, de ceux qui ne s'intéressent qu'à mes biens. L'insouciance n'existe plus, ou si peu. Mon corps supporte les blessures pour le moment. Qui sait ce qu'il adviendra demain. Voilà Séraphin. Voilà quelles pensées je nourris. Ce n'est pas ce que tu attendais n'est-ce pas ?
-Sire. Je trouve que vous avez beaucoup de courage."

L'air du gamin, grave et solennel, intrigua Mysti. Il s'arrêta dans son rôle de page un moment pour fixer l'adulte attentif et soupira.

"La reine vous a sûrement choisi pour cela. Vous savez que ce sera pénible, vous connaissez les risques, mais vous allez toujours de l'avant. D'autres gens, sans doute beaucoup, éviteraient autant que possible de se mettre en danger et profiteraient de la moindre occasion pour se reposer derrière un rideau de soie, en sirotant les vins les plus chers et en couchant avec les femmes les plus... euh... désirables. Mais vous ne vous détournez jamais. Je vous admire encore plus, même si vos pensées sont noires et votre avenir difficile. Vous êtes un beorc après tout. Pas un dieu. Si on me donnait à choisir, je préfère entendre ici votre désespoir plutôt que vous voir baisser les bras dans une bataille. Ce ne serait pas pareil. Vous ne seriez pas Mysti. Vous comprenez ce que je veux dire ?
-Oui, et cela me va droit au cœur. Ce sont des gens comme toi qui m'aident à garder ce courage. Croyez en moi. Je vous en prie, tous les Criméans. Je me bats pour vous. Donnez-moi votre confiance comme énergie.
-Toujours !"

Un large sourire illuminant ses traits, le jeune page reprit son exercice sans faillir, Mysti bien plus détendu à côté de lui après ce petit exercice de confession. Il devait avouer que l'idée lui plaisait bien, d'avoir une oreille attentive à ses états d'âme.

Sitôt rafraîchi, pansé de frais et avec une meilleure mine, le général décida qu'ils allaient sortir un peu. Même si le diplomate numéro un de Criméa l'avait prévenu, Séraphin dut reconnaître que l'obstination de son maître défiait ce à quoi il s'attendait. Quitte à prendre une canne et à se traîner dans toute la cité avec, il se mit en tête de se rendre à la caserne coûte que coûte pour rendre visite à ses camarades de mésaventure. Le page dut obtempérer mais parvint au moins à le convaincre de faire appeler une charrette pour le mener du château à l'endroit désirer, afin de ne pas aggraver sa blessure.
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Ven 23 Sep - 0:21

L'arrivée du général ne passa pas inaperçue à la caserne et dans les alentours. Les visages curieux et anxieux demandaient à connaître les nouvelles, à savoir s'ils devaient craindre les Ailes de la Mort sur Mélior ou non. Le charretier fut suffisamment avisé pour déposer ses passagers juste à l'entrée de la zone interdite aux civils, où des militaires ne tardèrent pas à les accueillir. Afin de donner le change, Mysti entreprit de marcher seul. Plus lentement, mais sans appui.

"Regarde bien Séraphin, dit-il à voix basse, il s'agit là de montrer que l'armée se relève. Je suis une des têtes. Si la tête repousse, si la tête est digne, si la tête ne semble pas alarmé, alors le peuple est tranquille. Il se sent protégé.
-Alors ce n'est qu'un calcul ?
-Non. Je fais en sorte de paraître calme pour que le calme règne autour de moi, mais je me soucie vraiment d'eux. Chacun de ces Criméans compte sur moi, et chacune de leur existence m'importe. Je veux les voir heureux. Je veux les voir sereins."

Le chevalier tourna la tête de côté vers les spectateurs amassés aux grilles d'entrée de la caserne et leva une main dans leur direction : un simple salut pour leur insuffler cette gentillesse et cette sympathie qui effaçait la frontière entre le militaire et le civil. Plusieurs répondirent par le même salut et une clameur brève s'éleva de l'autre côté de la barrière, puis la petite escorte disparut à l'intérieur du bâtiment. Un sourire soulignait les traits du mage.

"Le peuple est la lumière, et les proches l'ombre. On ne dit pas les mêmes choses, on n'entend pas non plus les mêmes, mais ils se complètent. Si je veux que cette ville brille, je dois briller aussi.
-Je crois que j'ai saisi... Et maintenant alors ?"

Le page considéra quelques secondes le doigt que tendit Mysti devant eux. Le silence routinier de l'extérieur laissait place à un fourmillement organisé qui surprit le page. Un officier guidait de jeunes recrues en uniforme en expliquant l'agencement des lieux, dans un coin deux personnes s'appliquaient à recoudre des vêtements abîmés. Une forte odeur alimentaire désigna tout de suite l'aile du bâtiment qui servait de cuisine, et plus loin un bruit de lame répétitif suggérait une aire d'entraînement ou de réparations des armes.

Après un instant deux officiers galonnés vinrent saluer Mysti, et le général leur rendit la pareille à la façon militaire.

"Bon retour général. L'armée vous souhaite un bon rétablissement.
-J'en suis fort aise. Voici un page qui m'a proposé de m'épauler durant ma convalescence. Qu'on le laisse aller en tant que visiteur.
-Bien général !
-Les soldats dont j'ai donné les noms sont-ils convoqués ?
-Trois d'entre eux, général. L'une des cavalières-pégase refuse de sortir de ses quartiers. Une surveillance lui est assignée.
-Entendu. Je vais voir les autres alors. Séraphin ?
-Je voudrais venir.
-Qu'il en soit fait selon vos vœux."

A partir de là, les deux officiers guidèrent le général et son page à travers la caserne, dans ce qui paraissait aux yeux de Séraphin un dédale interminable de couloirs et de sections, avec parfois des grilles et des gardes armés, des bureaux et des contrôles. Pour un peu la base militaire pouvait servir de prison, à la différence qu'ici tout le monde se portait volontaire pour en être.

Le parcours s'arrêta finalement dans une pièce chaleureuse et intimiste, à l'atmosphère très inattendue au sein de la forteresse. Les couleurs chaudes pastel invitaient au repos. Des canapés et poufs traînaient dans différentes points de la pièce, et au centre une série de tables à moitié fournie en papier, matériel de peinture, de dessin, avec plume et encre. Deux hommes et une femme siégeaient autour, avec des mines sombres. Deux autres femmes attendaient debout, dans un coin de la pièce. Ceux assis se levèrent comme un seul être dès l'ouverture de la porte, saluèrent et ne se rassirent que lorsque Mysti en donna la permission. Le mage le plus proche offrit d'aider son général à s'asseoir, arrachant ainsi un sourire à ce dernier ainsi qu'aux autres.

"Merci, je vais me débrouiller. Laissez-moi panser mes maux et concentrez-vous sur les vôtres. D'accord ? Je voudrais entendre de votre propre bouche ce que vous avez vu, et comment vous le vivez. Ce n'est pas un ordre, et vous êtres libres de refuser et de quitter cette pièce si vous en ressentez l'envie. Est-ce possible ?
-Mais il manque...
-Je le sais. Si elle ne se sent pas assez forte pour venir, je préfère qu'elle se repose. Tout comme vous tous. Vous pouvez parler librement. Dans le désordre, répéter plusieurs fois. Même ne pas parler du tout.
-Je commence. Il y avait... Elle nous poursuivait. Elle avait de grands crocs, et une peau si légère qu'on aurait dit qu'elle allait s'effriter avec le vent. La wyvern... En fait, je ne sais même pas comment elle faisait pour voler. Sans muscle, sans chair, elle était si légère qu'il était impossible de la semer. Nous avons essayé de l'éloigner du village, de sa maîtresse, comme demandé, mais elle nous rattrapait et nous empêchait d'avancer. Nous étions comme des moutons regroupés par un chien de berger. Sauf qu'à chaque passage, ses crocs fauchaient quelqu'un... Elle les plantait... Elle arrachait le ventre, les boyaux... C'était à vomir... Et il y avait du sang partout... Et il y a eu votre sang... Vous en étiez couvert... Toute la poitrine, tellement de sang... Mais le plus horrible, c'est que nous étions presque prêtes à nous battre entre nous pour être choisies... Prêtes à nous affronter en duel pour nous faire remarquer, parce que vous êtes le général. Parce qu'un fait d'armes nous aurait valu votre attention. Parce que la gloire et... et..."

Elle fondit en larmes violemment, sa voix marmonnant encore de façon incompréhensible. Mysti se dirigea vers elle et jeta un regard aux deux autres femmes en retrait. Elles pâlissaient, constatant tout à coup combien leur sœur d'armes allait mal, car il s'agissait de la première fois qu'elle se livrait aussi ouvertement, et personne ne se moquait, personne ne minimisait ses paroles dans la pièce. Alors le général arrêta ses pas près d'elle et tira doucement sa chaise en arrière. Avec des gestes empreints de douceur, il fit tourner la cavalière-pégase vers lui et s'agenouilla à son côté pour la prendre dans ses bras. Un poing s'abattit avec force sur la table, fit sursauter tout le monde et précéda une voix étranglée :

"Nous l'attaquions pourtant autant que possible ! Au début, avec la sorcière, nous pensions qu'un charme protégeait cette créature, et qu'une fois isolée ce ne serait plus un problème ! Mais elle était rapide, et agile ! Même la foudre ne lui causait aucun dégât, encore aurait-il fallu qu'elle la touche ! A quoi avons-nous servi ?! De la chair à canon ! Ces femmes sont mortes... pour rien ! Aucun villageois n'a survécu assez longtemps pour recevoir des soins !
-Et leur sang a... et les champs... et les bêtes..."

La cavalière-pégase se résigna à rendre à Mysti l'étreinte qu'il lui donnait, quand elle constata que lui aussi pleurait sur ce triste tableau dépeint. Leurs larmes se mélangeaient en une triste danse de sel et d'eau, amère. Plus de général et de soldats, juste des humains. Il avait essayé pourtant, de les empêcher de faire du zèle, de tempérer leur ardeur à vouloir prouver leur valeur. Et quoi en définitive ? Quel fait d'arme remportaient-ils ? La récompense de la survie ?

Les deux cavalières dans leur coin commençaient à se sentir de plus en plus mal. Elles approchèrent à leur tour et posèrent chacune une main sur les épaules de leur consœur pour l'assurer de leur soutien.

"Désolée...
-Nous n'aurions pas dû nous mettre la pression, et à toi non plus...
-Mysti savait. Nous aurions dû écouter sans discuter.
-Il fallait des volontaires...
-Des gens de courage...
-Désolée...
-Nous sommes vraiment désolées..."

Elles étreignirent à leur tour leur sœur d'arme et le général avec, jusqu'à ce que les sanglots de la première se fussent taris. Les deux non-participantes au massacre de Famine aidèrent alors Mysti à se relever lorsqu'il le demanda, et l'observèrent marcher de son pas douloureux vers le mage exprimant sa frustration en tapant du poing sur la table. Il serrait les dents et se retenait visiblement. Le général posa alors les mains sur ses épaules et les massa tranquillement, jusqu'à ce que ses nerfs craquassent et qu'il pleurasse à son tour de son impuissance.

"Là c'est bien... Cette pièce est faite pour les peines, vous le savez. Personne ne vous jugera. Personne ne vous blâmera. Parlez en toute quiétude. Libérez-vous de ce fardeau. Ces mots, je les ai prononcés moi aussi. Ces larmes, je les ai versées aussi. Voilà ce que signifie être un soldat mes amis. Pleurez, maudissez, criez, détruisez... Laissez-vous aller."

Le jeune mage avisa la cavalière toujours entourée de ses deux camarades, Séraphin totalement médusé par ce qu'il voyait, tout autant qu'impressionné par l'empathie soudaine déployée par un homme censé être maître de ses émotions en toutes circonstances, puis le dernier mage toujours silencieux qui fixait la table devant lui, les yeux dans le vide.

Les cavalières, sans surprise, demandèrent à sortir pour regagner leurs quartiers et parler en privée. Mysti acquiesça, puis accorda la même demande au mage entre ses mains. Il savait que des guérisseurs spécialisés dans les maux de la psyché reviendraient les voir et les engageraient à parler ici, de temps en temps, dans cette pièce sûre, calme, reposante. Alors il alla s'asseoir près du dernier homme. Il s'agissait d'un officier sûr, aux nerfs solides, qui l'avait déjà accompagné dans plusieurs missions difficiles, y compris celle de War, mais qui avait consenti à le laisser aller seul dans le désert, pour le voir revenir mourant avec un cadavre sur le dos.

"Faites sortir le petit... S'il vous plaît.
-Tu as peur qu'il te juge ?
-Faites-le sortir. Général...
-Comme il te plaira. Dans cette pièce, nous sommes égaux. Séraphin, veux-tu bien attendre dehors ?
-Euh... Oui maître. Dois-je apporter des boissons ou quoi que ce soit ?
-Je te donne le reste de la journée. Tu peux faire ce que tu veux. Va en ville, amuse-toi, profite de tes jeunes années. Je demanderai à ce que l'on me raccompagne. Maintenant va."

Un peu déçu, le jeune homme obtempéra et sortit. Une fois seul à seul, Mysti dévisagea le soldat en silence, sans rien attendre de précis.

"Je ne comprends pas. Après le désert... Après la vue d'un corps calciné presque méconnaissable, je pensais ne plus pouvoir ressentir la peur. Ne plus la craindre. Mais... cette femme... Je m'en veux. Je n'étais pas à la hauteur.
-Moi non plus. De cette expédition, j'étais le seul soldat que l'on ne pouvait remplacer par un confrère de grade équivalent... J'ai essayé de vous le dire, et en même temps je ne pouvais pas. J'avais peur à la fois de tous vous envoyer à la mort, mais j'avais besoin de votre puissance pour me seconder, pour espérer donner une chance à ces gens.
-Et les choses se sont passées de telle sorte qu'il valait mieux que ce soit trois cavalières, leurs pégases et le village, que toute une armée en prime et Criméa par la suite, car sans défense. C'est bien cela ? En fin de compte, nous avons fait les meilleurs choix.
-Oui. Les meilleurs choix... nous ont quand même coûté tout cela. N'est-ce pas triste de voir que nos meilleures chances sont à ce prix ? Que la justice n'a pas toujours les moyens de triompher ?
-Comment supportez-vous cela ? Comment dormez-vous avec cela ?
-Au début, je ne le supportais pas. Je ne dormais pas, ne mangeais presque pas. Mes débuts en tant que général, mes proches pourront en témoigner, ont été d'un pathétique affligeant... Bien sûr la légende du "héros" que je suis ne le mentionne pas. Pourquoi ? Je ne sortais même pas de ma chambre. Trop occupé à m'assoupir d'épuisement ou à me morfondre pendant mes éveils. J'ai fini par m'endurcir. Par conclure que je porterai ces erreurs sur la conscience toute ma vie. Et puis un jour j'ai fait un rêve. J'y voyais les visages de tous ceux qui étaient morts sous mes ordres, comme chaque nuit. Sauf que cette fois-là, ils souriaient. Ils me disaient qu'ils avaient compris, que ce n'était ma faute. Je manquais de force. Je manquais de conviction. Et eux avaient foi en moi, mais que pouvais-je faire de plus avec cette foi ? Je me blessais déjà beaucoup à cette époque. Un peu gauche encore, tout juste sorti d'un apprentissage magique accéléré. Et ils m'ont dit quelque chose qui a changé ma façon de percevoir les choses depuis."

Mysti ménagea son effet, constatant que l'attention du mage se portait toute entière vers lui. Il sourit, bienveillant et tendit les mains pour que l'homme les déposât dans les siennes.

"Qu'ont-ils dit alors ?
-Je vous pardonne.
-C'est ce qu'ils ont dit ?
-Oui. "Je vous pardonne." Pardon d'avoir cru qu'il y avait plus à faire. Pardon d'avoir voulu l'impossible. Je ne sais pas si c'étaient de vrais messagers de l'au-delà, s'ils ont eu la permission de venir me voir pour me parler, ou si c'est mon esprit qui l'a simplement inventé mais... par la force des choses je me suis pardonné aussi. J'ai fait tout ce que j'ai pu. Me culpabiliser encore ne servait qu'à rendre tous ces sacrifices inutiles. Et s'il y a bien une chose que je ne peux me résoudre à faire, c'est à abandonner ces gens, leurs espoirs. Alors, plutôt que de dépérir, j'ai préféré faire de cette honte une force. Je me bats pour eux. Pour ceux qui vivront après eux. Après eux. Pour eux. Pardon pour les morts qu'il y aura encore. Pardon de ne pouvoir stopper tout cela."
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Ven 23 Sep - 23:47

"On peut se pardonner ce genre de choses ?
-Oui, je sais, cela semble froid et dénué d'humanité. Pourtant le temps est capable d'atténuer même ce genre de douleur. Tout ce sang... Tous ces cris qui retentissent nuit après nuit... finissent par s'éteindre. Un jour vous vous rendez compte qu'ils ne vous tourmentent plus. Si vous avez de la chance, il n'est pas trop tard pour vivre encore.
-Général... Mysti... Comment quelqu'un d'aussi jeune peut-il tenir un tel discours ?
-La guerre. Les déesses. Pourquoi ai-je été choisi à la place d'un vétéran plus à même de surmonter ? Je l'ignore.
-Je ne vous envie pas. Tout ce poids à porter... Affronter mes propres démons me semble déjà bien difficile, alors porter ceux des autres à bouts de bras ? Est-ce que je vous ai déjà dit pourquoi je voulais être mage, enfant ?
-Non.
-J'ai toujours aimé la neige. Elle tombe en silence. Blanche, par petits flocons. Tout le monde aime voir tomber la neige. C'est comme si le ciel soufflait ses baisers vers nous. On ne se rend compte de sa présence que lorsqu'elle flotte devant l’œil, avant d'aller se coucher sur le sol. Les enfants aiment la neige. Ils jouent avec. Les adultes redeviennent des enfants avec elle, l'espace d'un moment. Ce que j'aime le plus dans cette magie je crois, c'est le sens enfantin qu'elle porte. L'espoir. L'innocence. Mais... plus j'apprends à la maîtriser et plus j'ai l'impression que je passe mon temps à me mentir. La neige se change en glace. La glace frappe et fend les chairs, elle fait tomber et empale les plus maladroits. La neige s'est teintée de rouge un beau jour... Et me voilà bien trop sérieux pour jouer avec. De nos jours, la neige est devenue pluie de sang. La guerre approche de nouveau, contre un tout nouvel ennemi que personne ne peut encore appréhender. Qu'est-ce que War ? Qu'est-ce que Famine ? Combien y en a-t-il comme elles ? Et qui pourra les arrêter ? A un moment, quand nous étions embusqués sous cette maison, je me suis forcé à regarder Famine, à détailler ses atrocités en espérant pouvoir cerner une faiblesse. Et je me suis dit alors que peut-être elle arrêterait si je me faisais tomber la neige avec mon Fimbulveltr... Si tout se couvrait de blanc, si le sang disparaissait sous une couche d'innocence, peut-être pouvais-je trouver le repos quelques minutes, avant de mourir à mon tour ?
-Organisons une bataille de boules de neige.
-Quoi ?
-Tu as raison. A cause de ces événements nous perdons la part d'innocence qui est en nous. Alors, pour la retrouver, fixons une date, demandons à tous les mages de glace de faire neiger le ciel, et faisons une bataille de boules de neige ! Un concours de bonshommes de neige. Des sculptures d'ange dans la neige. Pendant quelques heures, il n'y aura que du blanc partout. Et la magie ne servira pas qu'à tuer."

Le regard du général brillait, ce qui déconcerta le mage face à lui. La gorge de ce dernier se noua soudain, ses joues se teintant d'un rouge cramoisi tandis que tout son corps se tendait à la perspective de retrouver un morceau de ce qui le fascinait dans son art. Mysti sourit en sentant le changement, et ses lèvres s'étirèrent en un arc soudain de soleil dans un ciel bleu d'été.

"Qu'avez-vous fait pendant un an loin de nos murs, général ?
-Ce que j'ai fait ? Je suis parti à la recherche d'un baume pour mon cœur meurtri, et je suis revenu en sachant m'abandonner à la vie quand les circonstances l'exigent. Le feu qui me brûle et me pousse à tout tenter pour protéger ceux que j'aime a bien voulu laisser un peu de place à une petite part d'égoïsme. Si je prends le temps de panser mes blessures, si nous prenons tous un peu de temps, rien qu'un jour dans une année, alors nous nous rappellerons pourquoi nous nous sommes engagés dans cette voie au départ. En tant que mages, notre but premier n'était pas de tuer. Nous voulions d'abord apprendre à créer des miracles, à émerveiller tout en nous émerveillant nous-mêmes. Faire tomber la neige ou éclairer la nuit de mille feux ardents, faire voler des rêves ou au contraire les laisser tomber en silence, sous forme de flocons. Peut-être que de là-haut, ceux qui sont morts avant nous pourront voir et entendre. Ils enverront leurs pensées dans ces flocons et nous sauront alors que tout cela n'était pas vain.
-Ah... Je n'avais pas envisagé la chose sous cet angle. Ce serait un hommage envers eux ?
-Bien sûr. Penses-tu qu'ils veulent voir ceux qu'ils aiment vivre sans joie ? Voudrais-tu voir tes enfants éternellement affecté par ta mort, ou qu'au contraire ils la bravent pour se reconstruire et repartir de l'avant ?
-Qu'ils vivent... Je voudrais qu'ils vivent... en paix et en bons vivants..."

Sentant l'émotion gagner son soldat peu à peu, Mysti lui tendit l'avant-bras à la manière des guerriers, et l'homme le saisit fermement en réponse. Le feu et la glace glissaient entre eux sans s'affronter, complémentaires sans s'annuler. Alors, s'approchant de l'oreille de son subordonné, le blessé murmura :

"Je te pardonne. Tu as fait tout ce qui était en ton pouvoir. Maintenant trouve le repos et deviens plus fort, car la prochaine fois nous les combattrons plus férocement encore. Et n'oublie pas de vivre."

Il se redressa avec le même sourire flamboyant aux lèvres qu'auparavant, auquel l'officier répondit de bonne grâce.

"Je compte sur vous pour être remis lors de cette bataille neigeuse."
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Ven 30 Sep - 23:29

Une tape amicale sur l'épaule acheva de faire craquer l'homme à bout de nerfs, et Mysti n'eut besoin d'aucun mot pour comprendre qu'il demandait à passer un moment seul dans la salle afin de reprendre contenance. Les soldats ne géraient pas tous leurs souffrances de la même manière, et même dans ces conditions la fierté imposait parfois de ne pas céder devant tous. Le général quitta donc la pièce, le cœur réchauffé d'avoir réconforté ses compagnons d'infortune. Les sillons larmoyants aux coins de ses yeux se voyaient encore, mais il ne fit rien pour les sécher, tandis que son sourire serein ne quittait plus son visage. Les troupes constataient ainsi que les choses allaient mieux pour ces soldats éprouvés et leur chef, et leurs saluts n'en furent que plus enthousiastes. Une défaite, mais pas la guerre.

"Général !"

Séraphin accourut à petites foulées. Malgré l'autorisation de quitter son poste, il était resté à attendre son maître sur une chaise, résolu. Mysti ne put s'empêcher de ressentir une certaine fierté pour ce bout d'homme qui ferait un jour un chevalier digne et déterminé.

"Nous allons aux écuries.
-Aux écuries ? Mais, et votre blessure ? Vous ne pouvez pas chevaucher ainsi !
-Non, mais j'ai encore le droit de passer du temps avec ma jument. Et cela te fera un peu d'expérience en équitation. Si tu veux apprendre, c'est l'occasion.
-Sire... ! Merci ! Mais, si soudainement ?
-J'ai l'impression que tu penses que chacune de mes décision est pesée pendant des heures avant d'être appliquée. J'agis sur impulsion moi aussi quand je n'ai pas la vie de centaines de personnes à commander, tu sais ?"

Ils devisèrent ainsi tranquillement jusqu'à entrer dans les écuries, puis le mage montra au page comment s'y prendre avec l'abreuvoir et la réserve de foin, comment brosser et dépoussiérer, vérifier les sabots et les curer si besoin, seller et commander la monture une fois sur son dos. Fraise se prêta docilement à l'exercice, tout en gardant à l’œil son ami de toujours pendant que l'apprenti se tenait trop tendu sur son dos. Sans prévenir, le général les fit sortir de l'enclos destiné aux chevaux de l'armée pour aller faire un tour en ville, lui à pieds, Séraphin à cheval. Les villageois s'étonnèrent de cette curieuse disposition, et la plupart en oublia presque la tragédie de Famine.

"Quand nous serons de tour à la caserne, je devrai m'absenter un moment. Un homme est en prison par erreur et je me dois de l'en sortir. Le temps du rapport et des formalités d'usage sera plutôt long, et je compte m'entretenir avec lui aussitôt après. Je te le répète, tu as le droit de prendre le reste de la journée pour toi.
-Sire, je suis votre page. Mon devoir envers vous est plus important. Si vous devez y aller seul, je vous attendrai, comme pour tout à l'heure. C'est ce qu'on m'a enseigné, et je ne veux pas profiter de la première occasion pour fuir et m'amuser.
-Entendu, je ne te redirai pas alors. Tu es un exemple pour tes pairs.
-Merci, sire."

Dans les jours qui suivirent, le soldat entreprit d'accélérer au mieux les démarches liées à Isaak, plus longues qu'il ne l'avait envisagé. Séraphin fit de son mieux pour le seconder sans le gêner, tout en surveillant qu'il ne se fatiguait pas trop. Il ne relâcha pas son inquiétude avant de voir Mysti ressortir de la prison l'air calme. Les soucis le rattrapaient, avec ce bretteur convalescent et ce qu'ils se racontaient probablement au sujet des sorcières, mais le général abordait les choses sans s'énerver.

"Sire, une lettre est arrivée en votre absence.
-Ah ? Et que dit-elle ?
-Euh... Je ne sais pas, je ne l'ai pas ouverte. Aurais-je dû... ?
-Non, justement, je te félicite. Ta discrétion est sans failles. Y a-t-il un cachet dessus ?
-Oui, mais je ne le connais pas.
-As-tu des connaissances en héraldiques ?
-Très faibles, sire.
-Bien, ce sera ta leçon du jour. Sais-tu au moins lire et écrire ? Ne prends pas cet air bêta, tout le monde n'a pas cette chance.
-Eh bien, oui je sais lire et écrire. Mes excuses pour mon arrogance, sire."
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MessageSujet: Re: Retrouver la paix quand sonne la guerre   Jeu 20 Oct - 13:28

La vie reprenait doucement ses droits sur le jeune homme à mesure s'appliquait à réparer tant bien que mal les dégâts collatéraux de l'affrontement contre Famine. Il rendit visite à quelques familles délestées de leurs proches qui vivaient à Melior, afin de présenter ses condoléances, malgré le secret défense placé sur la nature du fléau. Ne pas pouvoir répondre à toutes leurs questions lui crevait le cœur, mais il prenait sur lui la culpabilité de telles pertes, et un fond d'aide aux familles les plus en difficulté fut débloqué sur le budget de l'armée pour les aider à pallier ces disparitions.

Séraphin admirait chaque jour davantage l'ardeur que mettait son maître à n'oublier personne, à dérouter les inopportuns qui profitaient des circonstances pour se faire passer pour des proches éloignés ou encore à tenir son rôle auprès des soldats et des conseillers royaux qui demandaient des rapports tant oraux qu'écrits sur la situation.

Fort heureusement, une nouvelle rencontre avec un guérisseur royal lui permit de se remettre complètement de la blessure infligée par Famine. La cicatrice ne se dessinait plus qu'en une ligne nette et fine sur son flanc, un souvenir à ajouter à ceux de la liste qu'il préférait oublier. Sur les conseils et avec le consentement de Geoffrey, il accorda aux soldats directement rescapés et à lui-même un temps de repos indéterminé pour se remettre du choc émotionnel.

Il put ainsi en profiter pour former un peu plus sérieusement Séraphin aux notions de l'épée et de l'équitation, à l'étiquette ou à l'héraldique, aux comportements attendus et à ceux à éviter de sa part, de sa formation de jeune page jusqu'à son passage en tant qu'écuyer, puis apprenti-chevalier. En guise d'inspiration, il lui fit recopier et répéter le serment des chevaliers jusqu'à ce qu'il parvînt à le restituer de tête, avec le parchemin en cadeau pour le chérir comme un trésor.

Enfin, il prospecta parmi ses relations pour trouver un chevalier qui pourrait le prendre définitivement à son service pendant les années de sa formation, et c'est ainsi qu'ils se séparèrent. Dans le regard de l'enfant brillait une infinie reconnaissance que le général vit comme un moteur pour son évolution. Dans quelques années peut-être, un chevalier fringant arriverait sous ses ordres, et alors il se souviendrait du page à qui il avait confié quelques semaines durant ses doutes et ses peurs.

De nouveau seul, Mysti décida de s'octroyer quelques jours à ne rien faire de spécial. Il lisait, se promenait, entretenait ses armes, et la nostalgie d'un foyer lui manqua tout à coup. Sa chambre peuplée seulement de silence lui renvoyait sa solitude et ses espoirs déçus avec Elincia. Bien sûr, toute idée de la séduire l'avait quitté et il s'en portait mieux ainsi, à la protéger comme une sœur plutôt qu'une épouse, mais il songeait qu'il aimerait sans doute qu'on l'accueillît chaque soir par un tendre baiser et quelques petites attentions désintéressées, qu'on l'aimât non pour son grade ou ses richesses, mais pour le cœur flamboyant qui ne demandait qu'à partager dans sa poitrine.

Cette atmosphère sereine et douce qui lui manquait tant, il savait où la retrouver. Il envoya donc un messager dans le domaine De Méline où depuis si longtemps on pensait à lui, rien qu'à lui, Mysti, plutôt qu'à sa grandeur.

Trois jours plus tard, il partait à son tour, sous un soleil chaleureux.
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