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 Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]

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Isaak
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MessageSujet: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Lun 15 Fév - 22:52

L'astre sélénite ouvre l’œil à moitié, haut dans le ciel endormi de Daein. De son éclat cadavérique, il scrute immobile l'horizon englouti par les ténèbres. Sous le voile du borgnon, la roche devient charbon, la nature se transforme en une horde tantôt endormie, tantôt cauchemardesque. La flore se morfond, laissant paraître des branches aux allures de bras griffus et rigides oscillant au gré de la bise. Le moindre bruit alimente la cheminée du doute, de la crainte. Mais dans cette atmosphère occulte, une silhouette s'abandonnait à bien pire horreur. Errante, elle se heurtait au relief accidenté de la zone, répandait ses cris de douleur et d'incompréhension à travers la sylve, quand le fer ne faisait pas parler de lui.


Isaak s'était abandonné à un monde bien plus obscur qu'un simple paysage lugubre de nature nocturne. L'escrimeur avait outrepassé les limites de son corps, mais surtout de sa lame maudite. À nouveau en chasse de bandits pour remplir sa bourse à coups de mercenariat, le Fauve Noir se heurta à une trop grosse proie pour lui. Malgré son entrainement antérieur avec le susnommé Blaze, ainsi que de nombreuses péripéties le confrontant à divers bandits, son expérience du combat lui fut insuffisante pour triompher face au criminel. Il en résulta une situation des plus redoutées par le porteur de la plume de corbeau d'acier : la déchéance totale. Au fil du combat au dénouement inopportun pour le spadassin, corruption et temps s'entremêlaient. Les perceptions du jeune homme s'en voyaient troublées peu à peu, entachées progressivement d'images récurrentes. Les fantômes pullulaient dans la rétine de l'exilé, implorant sempiternellement son trépas. À mesure que les échanges de coups s'intensifiant, les figures spectrales se déformaient davantage, arborant une géométrie effroyable défiant les règles de la réalité. Les extrémités de ces pantins de chair morte suintaient de plus en plus d'une poix nauséabonde, enduisant mille et une lésions qu'aucun esculape ne saurait identifier clairement.  

Une purée de pois verdasse se leva à son tour, troublant d'un cran encore la vision perturbée de l'heimatlos. Elle se diffusait lentement, avec la fluidité de quelque poison pestilentiel dans l'air. Le brouillard céladon gagna en opacité et étrangla alors le sinistre logos de l'assemblée des morts à travers un atroce borborygme discontinu. À ce stade du délire, Isaak ne pouvait attribuer l'origine des voix qu'il put distinguer tant bien que mal à un quelconque organe de la parole classique. Il n'y avait rien d'humain dans ces sonorités, ni d'animal, encore moins de naturel. Elles allaient jusqu'à déchirer les tympans, portant aux oreilles du condamné une myriade de coups de couteau et d'orages, forçant ce dernier à se retirer de son affrontement dans un ultime élan de lucidité. Son instinct primaire lui intima un tel acte, persuadé qu'un duel dans de telles conditions ne conduirait qu'à un trépas certain et abominable.

Il erra longuement dans la futaie escarpée, explorant aussi bien des territoires inconnus à ses yeux comme pour son esprit. Dans les abysses que renfermait son artefact maléfique, l'ancien Moine Fou sonda ses souvenirs les plus pénibles. Des réminiscences vinrent éclore çà et là dans l'épais manteau gazeux de jade putrescent. Tantôt bulle éclatant à la surface d'un lac acide, tantôt œuf de larve qui se brisait. Isaak se rappela de gré ou de force de son pèlerinage malsain, de la perversion qu'il apporta sur son sillage. Le bourdonnement envahissant des mouches dévorant la carne terne de ses confrères de Belogor sembla meurtrir le cerveau du blondin. Dorénavant le jeune homme s'abandonnait à ses souvenirs d'enfance, ceux entachés par la peste pourpre et l'effacement progressif du genre humain dans le monastère trahi par sa déesse.

Soudain, l'égaré approcha vaguement d'un village de campagne, à proximité du paysage abrupt. Son allure aléatoire perdit en diligence, confronté à une énergie des plus singulières. Bien que noyé dans sa mémoire inquiétante, Isaak percevait une aura à la noirceur inégalable. Elle n'avait rien de vraiment comparable avec celle qu'il possédait, tout comme celle de sa flamberge maudite, toutefois elle irradiait d'une puissance époustouflante, de quoi tirer le quidam de son somnambulisme cauchemardesque. Le fauve se laissa guider inconsciemment vers ce halo abscons, comme une nuée d'insectes attiré vers la lueur d'une lampe.

La lampe en question n'était pas des plus ordinaires, bien au contraire. Au pied d'une colline que le blondin névrosé peina à descendre sans manquer de s'écrouler, Isaak se retrouva plus ou moins face à la silhouette du redouté Redeye. Un nom désignant un terrible guerrier à l’œillade d'amaranthe qui errait dans Tellius en trainant avec lui sa renommée de meurtrier. Mais pour le fauve noir, la réputation de l'homme à la crinière de sang et de charbon n'avait pas atteint ses montagnes reculées pour se méfier, encore moins dans son état actuel. Son regard cérulescent peinait à distinguer à travers la brume fictive et les spectres qui abondaient en son sein le colosse à la lame pourfendeuse de dragons. Soufflé par l'aura nébuleuse du spadassin, l'exilé manqua d'abandonner son arme qui jusqu'ici fit office de canne pour supporter le poids de son corps meurtri de coups, et s'écroula partiellement, considérant le susnommé Kerorian dans un confus et faible appel.


❖ Aid… folie… l'épée noire… dez-moi…

Nulle doute que cette sollicitation ne s'adressait pas au plus altruiste des Beorc, mais perdu dans les affres de son passé, Isaak ne pouvait procéder autrement. À mesure que le temps s'écoulait, il s'enfonçait un peu plus vers un point de non-retour aux allures de pandémonium, avec pour trône du roi des démons, sa propre épée. Le pari était risqué, mais il n'en tenait qu'à son allocutaire d'être l'Arthur qui retirerait du rocher de sa psyché le supplice généré par son arme.
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Kerorian
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Mer 24 Fév - 2:17


Que faisait-il ici ?

C'était une question bien évidemment récurrente, et pas seulement chez lui. Tout le monde finissait par se la poser, elle, ou l'une de ses cousines. "Où-suis-je", "que dois-je faire" ou encore "qui sont ces étranges petits personnages avec leurs têtes rondes et leurs grands yeux tout noirs", il est possible que l'on s'égare...
Bien sûr, ces petites interrogations étaient aussi quotidiennes qu'indispensables, où irait-le monde sinon ? Probablement pas par-là en tout cas. Les gens se questionnant de la sorte sont tous égaux face à l'ignorance ou l'incertitude, des paysans fatigués et les nobles enfarinés, du plus fier guerrier au pire pétochard.
Dans le cas de Kerorian, une question supplémentaire s'imposait. Qui était-il en ce moment ?

Pour cela, faisons comme Kira et remontons un peu dans le temps. Quelques jours plus tôt, le Rôdeur était-allé retrouver la seule chose réellement précieuse à ses yeux, une toute petite créature, si fragile, si douce, qui lui avait pourtant offert une autre forme de vie, encore plus minuscule et vulnérable. Ne parvenant pas à rester loin d'elles qui avaient une influence positive en plus sur sa dangereuse psyché, le vagabond les avait emmené avec lui, jusqu'à Daein. Beau pays selon lui, sa patrie qui saurait le nourrir, lui et sa famille, tout en lui rappelant ses origines, ses valeurs, son honneur. Ainsi, le guerrier borgne espérait que sa terre natale et les femmes qui lui étaient chères, une musicienne à la voix enchanteresse et une morveuse braillarde qui deviendrait une femme aussi forte que sublime, puisse l'aider à résister aux tourments qui le hantaient.
Charmant petit tableau n'est-ce pas ? Que c'est mignon, on en pleurerait. Hé oui, le vagabond, le spectre solitaire, l'inquiétante silhouette drapée de ténèbres et de sang, son corps portant les marques à la fois de sa patrie que de ses souffrances a fini par fonder un adorable petit foyer, avec une gamine qu'il protège crocs et griffes et une femme qu'il serre comme une porcelaine lorsqu'il l'embrasse. C'pas trop mal tout ça hein, une maison, une famille...une Kira qui n'a pas encore fait sauter un pays malgré plusieurs tentatives...

Mais...y'a pas un truc qui vous chiffonne ? Remontons donc cette histoire encore une fois...non mais littéralement. Non sérieux, faut remonter tout ce blabla là hein, arrêter de sucer votre pouce, laissez votre slip tranquille et cessez de vous curer le nez quand je vous raconte une histoire dramatico-romantique, sale monstre, et scrollez donc vers le haut, imbécile !

Ayé ? Vous voyez, c'était pas dur, mais vous avez compris malgré tout, ou faut-il que je vous explique tout en détails ? Ah ! Le peuple...vous savez que l'une des voix dans sa tête est en train de se payer la vôtre là, hein ?

Hé oui, Kerorian avait désormais une maison - bon le concept de maison est à redéfinir, mais disons que quatre murs qui tiennent debout, un toit qui prend pas trop l'eau et une porte, c'est une maison - et une famille. Alors que faisait-il ici, seul, à errer au milieu des rues comme un fantôme au regard menaçant ?
Vous remarquerez comme il est facile de raconter un tas de bordel pour absolument rien dire, car vous auriez pu éviter de lire tout ceci, puisque depuis les quatre mots de l'introduction, rien n'a changé.

Le Rôdeur fuyait. Sa si chère famille l'aidait à rester concentré, à maintenir sa volonté de résister à ses tourments, à se battre pour ceux qu'il aimait...mais toute la détermination du monde ne suffit pas pour lutter contre un tel maléfice. Tôt ou tard, ce spectre, une ombre sinistre de lui-même, qui souriait dans son dos prendrait sa place. Il voulait protéger Liyu et sa petite Louka, plus que n'importe quoi d'autre le Rôdeur souhaitait les avoir près de lui, pour lui...et son alter-ego était parfaitement d'accord avec le principe, mais pas sur la manière.
Alors il s'échappait. Prétextant faire un tour pour chercher un peu de travail, pour se tenir aux courants des rumeurs, pour renouer avec ses vieilles habitudes...le bicoloré s'évadait loin de son nouveau - et bringuebalant - foyer. Lorsque les soif de sang aveugles se faisaient trop violentes, il avait besoin de retrouver les siens pour s'apaiser en profondeur...mais lorsque la cruauté de l'égoïsme prenait le pas sur la générosité, sur l'amour, alors il lui fallait à tout prix les fuir dans l'heure.
Oh que oui il aurait volontiers gardé sa chère et tendre compagne avec lui, à tel point qu'il l'aurait même voulu en plusieurs morceaux pour mieux profiter de sa présence ! Quant à la gamine...la plus grande question se résumait généralement à, grillée au sel, mijotée avec des patates ou bien crue pour préserver la saveur naturelle de sa propre chair ?
Vous comprendrez qu'il était temps qu'il foute le camp. Cette horrible faim lui déchirait le ventre, et il devait lutter jusqu'à la migraine pour empêcher ses pieds de faire demi-tour trop tôt, mais au moins, aucun étranger n'éveillait son intérêt malsain. Dans ces moments là, il voulait quelque chose de très particulier, pas des poissards poisseux qui sentent le poisson. Quoique ceux là ne sentent probablement pas le poisson. On s'en fout.

Que faisait-il ici ? Il attendait que son humeur et ses instincts changent...jusqu'à ce qu'une espèce de vieille loque boiteuse s'écroule à ses pieds en babillant une incongrue supplique. L'oeil solitaire se tourna vers l'inconnu, tirant un Rôdeur aussi concentré qu'étourdi de ses pensées. Voilà de quoi passer le temps, à défaut de le manger. L'a pas l'air frais de toute façon. Il est bourré ou quoi ? Hm...cela semble plutôt autre chose. Boarf. Ivre-mort ou trépané - pardon, trépassé - tout court, ou prochainement, cela ne fait jamais de mal de se - faire - rafraîchir les idées.
Conciliant et délicat comme pas deux, le colosse des montagnes attrapa la carpette blondinette par le col d'une main, son épée de l'autre parce que c'est important, et traîna le tout sous le regard circonspect des badauds locaux, avant de jeter le second par terre et le premier tête la première dans la fontaine. Mais de tout le temps qu'il tenait l'arme du décédé dans sa poigne, il se passa quelque chose d'étrange... Il vit des choses dans sa tête, des événements difficiles, tragiques. Beaucoup de souffrance aussi. En soit, rien qui ne surprenait le Rôdeur. Mais ce qui était étrange c'est que ces visions semblaient venir...d'ailleurs. Ce n'étaient pas les hallucinations ou les bribes de passé qu'il connaissait déjà.
Il compta...lentement, quelques secondes. Puis attrapa de nouveau son sac à patates tout neuf et le sortit de l'eau, haussant un sourcil perplexe. L'avait une bonne tête de bon gaillard de la route lui, qu'est-ce qui foutait à lui ramper sur les chausses ce con ?


"Qu'est-ce que tu m'veux, crevette ? Qu'est-ce qui t'arrives ?"

A défaut de dévorer deux jolies nana, enfin, une jolie et une qui le deviendra, le Rôdeur pouvait toujours satisfaire sa curiosité. Ce mec ne paraissait pas du coin, et devait se traîner une sacrée histoire...le grand vagabond aimait bien les histoires, glauques, héroïques ou farfelues, ça faisait passer le temps, et là il en avait sacrément besoin.




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Isaak
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Sam 2 Juil - 0:20

Porté par les vents du destin, Isaak fut contraint à un pari des plus douteux. Celui de confier son existence aux mains ensanglantées d'un ostrogoth à la fâcheuse réputation de reître : Kerorian. Embrumé par le poids de la malédiction qui ne cessait de prendre l'ampleur dans son esprit affaibli, il se présenta à lui telle une carcasse mouvante. Difficile de juger de qui le Fauve Noir tenait le plus en cette situation pathétique : de la vulgaire larve rampante incapable de s'élever au rang des bipèdes, ou bien du gibier ensanglanté, tailladé de toutes parts s'offrant gratuitement au prédateur. Néanmoins, il se tenait bien là, dans un état proche de l'épuisement extrême, haletant de manière irrégulière face au colosse de Tellius. Miséricorde ou trépas, l'espace d'un instant, le jeune blond vacilla, incapable de prédire son sort. Les ombres engloutirent sa vue. Embourbés dans les sables mouvants de son passé cauchemardesque, il se laissa sombrer dans l'inconscience, dans sa forme la plus sommaire.

Pris dans la prostration, et la confusion dégagée par sa lame d'ébène, l'ancien Louka discerna avec grande peine quelques silhouettes éthérées qui émergeaient de l'obscure vacuité avant d'y retourner. Il y distingua vaguement celle d'un grand homme, dont le regard bienveillant fit office de seul descriptif. L’œil d'un ange gardien, d'une figure paternelle, qui s'effaça subitement dans les flammes et la pestilence. Puis vinrent une légion de mouches, de zombis et toute une multitude de lémures indescriptibles, brisant les lois de l'optique et de la physique pour s'imposer à la vision fragile d'Isaak. L'espace d'un instant, un vif éclair brisa la scène d'horreur. De part et d'autre de l'apparition nitescente des ailes à l'éclat charbonneux naquirent, ne cessant de croître pour venir envelopper Louka dans un occulte cocon de rémiges.

Bientôt, le brasier de silhouettes s'embrasa, porté par les vents de la malédiction et devint objet de torture : Isaak allait subir le châtiment de l'ordalie par le feu. Paradoxalement, ce fut dans un monde de gel intense que le blondin fut plongé. L'humidité de la caverne se mêla à la violence cruelle du blizzard dans un calme absolu toujours dominé par la pénombre. Plongé au beau milieu de cet univers algide, le condamné distingua dans la nuit froide les silhouettes précédentes, une à une. Il les considéra l’œil attentif, puis les dévisagea. Il s'assura de leur authenticité et manqua d'étouffer un sanglot en confirmant ses doutes. Le pas hésitant, il s'approcha peu à peu de l'agglomération de cette famille retrouvée avant de se fondre à elle. Malgré la peau cyanosée, l’œillade inerte des proches, Isaak se laissa séduire par cette curieuse retrouvaille.

Ils étaient là, tous réunis devant lui, plus ou moins vivants. Happé par le désir de retrouver ses proches disparus, il fit abstraction de toute la froidure de ce monde, ne se focalisant que sur les siens. Ceux qui le tiraient de sa solitude presque sempiternelle.

Le reste attendra. Il devait pour l'heure enlacer les siens, échanger quelques regards avec ses deux pères de cœur, Uriel comme Leif. Son sourire devait renaître à la vue de cette étrange entité sans visage qui lui évoquait le souvenir d'une personne chère à son cœur. Il ne la connaissait pas, ne la reconnaissait plus. Mais il savait qu'elle comptait son esprit. Qu'elle était particulière. Sa main se posa sur sa joue, afin de vérifier via le contact la chaleur de sa peau. Le maudit fut trompé par le même artifice que ses yeux lorsqu'il pensa sentir sur sa pommette livide un éclat de vie. Bien trop préoccupé à l'idée de redécouvrir cet univers qu'il avait à plusieurs reprises autrefois perdu, il ne sentit pas l'eau couvrir le sol progressivement. Trop absorbé par l'unicité de l'évènement, il s'abandonna peu à peu sous quelque mètre d'eau qui rapidement l’immergea totalement ensuite. Son regard se noyait dans le visage amorphe de sa Sauveuse, tâchant de s'imprégner chaque instant de Sa présence, tandis que la dite présence s'appliqua dans un premier mouvement lugubre à enfoncer le crédule dans la masse frigorifique, la main cérulescente enfonçant vivement le crâne de l'exilé vers le bas.

Malgré la noyade imminente, Isaak resta inerte, l'air béat. Il ne pouvait se résoudre à entreprendre la moindre initiative, transi par le visage florissant de Celle qu'il attendait. Alors que sa vision fut floutée par l'omniprésence de l'aqua simplex, le derme de sa dite famille se détraqua par endroits, virant au translucide, proche du gélifié. Entre exécution et indulgence, le goliath laissa l'eau agir à sa place. Incapable de réagir, le corps inerte du Beorc fut immergé entièrement dans l'abreuvoir à la vue d'une tourbe pantoise. Les sirènes néfastes furent balayées promptement à la suite de ce plongeon. Il ne subsista qu'un corps atone s'immergeant peu à peu dans la froidure de la fontaine.

À la frontière de deux mondes, le sien et Tellius, Isaak se sentait appelé par l'écoulement de l'eau, le remous des vagues à la surface. Il sentait les spirales grondant au creux de l'âme, le murmure des ondines apaisant de manière occulte son esprit. Loin de ce microcosme de chimères morbides et la réalité, le jeune homme s'abandonna à l'élément de la vie. Sa posture actuelle ne le laissait pas paraître, toutefois il stagna dans un état quasi-embryonnaire dans ce placenta d'eau de source et de pierre. Bercé par le remous, Isaak fut exorcisé de toute confusion. Bien que son sang obscurcissait le bassin, sa conscience semblait, elle, purgée peu à peu du maléfice de cette épée qui inspire la crainte à chaque prise. Dans un monde de silence et d'absence, la folie ne disposait d'aucun support pour se propager. Le regard du blondin se laissait inconsciemment guider par l'écume qui remontait subitement à la surface. Nul trouble interne ne saurait perturber l'orphelin dans sa contemplation viscérale.

Ce qui parut être un long moment de symbiose avec l'élément aqueux aux yeux du mercenaire pâmé, ne fut en réalité qu'une poignée de secondes abrégée par la main de Kerorian. De retour sur les pavés crasseux de la bourgade, Isaak marqua un léger temps avant de revenir à lui, expectorant un mélange d'eau et de sang aux pieds de son sauveteur. Sa tête ne bourdonnait plus à cause de la nuée de souvenirs et d'illusions acerbes qui assaillaient ses méandres. Néanmoins, son corps lui portait encore les stigmates de son échec sur le champ de bataille. Une oreille tendue difficilement put comprendre que le sauveur s'adressait au réveillé. Rassemblant le peu de forces dont il disposait, le bretteur se releva lentement, un œil refermé par la douleur, ne laissant apparaître qu'un saphir face aux grenats de son interlocuteur.


❖ Merci … J'avais perdu le contrôle à cause d'un duel qui a mal tourné… et surtout à cause de cette épée.

Sa tête s'inclina péniblement, balayant succinctement du regard la position de la dite arme maudite. Le fardeau subsistait encore aux côtés de son possesseur. Son regard revint ensuite vers le goliath. Il hésitait à lui adresser la parole une seconde fois, à se présenter comme un gage de politesse et de remerciement. Cependant une vive quinte de toux sanguinolente arrêta le heimatlos dans son élan. L'état d'Isaak inspirait la gêne, tant ses blessures nettoyées sommairement par la fontaine avaient de quoi attirer l’œil. Une fois encore, la Mort ne voulait pas d'Isaak. Le forçant à se tenir plus ou moins droit devant l'un de ses Émissaires.
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Dim 17 Juil - 11:43


Qu'était donc cet étranger ? Sale, blessé et désormais trempé sans pour autant en être lavé de ses pêchés qui lui collaient à la peau comme le sang des plaies qu'il paraissait dissimuler sous son accoutrement. Ce n'était pas un homme banal, quelque chose...le différenciait.
L'un des spectres qui hantaient l'imaginaire tangible du Rôdeur vient s'enrouler autour de lui, effleurant sa joue en étirant ses lèvres inexistantes en un rictus étrange que l'on pourrait qualifier de sourire. Le fantôme tandis son bras halluciné, son ombre incertaine s'effaçant en passant sur le manteau de l'étranger en fond. Les murmures reprirent... Kerorian ne prenait pas la peine de les écouter. Il n'en avait pas envie, ne le pouvait pas, ou ne devait pas le faire. Honnêtement, il ne savait pas quelle était la bonne réponse, mais il savait qu'il ne le fallait pas.
En théorie...

En réalité, ces échos pernicieux étaient toujours là, provenant non pas des airs hantés qui l'entouraient -ou peut-être que si - mais du fond de son être, de cette déchirure dans son âme et ses chairs. Quelque chose l'appelait. Pour quoi, aucune idée, mais aujourd'hui ça touchait cet homme. Ses pensées confuses tentèrent de faire le lien entre les mots, les actes et les apparitions de ses tourments.
De la folie, une épée noire, un combat, et encore de la folie...
Autant de mots, de concepts familiers, omniprésents, obsédants.
Mais ce n'était pour lui.

Ce type portait une malédiction lui aussi, ou un fléau, ou qu'importe le nom et la source. Il lui ressemblait.
Cela le troublait.
TUES-LE !
Faire face à un...semblable le prenait de court. Ses errances avaient donné l'habitude au Rôdeur de se fier à son instinct et d'improviser ses réactions le plus souvent, lorsqu'il faisait face à un imprévu. Mais ici, même son instinct était confus.
Déchires-le, il a ce qu'on cherche
Peut-être était-ce enfin l'occasion de briser la routine, cette illusion de jour après jour, nuit après nuit...pour lui, il n'y avait plus qu'un seul jour et une seule nuit. Une vie, une mort. Peu lui importait que cela soit vrai ou non, le vagabond avait besoin...de se changer les idées.
En particulier lorsqu'elles commençaient à nouveau à s'assombrir, affamées par la perspective de dévorer une âme noire.
Le guerrier recula un pied, cherchant à se soustraire au moins par le geste à ses démons, à l'appétit féroce qui commençait à le tordre au fond de lui. Ce type n'avait pas vécu jusqu'ici juste pour se faire tuer, alors qu'il avait tant à lui dire...
Mais c'était bien pour soulager ses maux qu'il était venu s'écrouler à ses pieds comme une larve, sur cela on est bien d'accord.


"Tu dis...beaucoup de choses...intéressantes, étranger."

Son oeil solitaire s'écarquilla lorsque que l'heimatlos cracha du sang. Faible, fragile, mourant peut-être. Il devait se dépêcher ou il lui filerait entre les doigts. Ce con serait foutu de crever avant qu'il le fauche !
Kerorian secoua la tête pour chasser les spectres d'une tentation aussi sombre que friable, et amorça un geste qu'il suspendit aussitôt.
Devait-il lui tendre la main ?
Ne le tuerait-il pas s'ils se touchaient ?


"Mais tu risques de ne pas les dire longtemps, si tu restes comme ça. On va te trouver un toubib' "

Originellement, le Rôdeur aurait très certainement embarqué le pauvre hère sur son épaule jusqu'à l'église, dont il apercevait le fier clocher, un peu plus loin. Après tout, c'était la vocation des hommes de foi de soigner et protéger, le corps comme l'âme.
Mais Kerorian se sentait interdit de pénétrer dans une église...et il avait le sentiment que son "très cher comparse" connaîtrait le même sentiment s'ils s'approchaient.
Chez eux, il n'y avait plus rien à sauver.




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Mar 9 Aoû - 23:09

Isaak revenait de son court séjour dans le royaume des ondines. Un étrange rituel, avec pour autel cette fontaine quelconque, qui purifia par un procédé des plus sibyllins l'âme tourmentée du fauve blessé. Au bout du voyage, malgré cette ablution tant spirituelle que somatique, ce fut un bretteur trempe, encore faible et surtout couvert de blessures ouvertes qui ressortit de la source d'eau. Face à lui se tenait le colosse qui l'avait sauvé, qui ne tarda pas à commenter ses premiers mots hors de l'abreuvoir.

❖ Tu dis… beaucoup de choses… intéressantes, étranger. Mais tu risques de ne pas les dire longtemps, si tu restes comme ça. On va te trouver un toubib.

Avant même de pouvoir répondre à l'invitation de son interlocuteur, Isaak fut pris de nouveaux vertiges. Sa dextre rejoignit son front, pour tenter d'apaiser facticement la douleur. Un voile opaque recouvrait la place, flou comme un mirage. La brise s'étouffa brusquement. Levée de rideau. En un éclair, l'hallucination reprit le dessus sur l'esprit éreinté d'Isaak. Des corps éventrés par centaine inondant la fontaine. Une odeur pestilentielle régnant en despote volatile. La vue du sang séchée, de la peau livide. Et surtout cette guirlande morbide de pendus, faisant la jonction entre les deux grands bâtiments séparés par la place.

Cette vision d'horreur arracha à Isaak un vif vomissement au pied de la fontaine. Saisi de nausée, il se releva péniblement, manquant d'apprécier la vomissure partiellement sanglante au spectacle que le contrecoup de son artefact lui imposait. À trop s'enivrer du maléfice de l'épée sans nom, le bretteur subissait une terrible veisalgie. Quand bien même sa dextre s'abstenait de tout contact avec le pommeau de cet instrument de terreur mutuelle, l'exilé de Belogor en subissait l'effet pernicieux de puiser dans ses souvenirs pour diffuser sous son unique regard un spectacle d'épouvante.

Son mal de cœur s'atténua d'un cran, autorisant au malheureux de s'abreuver à la fontaine qui reprenait enfin son contenu originel. Prenant appui sur le rebord de la structure de pierre pour se relever une énième fois, Isaak se tourna vers son sauveur.


❖ C'est bien vu. lança le blessé, commentant avec une pointe de sarcasme aussi bien subtile que mal placée la remarque de l'anonyme quant à son état critique. Allons voir si un apothicaire traine dans le coin. La charité de l'église a vite ses limites, surtout quand il s'agit d'accueillir un renégat.

Dans l'optique d'avoir une prestance au moins convenable afin d'avoir de meilleurs résultats dans sa recherche, le quidam à la crinière d'hélianthe nettoya ses dernières plaies encore terreuses à l'eau de la fontaine, qui ne demandait certainement pas autant de sollicitation en si peu de temps. Après s'être préoccupé de son hygiène quelques instants, Isaak invita son sauveur à le suivre en quête d'une officine, ce dernier semblant partant pour contribuer - ou du moins, assister - au rétablissement de son interlocuteur.

La marche fut pénible pour le spadassin. Le Fauve Noir discernait son ossature des articulations et autres câblages organiques comme un supplice à chaque pas, conférant à ce dernier une erre pathétique. Par chance, Isaak n'eut pas à couler ses foulées dans la torpeur et la douleur longtemps. Guidé par la senteur si forte et caractéristique du camphre, le tandem d'épéistes se retrouva face à une apothicairerie. La bâtisse ne payait pas de mine : mal entretenue, presque poussiéreuse, elle semblait ne pas jouir d'une grande affluence. Bonne santé régionale ou médiocrité mercantile, le renégat de Belogor n'en avait cure. Pour l'heure, il avait juste besoin de premiers soins, qu'importe qu'il se fournisse chez le mire royal ou auprès d'un pharmacien de campagne.

En rentrant dans la boutique, l'odeur du camphre agressa davantage les narines du présumé client au regard cobalt. Des pots et jarres aux contenus divers ornaient chaque côté de la pièce principale, tandis que derrière la caisse, d'imposants meubles aux tiroirs de bois abritaient sans doute plantes et ingrédients en tout genre. Alerté par le tintement du carillon posté au seuil de l'entrée, le propriétaire du lieu émergea de l'arrière-boutique. Affligé par les torrents du temps, la caractéristique la plus frappante sur son visage relevait de son regard. Ses petits yeux, dignes d'un rongeur, scintillaient faiblement de malice derrière les ronds de verre sales qui constituaient ses lunettes. Si tôt à portée des deux arrivants, il lutta contre un amas de rides pour former un léger ri et quémander l'objet de la venue au duo d'escrimeurs d'une petite voix trahissant sa sénescence.

Isaak exprima alors son souhait de s'occuper au plus vite de ses blessures, du moins les plus récentes, qu'il présenta brièvement pour appuyer sa demande. Aux yeux d'un thérapeute, le corps du Beorc était un livre ouvert : par manque de page, les nouvelles blessures s'écrivaient par-dessus les anciennes encore lisibles, gommées maladroitement par la convalescence.


❖ Je pense avoir ce qu'il faut… affirma faiblement le vieillard, qui se retourna vers ses tiroirs pour concocter un cataplasme.

Le guerrier laissa la préparation s'effectuer d'un œil attentif. Autrefois, lorsqu'il était tourné dans la prière et la contemplation de l'astre coruscant au petit matin, Louka s'intéressait à l'herboristerie, l'art de guérir par les plantes. Cette faculté qu'avait la nature d'offrir à l'Homme pour prolonger ou améliorer la vie avait toujours fasciné le jeune croyant. Il s'était alors instruit auprès d'Uriel pour découvrir le monde des herbes médicinales et ainsi apporter sa contribution auprès de l'Ordre de Belogor. Aujourd'hui encore, avec plusieurs côtes cassés et des fractures presque improbables, Isaak continuait de nourrir cet intérêt pour l'herboristerie.

Le temps de jeter un œil sur les divers produits de l'officine en évitant de songer à ses douleurs, Isaak vit revenir l'apothicaire, un morceau de tissu entourant une épaisse pâte herbeuse.


❖ Appliquez ceci sur vos blessures. Ça devrait fonctionner rapidement ! Ça vous fait…

Isaak n'eut guère le temps de retenir le prix complet de la préparation que son visage fut saisi par la colère. D'ordinaire placide, voire glacial, ses sourcils se froncèrent, tandis que son poing frappa la planche en bois faisant office de caisse afin de couper la parole au pharmacopole.

❖ Sachez que je suis blessé, pas stupide et encore moins ignare. Ce que vous m'avez préparé, c'est à base de graines de pavot, je reconnais bien l'odeur. Ça apaise très bien la douleur, mais ça n'agit absolument pas sur les blessures, en plus de coûter cher.

Sa voix percutante fit trembloter le pharmacien, qui outrepassa les brûlures et blessures pour considérer le bretteur froissé qui se tenait devant lui. Bien qu'il n'en avait pas souri de satisfaction, Isaak était ravi de pouvoir, pour une fois, se fier à ses souvenirs d'antan en bien.

❖ Faites moi un cataplasme à base d'argile verte à la place et n'essayez pas de m'arnaquer cette fois. Ma patience a ses limites.

Laissant son épée bâtarde en évidence, le Fauve Noir observa le charlatan s'empresser de retourner à l'arrière-boutique. Ce dernier revint en moins de temps qu'auparavant pour la préparation de son produit onéreux. Au moment de sortir les pièces, Isaak fit une nouvelle fois preuve d'intimidation, exigeant un rabais pour avoir tenté d'escroquer son unique client. La transaction effectuée, il tourna les talons, invitant une seconde fois son sauveur de le suivre et retourna à la fontaine, unique repère fiable qu'avait le vagabond dans ce hameau.

Installé sur le rebord de la source dorénavant familière, le Fauve Noir pansa ses blessures avec la préparation médicinale. Tandis que la chair à nue se recouvrait peu à peu d'argile sinople, Isaak reprit la conversation.


❖ Merci de m'avoir accompagné jusqu'à présent. Ça devrait aller mieux à présent. Je préfère soigner mes blessures plutôt que les ignorer, ça me permet de connaître mes limites et d'éviter des situations comme celle qui m'a amenée ici. Je m'appelle Isaak… puis-je connaître le nom de mon "sauveur" et éventuellement ce qui l'a poussé à me venir en aide ?

Le convalescent avait le sentiment d'en demander peut-être un peu trop en une seule fois. Il ne connaissait pas son allocuteur et lui non plus ne connaissait pas Isaak. Mais quelque chose lui disait au fond qu'ils avaient beaucoup à échanger, à commencer avec leurs deux lames à l'aura si… particulière.
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Dim 21 Aoû - 15:50

Quel étrange entité que cet homme à l'état déficient. Quand il l'observait méticuleusement, mû dans son laconisme, Kerorian ne parvenait pas à évaluer l'inconnu. Il paraissait plutôt bien bâti, taillé comme un voyageur forgé par les sombres épreuves de la fatalité et de la solitude, enveloppé dans un linceul d'obscurité et d'un manteau pareil au charbon. Le Rôdeur n'était pas un magicien, et qu'il ait étudié les théories et les leçons des anciens ne l'aidait pas à faire la différence entre un charme et un envoûtement...mais l'Ombre était son reflet aujourd'hui, comme elle l'était la veille, et qu'elle le serait le lendemain. L'heimatlos lui avait laissé une impression qui refusait de passer simplement l'éponge, depuis...depuis qu'il avait touché son épée.

L'oeil solitaire du vagabond cuirassé suivit le parcours du blessé qui filait délester promptement son estomac au pied de la fontaine, qui devait décidément regretter d'avoir prétendu qu'elle s'ennuyait de sa vie car il ne s'y passait jamais rien - ça peut s'ennuyer une fontaine ? - avant de se tenir fébrile à essayer de reprendre contenance. Mais pas comme un ivrogne au matin, ou un simple malheureux qui est passé à tabac.
Il n'était pas le plus habile des hommes pour comprendre les expressions, les signes discrets inhérents à la société "civilisée", mais même éprouvé par les voyages et ses démons le guerrier restait et demeurerait un être observateur, pareil à un fauve à l'intelligence malsaine qui prend garde à la moindre anomalie dans le quotidien, veillant, guettant le plus petit signe d'une malveillance aux cent visages.
Devant lui, le Rôdeur en était persuadé, s'en trouvait un. Son attitude était celle d'une blessure de l'esprit, de l'âme, plus que du corps. Son épuisement était physique, sa détresse, sa douleur, mentales. Peut-être devrait-il le tuer ? C'était une pensée qui l'obsédait ces derniers temps, comme la faim fait gronder l'estomac, le désir de répandre la mort comme pour s'en délier lui-même tiraillait ses membres et agitait souvent ses doigts de tics nerveux.

Il n'avait pas peur de cet homme qui fit un brin de toilette, si l'on peut nommer ses ablutions improvisées ainsi, avant de chercher un apothicaire, puisque visiblement, l'étranger partageait ses précédentes pensées au sujet des hommes de foi. Non, un bretteur tel que lui ne redoutait pas un inconnu mal-portant et surveillé de près par une Faucheuse à l'humour grinçant. C'était une curiosité malsaine qui l'animait envers l'heimatlos, ce blondinet lui ressemblait, sous un certain aspect. Une image de lui-même qu'il n'aimait pas et n'osait guère affronter, encore moins accepter car les lames ne sont d'aucune utilité contre les spectres.
Mais lui était fait de chair et de sang, les preuves en étaient sous son oeil, avec un corps tangible, fragile qui aspirait à survivre dans ce monde de cauchemar. Cela l'intriguait.

Ils pénétrèrent chez l'apothicaire, à défaut de sa fille comme le murmurait indistinctement cet écho lointain dans son crâne, et il laissa le blondinet faire son affaire. Pas un mot, pas un geste, un géant caparaçonné semblable à une statue, insensible, immuable à regarder le mystérieux voyageur percer à jour la fourberie du commerçant et négocier avec brio un véritable traitement. Ainsi, ce petit fantôme intriguant avait des connaissances en herboristerie médicinale, c'était intéressant. Amusant également, ce qui fit s'interroger le Rôdeur sur les autres talents que dissimulaient encore alors le blessé.

Ils s'en retournèrent à leur nouvelle amie d'enfance que nous nommerons "miss fontaine" pour des raisons évidentes, et le colosse taciturne laissa l'aventurier négociateur s'installer sur ses genoux - à moins que cela ne soit plutôt ses hanches ? Ce n'est pas important - en croisant simplement les bras en le fixant, muet, tandis qu'il traitait enfin ses plaies et qu'il ne reprenait le fil de leur conversation, tirant une leçon de sa mésaventure et sacrifiant aux traditions les plus élémentaires en se présentant enfin. Isaak.


"Si tu pars dans les plaines ou Criméa, récolte du plantain. Consomme-le en onguent et en infusion, ça te soignera aussi de l'intérieur, à Daein les feuilles de consoudes remplaceront l'argile verte, et t'éviteront de te battre avec tous les apothicaires de la région."

Ce n'était pas dans ses habitudes de parler d'herboristerie. En fait, ce n'était pas dans ses habitudes de tenir une véritable discussion avec quelqu'un, pour les simples raisons que sa masse importante et son caractère laconique le fichaient toujours comme un gros demeuré brutal et ignorant, faisant ainsi fuir les instruits, et que ces dernières années avaient été placées sous un signe...de noirceur, alors la cueillette aux pâquerettes n'étaient plus vraiment son intérêt.
Mais cela l'amusait de se remémorer de vieilles et douces leçons...


"On m'appelait Kerorian dit le géant de sa voix grave et monocorde "Dispenser la vie ou la mort est la seule raison de mon existence, et aujourd'hui tu m'as...intrigué. Que t'es-t-il arrivé ?"

Bien évidemment, la curiosité et la conversation s'engagea, le Rôdeur se demandait ce qu'avait bien pu faire cet herboriste déprimant pour se faire ainsi rosser, bien que son véritable intérêt se centrait plutôt sur l'heimatlos que son histoire. Il y avait...quelque chose d'étrange chez lui, d'anormal, qu'il ne parvenait pas à cerner, pas plus qu'il ne parvenait à se convaincre que pour une fois, ce n'était pas son esprit qui lui jouait des tours...




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Sam 10 Sep - 19:21

Abandonnant les quartiers commerçants et ses charlatans, le tandem d'épéistes revint sur la fontaine qui marqua véritablement leur rencontre. Peu à peu, le corps endolori du blondin paraissait se momifier, tantôt que son visage retenait autant que possible une expression de douleur à chaque geste sur ses meurtrissures. Le kaolin se mêlait à la chair approximativement lavée, tandis que l'eau coulait paisiblement de sa source. Isaak pouvait presque en oublier, la douleur en moins, qu'il pansait ses blessures des suites d'un affrontement hautement risqué et tenait maintenant plus du pouilleux que de l'escrimeur.

Au même moment, son sauveur le toisait silencieusement, les bras croisés. Plus taciturne encore que le Fauve Noir, le personnage sortit finalement de son mutisme pour donner quelques conseils au blondin. Sous sa carapace de muscles et d'acier, le colosse fit montre de ses propres connaissances en phytologie, prouvant une certaine sagesse contrastant avec son physique massif. Retenant la suggestion du grand voyageur, Isaak repensa aux quelques herbes qu'il trainait autrefois sur lui. Elles venaient directement du monastère de Belogor, des rescapées du maléfice en quelque sorte. Après des mois d'errance, d'emprisonnement et d'escapade dans rivières et tourbières, en fouillant dans son manteau encore humide, le jeune homme se rendit compte qu'il ne subsistait de ces feuilles que quelques miettes en piteux état. Une main généreuse les libéra du dit manteau pour les laisser se faire emporter par le vent.

Une nouvelle fois encore, le spadassin reprit la parole, se présentant enfin à l'exilé de Belogor.


❖ On m'appelait Kerorian. Dispenser la vie ou la mort est la seule raison de mon existence, et aujourd'hui tu m'as…intrigué. Que t'es-t-il arrivé ?

Kerorian… Le blondin grava ce nom dans sa mémoire. Ce prénom était chargé de désolation et de détresse. Aux yeux cérulescents du bretteur, il y avait un quelque chose inexplicable dans ce nom, qu'il s'assimilait à lui-même, comme un malheur du passé… qui n'existait pas encore. En se tenant face au représentant des enfers, Isaak voyait en Kerorian une sorte de reflet de lui-même dans un avenir sans éclat ni espoir. Un futur consumé par les maléfices de son arme. Songeant à une telle possibilité, l'escrimeur manqua de frissonner : il se persuadait presque d'éviter de continuer dans la voie qu'il s'était donnée, une voie de vengeance et de mépris.

❖ Je ne fais que remettre plus ou moins la mort. Je chassais un déserteur de l'armée de Daein qui sévissait dans le nord de Begnion, mais j'ai sous-estimé ses capacités et j'ai manqué de trépasser plutôt que lui.

Tâchant d'affiner le tableau de cette défaite cuisante, Isaak mit en évidence son épée à l'éclat obscur. Cette même arme pesait énormément dans l'issue de chacun des combats du heimatlos : chaque instant avec cette épée en main ne faisant qu'alourdir le fléau qui pesait dans l'esprit du blondin. Avec une arme basique, le guerrier aurait peut-être pu faire armes égales avec son opposant. Mais les spectres du souvenir ne laissaient jamais le monstre de Belogor en paix, ne désirant que précipiter le damné à sa propre perte.

❖ Et puis… il y a cette épée, que je m'efforce de trainer comme un fardeau. Elle, et le cauchemar qu'elle contient. Il me semble que tu as eu l'occasion d'en avoir l'aperçu.

À cette remarque, l'escrimeur maudit afficha une mine morose, semblant vouloir presque s'excuser d'avoir laissé la malédiction de sa lame montrer un fragment de son infâme passé. L'ancien Louka n'appréciait guère quand son arme échappait à son contrôle : lui seul devait en subir le maléfice qui était scellé en son sein. Un châtiment étrange, presque masochiste, mais qui servait de catharsis pour Isaak en mémoire à toutes les vies qu'il avait souillé par la faute de son éclat corrompu…
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Sam 10 Sep - 21:08

Le blondinet réunissait de nombreuses caractéristiques que le Rôdeur nommait "qualités". Il était attentif lorsqu'on lui parlait et ne se perdait pas en paroles. Son éloquence se limitait à ce qu'il avait à dire, un trait fort rare en ces temps sombres selon Kerorian.
Mais quelque chose creusait une distance entre les deux fantômes de la vie. Tandis qu'il écoutait à son tour l'heimatlos parler, résumant ses malheurs et ses craintes, le colosse drapé d'un linceul de ténèbres fronça les sourcils. Cet homme...n'était pas un guerrier. Il portait une lame, luttait contre sa vie et ses démons...mais n'était pas comme lui. L'épée n'était pas sa vie ni sa justice. Le blondin était perdu, et effrayé. Alors qu'il s'excusait, ses traits affichaient une mine presque piteuse qui renfrogna le géant au caractère froid.

Le chevalier du mal fixa sa pupille cramoisie sur l'homme enveloppé de noir. Alors cette sensation...étrangère qu'il avait ressenti avant de le jeter dans la fontaine lui était due. Un triste sort leur incombait à chacun, similaire...et fondamentalement opposé pourtant.


"Tu es un imbécile. Si tu as le temps de te lamenter, tu l'as pour devenir un homme et arrêter de trembler face à un sort aussi minable."

Quelque chose énervait le spadassin des montagnes. Et il savait quoi, ce sentiment...de faiblesse que lui renvoyait cet étranger, qui s'apitoyait pour avoir failli succomber, à une lame ou une malédiction. Le Rôdeur sentit aisément que le passé d'Isaak était lourd, rude.
Et alors ?


"Un cauchemar, ce n'est qu'un songe. Les fantômes peuvent t'empêcher de dormir, de sourire, mais pas te tuer."

Le guerrier venu du nord se renferma encore un peu plus. Il n'aimait pas cette sensation de vulnérabilité que lui rappelait son interlocuteur, cette facilité qu'il y avait à baisser la tête face aux démons qu'ils avaient choisi de porter, répondant à l'appel sourd de leur destin.
Il n'aimait pas savoir qu'il ressemblait dangereusement à ce piteux bretteur. Avec un passé perdu, un avenir sans lendemain, le Rôdeur avait le sentiment d'errer constamment dans une brume noire, l'aveuglant, le déroutant, sans avoir le courage ou les moyens d'admettre sa défaite...ou de se jeter enfin dans une bataille dont il ne pouvait déterminer la fin.
On dit que tout se termine un jour. En particulier la vie...mais lui qui entendait les échos d'âmes déchirées, torturées, cloisonnées depuis des éons au point qu'il ne subsiste plus qu'une trace plaintive, un hurlement silencieux de souffrance, lui qui manipulait ses restes de guerriers, de paysans, de criminels et d'innocents...lui tout particulièrement était sensible à cette question.

Lorsqu'il mourrait, il fera à son tour partie de sa lame maudite. Sa volonté s'effacera, son essence se brisera, jusqu'à ce qu'il ne reste d'un fier guerrier qu'un cri dément dans le vortex noir.
Et ensuite ?
C'était bien ce qui l'angoissait, qui serrait sa poitrine tandis que ses mâchoires se crispaient. S'il ressemblait à l'image que lui offrait là Isaak...alors l'épée le consumerait aisément, réduisant sa fierté et sa force à l'état de pathétique carburant. Et cela l'énervait de réaliser qu'il le savait déjà, mais préférait se voiler son sinistre destin. Mentir, c'est trahir, toujours...quel mensonge pouvait bien être pire que celui auquel on croit en le prononçant ?




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Mer 28 Sep - 1:08

Il n'y avait pas que le faciès du colosse qui était emprunt de dureté. Ses mots étaient une myriade de flèches acerbes sorties par sa pupille cernée de grenat flamboyant. Soulignant sans ambages la faiblesse apparente de son piètre protégé, Kerorian n'hésita pas à remonter les bretelles de son interlocuteur. Mais dans cette agressivité, ces propos semblaient emplis d'une certaine légitimité. L'homme à l'imposante épée inspirait l'autorité, tant dans son allure que dans le ton de sa voix. Son intonation trahissait une expérience bien plus conséquente que celle du blondin. Malgré leur maigre écart d'âge, le borgne à l'iris de feu avait l'aura d'un vétéran, obscurci par les épreuves de l'époque marqué par le fer des guerres et de la discorde.

Isaak, en revanche, n'avait connu que ce microcosme confus restreint par les hauteurs orientales et septentrionales de Begnion. Sous les traits candides du Moine Fou, il façonna au gré de sa lanterne hallucinatoire un monde miniature dominé par le chaos, un essaim de petits villages abandonné par la vertu. Les récits de ce conglomérat de crimes et souffrances reposaient désormais avec abondance dans la lame à l'éclat charbonneux de la fine-lame blessée. Kerorian, lui, paraissait avoir parcouru tout un continent et en connaissait la noirceur dans ses moindres recoins, dans chacun de ses aspects. L'ombre qui habitait les méandres de l'exilé à l’œillade cristalline n'était rien comparée à celle qui émanait de l'hercule éborgné qui lui faisait face. Il était comme l'ombre d'une bougie, générée par sa propre lumière au cœur d'une nuit sans lune.

Il craignait, à force de voir l'abîme, de perdre sa lucidité dans l'abysse et de devenir l'abîme même. Kerorian, lui, semblait tomber en continu dans les profondeurs ténébreuses du gouffre. Mais malgré l'offense de son allocuteur, et son piteux état, Isaak se releva en silence de la fontaine. L'air pitoyable qui l'accompagnait se dissipait au gré du vent qui parvenait à circuler dans la petite place. Dans cet abîme qu'il fixait chaque jour, le heimatlos espérait y trouver la lueur qui réchauffa un jour son esprit. Celle qui, de ses plumes d'ardoise, couva l'innocence d'une âme damnée, et lui donnait dorénavant une raison de ne pas mourir. Comme hanté de cette lueur qu'il pourchassait inconsciemment, son regard s'anima d'un éclat nouveau, brasillant qui paraissait lui faire oublier ses blessures récentes. Ses iris, animés de ce lustre inédit, vinrent chercher l’œil unique du bretteur.


❖ C'est pour cette raison que j'ai accepté ce sort. Pour me rappeler constamment mes faiblesses et mes erreurs du passé afin de devenir plus fort. À travers cette épée.

Il toisa du regard la dite arme reposant contre le bord de la source d'eau. Dans un instant d'hésitation qu'il rompit promptement d'une foulée déterminée, sa dextre vint chercher le manche et trouva un sursaut aux allures d'hallucinations. Mal rétabli, le porteur de l'artefact obscur fut pris de visions d'un passé déformé par la fatigue, qui ne manquèrent pas de donner des vertiges au blondin. Isaak brava dans un élan de fierté le malaise qui l'assaillait pour montrer la détermination qui l'habitait à travers ses mots.


« Cette lame… elle porte en elle les spectres de mon passé. J'y ai scellé le souvenir des vies et des consciences que j'ai arrachées afin de ne pas les oublier. J'ai accepté d'endurer ce fardeau pour me rappeler la folie dans laquelle j'ai vécue afin de ne pas y replonger. »

En évoquant son devoir de mémoire, sa catharsis, il se rappela des mots similaires qu'il avait prononcé, faisant les frais de ses premières réminiscences suite à la disparation de Leif, forgeron et père provisoire d'adoption. Une époque pas si lointaine, où séparé de celui qui l'avait recueilli et donné un toit, une nouvelle identité, Isaak suivait ses instincts pour récupérer le semblant de famille qu'on lui avait arraché sous le prétexte de la cupidité. Bien qu'à nouveau errant dans les chemins sans parent, il essayait tant bien que mal de se rappeler, parmi les damnés prisonniers de son fardeau, de cette unique clarté qu'il poursuivait sans repères.

Nonobstant à présent la douleur qui le tiraillait sur l'ensemble de son corps affaibli, l'escrimeur aux tendances presque masochistes rangea sa flamberge à ses côtés. Difficilement, les images d'un passé diabolisées d'un cran par l'asthénie s'atténuèrent petit à petit, jusqu'à ne laisser qu'un fond lancinant mais discret de complaintes qui se perdaient dans le souffle du vent. Le jeune homme avait une étrange tendance, celle de trouver la lumière parmi les ténèbres, la motivation dans l'humiliation. Même cet artefact qu'il qualifiait de fardeau trahissait cet étrange point de vue paradoxal : alors que les lémures se faisaient progressivement légions pour emporter davantage son âme dans le néant, Isaak essayait d'en ressortir plus lucide, plus conscient de lui-même, bien qu'il en ressortait fatalement fragilisé à chaque épreuve.
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Sam 8 Oct - 14:27

C'était compliqué...d'analyser, de raisonner, de débattre avec cet étranger aux sombres secrets. Il était dans la nature humaine de discuter de son avenir, de trouver un sens à son passé. Si certains sont clairvoyants à ce sujet, d'autres se leurrent avec obstination, mais uniformément tous cherchent à justifier leurs actes et leurs choix, avec raison ou non.
Mais lui se sentait exclu de tout ça. Il vivait dans une ombre éternelle, cloisonné dans les ténèbres d'antiques malédictions le Rôdeur ne pouvait plus prétendre comprendre la pensée d'une Humanité qu'il avait perdu. Chaque fois qu'il fermait les yeux, ce sont les effluves de batailles, de cauchemars ancestraux qui revenaient le hanter. Chaque fois qu'il les ouvrait, des souvenirs qui n'étaient pas les siens apposaient un filtre sinistre sur le monde qu'il cherchait à contempler, pareil à une douce brise qui faisait pourtant frémir lorsqu'on sentait qu'elle portait avec elle les vents d'un douloureux changement.

Son esprit s'intéressa à nouveau à cet être supposé réel, ou plutôt physique. Sans doute, quelques années auparavant, son discours l'aurait intéressé, ou même seulement intrigué. Un homme au passé regrettable, ou bien regretté, qui essayait de trouver son chemin dans sa vie malchanceuse et de se tourner vers la lumière, le pardon.
Aujourd'hui, ces belles paroles ne l'atteignaient même pas. Le géant aux yeux rouges demeurait de marbre face à l'image d'êtres torturés, de vies perdues avant l'heure, de folie à cause d'un sort... Il entendit l'heimatlos, et se laissa replonger quelques instants dans ses souvenirs, les siens si possible, bien qu'il ne sache plus nullement faire clairement la différence entre sa véritable mémoire et celle de ses fantômes.
Se souvenait-il de ceux qu'il avait tué ? Peut-être. Des dizaines, des centaines de visages crispés, des bouches tordues dans une hurlement à jamais silencieux. En fermant les yeux, le guerrier au coeur de glace en revoyait. En avait-il vraiment assassiné tant que ça ? C'était fort possible.
Non, cette...image n'était qu'une fraction. La lame noire était un gouffre qu'il s'efforçait de remplir de sang, comme l'estomac grondant d'un grand fauve en chasse, une arme qui faisait un festin d'un carnage...mais ce n'était pas elle qu'il avait le plus couvert de sang. Sans doute.

Un son remonta du fond de sa gorge. Un ricanement dédaigneux, moqueur envers lui-même et ses actes. Le vagabond aux frontières de la réalité n'appartenait véritablement plus à ce monde, incapable de décider de son avenir, incapable de se rappeler d'un passé qu'il avait vécu...
Des centaines de vies n'étaient plus désormais que poussières évanescentes dans les bribes du Temps, soufflées, puis effacées par la vie et la mort qui continuaient leur interminable cycle cruel.


"J'ignore ce que tu as fait, autrefois. Tout comme j'ignore ce que tu comptes faire de cette arme, ou de tes lendemains. Je ne sais pas moi-même..."

Peut-être aurait-il voulu dire "ce que je vais devenir". Peut-être qu'un soupçon d'humanité subsistait quelque part dans son chaos, comme la braise encore rouge alors que l'âtre redevenait froid, un reste qui s'accrochait à la vie et qui tentait de le pousser à retourner sur ce que les autres appelaient "le droit chemin". N'importe qui, dans de telles conditions, aurait cherché une main tendue, un ami, un repère...sans doute que lui aussi d'ailleurs guettait les traces d'un meilleur destin, dans son éternelle errance.
Mais l'Ombre ne demandait pas d'aide, ni de compréhension. Elle était, elle tuait, elle dévorait. L'Ombre était source de vie par la mort, alors il tuait pour vivre un jour de plus, le reste importait bien peu, tant que le temps ne s'arrêtait pas.
Son regard se fit plus dur tendit qu'il le fixait à nouveau sur le blondin. La bonté, la pitié, la générosité...étaient l'apanage des faibles. Kerorian en était lui-même la preuve, en repensant à ces images floues d'une époque où ses actes de justice idéaliste...ne passaient que par la mort d'autrui et la violence, ne faisant plier le "mal" que par un mal plus grand encore.
Et il n'avait jamais été aussi fort que depuis que son coeur était devenu cendres...


"Mais ce que je sais, c'est que tu n'arriveras à rien en te cachant derrière ton épée. Si tu as besoin d'un sortilège pour ne pas oublier tes crimes, et pourtant errer sans avenir ainsi, alors c'est que tu es faible. Faible et lâche, car tu te permets d'affronter tes maux lorsque bon te semble..."

Sa colère recommençait à remonter à la surface. Cette rage bouillonnante qui l'avait toujours secrètement animée, qui avait si rapidement, si aisément filtré à travers son faux-masque d'innocence quand il était "jeune". Une chose n'avait jamais changé, le Rôdeur luttait toujours, envers et contre tout. Contre l'humanité, contre l'enfer, contre l'avenir qu'il ne pouvait accepter ou un passé qu'il ne pouvait plus changer.
De toute façon, il n'avait pas le choix.


"Un fardeau...tu parles comme un prêtre qui ferait pénitence ! Si tu regrettais d'avoir fait couler le sang, tu ne porterais plus cette lame."

La folie et le sang ne s'oublient pas. Lui ne se rappelait pas des visages de ceux qu'il avait brisé, parce que ce n'était pas par démence. Peut-être ses actes lui avaient échappé, et de bien nombreuses journées n'apparaissaient plus dans ses souvenirs...mais que ce soit à cause de l'influence de la buveuse d'âmes, de sa nature entièrement martiale ou des propres choix qu'il avait fait, tuer était son but, sa raison d'être.
La seule chose dont il pouvait être sûr aujourd'hui, la seule chose en laquelle il pouvait croire...c'était d'exister pour écouter d'autres vies. Comment pouvait-il regretter d'accomplir son destin ?
Ne restait pour le troubler que le doute du nombre de cibles à éliminer...sans doute...




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Mar 29 Nov - 0:33

Pas même cette démonstration quasi-théâtrale de la part d'Isaak ne semblait avoir effleuré l'esprit agité du colosse. Kerorian semblait exhaler une aura semblable à sa crinière aux traits volcaniques mêlant nuée ardente et lave incandescente, empreinte de tourments mais aussi de solitude. Perdu dans les remous tumultueux de son passé, le titan fit fi de l'exhibition de la lame maudite du Fauve Noir et des horreurs qu'elle contenait tant bien que mal. Presque rompu aux échecs de ses décisions aussi spontanées qu'inhabituelles, le blondin resta en retrait après avoir rangé son arme et écouta calmement la "réaction" de son interlocuteur. Outre sa discrétion habituelle, c'était surtout la sagesse qui dictait en cet instant le quidam, préférant laisser la tempête que couvait Kerorian se dissiper d'elle-même plutôt que de provoquer un orage plus conséquent.

Tout comme Isaak, Kerorian paraissait sujet aux affres de la confusion. Les propos du spadassin étaient flous, certes, mais l'exilé du monastère de Belogor se reconnaissait tristement dans ces derniers. Interpellé justement par la remarque de Kerorian, le montreur de lame pencha inconsciemment la tête vers le bas, laissant son corps trahir cette incertitude quant à l'avenir qui attendait Isaak: serait-il béni par deux grandes ailes de jais, ou maudit par une errance interminable en quête d'une identité friable et futile ? Nul ne le savait. Quand bien même les aspirations futures de l'ancien Louka était teintées d'espoir et de volonté, l'ignorance dont il faisait preuve à son propre égard pesait lourd.

L'acerbité du cyclope refit surface alors que ce dernier soulignait une fois de plus la faiblesse dont semblait faire preuve Isaak. Selon lui, la lame maudite qu'il affirmait trainer tel un fardeau n'était qu'un prétexte matériel pour masquer l'incompétence du damné à assumer ses crimes. En un sens, Kerorian n'avait pas tort: le porteur du dit artefact baigné de magie noire avait choisi de créer cette arme pour sceller les souvenirs les plus virulents de son esprit et de la porter pour se rappeler des morts qu'il avait causé à chaque fois qu'il sèmerait la souffrance. C'était essentiellement ce dernier aspect que mettait en valeur Isaak à chacun de ses affrontements.

Alors que les pénibles souvenirs des deux hommes semblèrent exhaler de leur tête comme une sinistre fumée pour se heurter et s'entremêler dans une sombre valse qui faisaient fuir la populace locale, le sabreur affaibli décida de sortir de son silence pour exprimer sa pensée quant à la nature profonde du fardeau qu'il portait. Ce fut dans un rictus étouffé, tandis que Kerorian comparait son protégé à un prêtre - une comparaison qui évoqua l'image du Moine Fou aux yeux d'Isaak - que l'escrimeur répondit d'un ton neutre mais toujours assuré:


❖ Ce n'est pas totalement faux, à vrai dire. J'ai autrefois vécu dans un monastère, bercé par l'illusion que les hommes vivaient en paix, loin de la violence. Mais cette illusion s'est vite effondré quand un fléau a ravagé mon monde. C'est là que j'ai compris que l'humanité n'est faite que de souffrance, plus ou moins dissimulée, et que pour vivre il fallait accepter cette vérité. Depuis je n'ai cessé de vivre avec la nécessité de lutter contre autrui, et parfois moi-même pour survivre. Cette arme, c'est aujourd'hui le prix que j'ai à payer pour cette souffrance: chaque combat que je mène est bercé du souvenir des vies que j'ai arrachées.

Cette confession arracha au jeune homme un soupir difficilement réprimé. Il n'avait aucune idée de la réaction de Kerorian, précédemment égaré dans d'obscures machinations mnésiques et dont la situation du blondin inspirait plus la faiblesse que la compréhension. Son œillade cristalline croisa brièvement l'iris érubescent de son sauveur, une idée inédite émergeant de ses pensées.

❖ Enfin bon, qu'importe… plutôt que de chercher à me justifier péniblement devant toi, la moindre des choses serait de te remercier de mon mieux, maintenant que je peux me tenir debout correctement. Que dirais-tu d'une escale dans une taverne pour boire et manger ? Je devrai avoir assez pour nous payer tous les deux un repas.

Aveu de faiblesse en l'absence de réel argument de poids pouvant faire percuter le goliath ? Peut-être. Mais surtout, Isaak désirait passer à autre chose en cessant de broyer du noir aux côtés de son sauveur en le remerciant du mieux qu'il pouvait. Le jeune homme n'avait pas la force actuellement et encore moins l'envie de poursuivre un combat d'idéaux contre un homme qu'il ne pouvait comprendre réellement et qui risquait d'exploser à tout instant comme un volcan en éruption. Avec la fatigue qu'accumulait Isaak, une collation apparaissait comme la solution la plus évidente à adopter pour poursuivre sa conversation avec cet étrange ange gardien paré d'écarlate et de jais…
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Lun 5 Déc - 14:08


Le monde était sombre. Le ciel paraissait sourire en une étrange balafre, comme un rictus pervers qui se moquait d'un avenir révolu. Ou s'en réjouissait-il ? Peu importe, l'oeil solitaire du Rôdeur se tourna vers les nuages sombres qui valsaient lentement à contrevent au-dessus de lui. Un mauvais présage...ou un défi. Une provocation ? Le guerrier se sentait appelé, aspiré par cette plaie céleste suintant de malveillance. Si du sang s'était mis à pleuvoir, il ne s'en serait pas étonné. Le monde était si sombre...le sien l'était tellement. Plus de lumière, plus d'espoir, comme si la vie elle-même fuyait sa réalité. Un instant il fut tenté de tendre la main, de saisir cette...chose qui lui apparaissait.
Kerorian n'avait jamais eu peur du noir. Les hurlements des loups étaient des chants, le fracas d'un torrent était une mélodie apaisante...mais son monde n'était pas une nuit, c'était...autre chose. Juste une grande ombre qui recouvrait tout, petit à petit jusqu'à ce qu'il soit seul face à ses propres doutes. Isolé, son esprit se rongeait lui-même. Alors tout, même la douleur, même l'enfer valaient mieux que cette horrible solitude.

Une voix. Il n'était pas seul. Le Rôdeur retrouva Tellius, son regard encore rivé sur un ciel tout ce qu'il y avait de plus normal, même s'il jurait apercevoir encore cet étrange rictus dans la voûte céleste. Son attention fragile se recentra sur le jeune épéiste qui parlait de souffrance, du prix à payer lorsqu'on vole une vie.
Connerie.
Le seul prix à payer lorsque l'on tue, c'est celui de regretter de ne pas l'avoir fait plus tôt.

Quelque chose gronda au fond du presque-spectre. Ce crétin devait mourir, mourir pour sa stupidité, sa faiblesse, parce que lui avait simplement envie de le tuer. C'était tellement facile, briser des os, tailler des chairs. Tuer était l'essence même de sa vie. C'était naturel de prendre aux autres pour sa propre gueule.
Il parla de le remercier, l'invitant même. Le guerrier à la lourde lame sentit son esprit être tiraillé. Lui l'inviterait volontiers en enfer, alors même qu'il songeait à décliner sa proposition.
La tête lui tournait, il était fatigué.
Il devenait facilement très nerveux quand il était fatigué.


"Je n'ai pas faim. Ni soif." une seconde durant, les pierres incandescentes qui dardaient un regard à travers la folie et la cécité s'illuminèrent alors qu'il prononça ces mots "Je n'avais pas l'intention de m'arrêter, je vais reprendre la route."

Une route oui...un long, très long chemin. Sans lendemain, sans veille, rien que des jours et des nuits qui se succéderaient sans visage et sans nom. Machinalement, il rajusta son équipement, cela lui occupait les mains à défaut de focaliser ses pensées. Sa paume s'attarda un instant de plus sur le pommeau de Zwei, un instinct de survie désespéré tentant de lui rappeler une époque où le soleil brillait et où la vie était un présent où l'on attendait avec impatience la prochaine aube. Il soupira. Un passé naïf et fragile, où ses rêves avaient été brisés comme sa lame.

"Viens donc, si tu veux parler...mais je n'ai rien fait qui mérite un merci."

Son oeil solitaire esquiva le blondin, fuyant une forme réelle pour mieux se perdre dans ses égarements. Vivre, c'était souffrir...pourquoi vouloir le récompenser de faire durer le supplice ? Il faut croire qu'il existait des  gens plus fous que lui.




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Jeu 22 Déc - 22:43

Une fois encore, le colosse à l'allure neurasthénique sembla repousser les pensées de son interlocuteur, refusant de s'asseoir dans une taverne pour poursuivre la discussion autour d'un quelconque repas. Nonobstant une quelconque déception à l'idée d'être une nouvelle fois rejeté par son allocuteur, Isaak fut à la place troublé par l'ombre qui irradiait littéralement du grand épéiste. Point de halo ténébreux issu d'une quelconque magie noire; Kerorian exprimait plutôt une sorte de profonde inimité, une froideur presque pathologique. Quand bien même il tenait la conversation avec celui qu'il décida spontanément d'envoyer dans la première fontaine du coin, son esprit était ailleurs, tourmenté par d'étranges machinations. Incapable en son état de dénouer le fil de ces sombres pensées, Isaak n'était pas étranger à un tel comportement. Après avoir retrouvé ses souvenirs de Louka, l'apprenti forgeron fut rongé par ses crimes passés. Il s'en suivit une longue période de plusieurs mois au cours de laquelle il lui fut difficile de cacher les remords qui dévoraient son esprit face à son paternel fictif, un certain feu Leif. À cette morosité quasi-permanente s'ajoutait une crainte de soi-même, une anxiété à chaque reflet de son être qui rappelait la nature malveillante qui contribua autrefois à répandre dans la terreur son surnom: le Moine Fou.

Malgré les tourments qui hantaient l'exilé de Belogor, la présence du susnommé Leif apaisa ses souffrances, lui donna une motivation pour aller de l'avant. Aux côtés de ce second père qui jamais ne demandait en retour, le jeune homme avait suffisamment de soutien pour faire face à ses démons intérieurs. Mais qu'en était-il de Kerorian ? Avait-il connu un jour le réconfort d'un proche, d'un ami ? Toutes ces questions tracassaient Isaak, qui s'inquiétait de plus en plus de l'état de son sauveur. Ange gardien aux ailes arrachées, Kerorian semblait fuir la réalité, son unique œil toisant un monde plus abscons que ceux que les saphirs fatigués du Fauve noir pouvaient actuellement percevoir.

Et soudain, un frisson traversa l'échine du sabreur néophyte.
Si, derrière ce voile d'inconnu, croupissait un noir plus intense que l'obscurité de ce monde ?
Si les cauchemars n'étaient que des ruisseaux de mauvais songes qui venaient se jeter dans une mer sans fond de supplices ?
Et si la Peste Pourpre et l'errance néfaste du moine fou n'étaient que des arbustes dans une forêt de chaos ?

Imaginant un Kerorian perdu dans pareils mondes, Isaak fut bouleversé et eut du mal à dissimuler son malaise. Plus que l'habitude de réprimer ses souvenirs d'antan, le jeune homme n'avait jamais réellement envisagé la possibilité de mésaventures plus éprouvantes que celles qu'il avait connues. Louka avait toujours vécu dans un microcosme, gouverné par la confusion et la magie noire. Aussi, la possibilité d'un tout bien plus maléfique et surtout plus vaste troubla le blondin couvert de bandages. Inconscient des malheurs qui affligeaient Kerorian, Isaak n'en restait pas moins intrigué. Parmi les insectes grouillant dans les lueurs des lampes perçant à travers la nuit, lui était l'irrégularité attiré par l'ombre.

Face à cet Atlas qui paraissait porter l'enfer sur ses épaules éreintées, le quidam devait dorénavant choisir: se séparer et se reposer, ou bien endurer ses blessures encore un temps, le temps de poursuivre leur étrange discussion sur la route du Goliath. Les deux décisions qui s'offraient au porteur de l'épée maudite étaient à priori très inégales: les lacérations portées çà et là sur le corps d'Isaak faisait souffrir ce dernier plus que jamais. Les séquelles de son affrontement avec un certain "Spectre Rouge" se ressentaient davantage, maintenant que le chasseur de têtes improvisé revenait les pieds sur terre. Précédemment pris dans l'élan de la discussion, à défendre ses convictions, Isaak se dégrisait au contact du cyclope au tempérament saturnien.

Il se rappela de ce combat désespéré contre l'égorgeur de Daein, un ancien soldat de la contrée des vouivres qui se distinguait tant au couteau qu'à mains nues. Dérouté par son agilité, Isaak accusa de nombreux coups et se laissa peu à peu submerger par le fardeau de son épée. Baignant dans un curieux mélange de réalité et d'illusions, de sang et de terre couvrant grossièrement ses plaies, le guerrier à l'iris de cobalt dut se résoudre à abandonner.

C'est en triste perdant que le bretteur fut donc retrouvé quasi-inconscient aux pieds de Kerorian. Dans une ultime réflexion, le blessé considéra une nouvelle fois avec plus d'obsession le titan qui lui faisait face: lui qui par moments manquait de tomber dans le gouffre à force de le fixer, l'épée en main, et ainsi de le devenir, n'était-il pas finalement en face de quelqu'un au fond de ce même gouffre ? Peut-être avait-il véritablement vu ce fond… et c'est pour continuer d'en entendre l'écho qu'Isaak se décida à suivre l'homme au regard vulcain.

D'un geste de la main distinct, le heimatlos invita Kerorian à l'attendre un instant. Quelques minutes plus tard, le bretteur à la crinière blonde manqua de passer pour un enfant espiègle, les bras chargés de quelque viande sèche et de baies. Son nez de chasseur avait repéré, lors de son passage chez l'apothicaire, la présence d'un marché, idéal pour faire le plein de vivres. Malgré l'absence de logique dans sa volonté de suivre le colosse, il n'en restait pas moins conscient que sa route serait plus courte que désirée s'il ne reprenait pas des forces après son malaise éprouvant. Ainsi préparé pour couler quelques foulées en dépit de son état, Isaak était prêt à prendre la route, quitte à endurer encore quelques sermons énigmatiques de la part de l'éborgné…
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Mer 28 Déc - 14:17

Le blondin devait être pensif. Peut-être. Il ne répondait pas. En fait si, Isaak finit par lui adresser un signe. Sans doute voulait-il qu'il l'attende. Aucune importance. Le géant tourna la tête pour prêter une attention aux ombres fugaces qui dansaient aux périphéries de sa vision. Une grimace étira ses babines, il détestait être suivi, encore plus sournoisement...et depuis quelque temps il avait sans cesse l'impression que quelque chose s'acharnait à lui coller aux basques sans avoir le cran de se montrer.
Le Rôdeur devait bouger. Partir. Toujours plus loin, ne jamais rester au même endroit, ne pas revenir sur ces pas. Ces...spectres qui suivaient son sillage l'en dissuadaient. Il devait aller en avant, peu importe où. Il tira sur sa cape pour la rajuster, elle tendait à se coincer dans les épaulières qu'il ne portait pas depuis si longtemps que ça, vérifia les attache de ses épées, la boucle à sa hanche qui retenait Zwei et l'épaisse chaîne traversant son torse qui retenait la sangle où tenait inconfortablement la gigantesque Dragonslayer.

Puis il se tourna vers la sortie la plus proche du village et se mit en marche, sans attendre l'heimatlos. Le Rôdeur n'attendait pas qui que ce soit, et certainement pas des compagnons. Il était seul, seul dans ce monde toujours plus sombre. Plus le temps passait, plus il se retournait en sursaut, l'arme à la main en jurant avoir...perçu quelque chose. Comment pourrait-il supporter la présence d'un être réel alors qu'il luttait déjà contre ses propres démons ?
Et le guerrier n'aspirait pas à se rapprocher d'autrui. Il ne l'avait jamais souhaité, marginal retiré depuis sa naissance, ascète reclus. Et ça ne lui avait jamais profité. Des blessures, des peurs, un insondable chagrin qui refusait de le libérer... Quand bien même ce Isaak voudrait le rattraper et le suivre, le Rôdeur ne chercherait pas à le guider, à le protéger ou à l'apprécier. Pas plus qu'à l'épargner si ce grondement sourd au fond de lui revenait à prendre le dessus.

Tout ce qu'il voulait, c'était marcher. Marcher loin, tout simplement, car rester sur place scellerait son sort. Peu importait où, quand, avec qui. La compagnie des autres ne chassait pas les fantômes qui le traquaient mais tendait à le rendre encore plus nerveux. Encore que le blondinet gothique avait pour avantage d'avoir une épée bassement cachée, ce qui lui évitait au moins de sacrifier à la vieille malédiction du Rôdeur qui consistait à lui faire connaître un sort pénible à chaque fois qu'il s'adressait à de ses victimes par défaut dans les contes de fées. Mais qu'importe, il avait déjà trop souffert de croire en l'Humanité.
Et il avait déjà suffisamment de fantômes à affronter ainsi sans avoir à supporter ceux de détraqués sans branchies en prime...




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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Jeu 2 Fév - 19:43

Bien avant son attraction occulte envers les voraces Ailes de la Mort, le vagabond à l'épais manteau noir céda au maelström de mystère qu'incarnait Kerorian. Il semblait évident que depuis la tragédie qui eut pour théâtre le monastère alpin de Belogor, Isaak était intimement lié aux ténèbres. Mais loin du désir de s'enfoncer davantage dans l'ombre, c'était en quête d'éclaircissement que le convalescent tentait de rattraper l'allure solitaire de l'éborgné à l'imposante épée. Il suffit d'une poignée de secondes, que le mercenaire utilisa à bon escient pour s'offrir de quoi remplir sa panse et ainsi reprendre quelques forces, pour que le colosse devance sans états d'âme le blondin.

La scène qui suivit paraissait presque humoristique: les bras chargés de victuailles, la tête blonde pressa le pas dans un état lamentable pour rattraper Kerorian. À la croisée entre un mendiant et un arlequin aux haillons humides, le quidam manqua d'attiser le rire des passants qui assistaient à la course fatiguée d'Isaak. Mais ce dernier n'en avait cure: bien trop préoccupé à retrouver son sauveur, les interrogations à son propos ne cessait de fourmiller. La moquerie est l'apanage de l'ignorant, se disait-il, tandis qu'il ignorait à demi le regard curieux des villageois tout en abandonnant les ruelles du patelin.

Sur le fil d'un sentier étroit coupant à travers les hautes herbes sèches et les monolithes érodés par le temps, Isaak accéléra la cadence jusqu'à revenir dans le sillage de Kerorian. L'homme poursuivait sa pénible marche, tel un ermite reprenant un énième tour du monde depuis sa création. Une lente montée rocailleuse plus tard, le sabreur en herbe était enfin dans les pas de son protecteur. Autour d'eux, le paysage semblait s'adapter à l'humeur tourmentée du cyclope. L'herbe perdait de sa verdure, s'abandonnant à des teintes plus fauves. Le grès donnait du volume aux alentours à la manière d'un cimetière orné de tombes de géants et se mêlait aux fins arbres dénués de feuillage. Le ciel lui-même perdait de son azur, les nuages envahissant en troupeaux cotonneux l'empyrée.

Il ne restait que l'astre coruscant pour offrir de la couleur à ce paysage automnal, de la chaleur et de la lumière. Les rais du soleil venaient ainsi se loger comme des flèches dans l'iris cérulescent et sensible d'Isaak qui ne manqua pas de cligner des yeux plus d'une fois sans raison apparente. Hormis leurs foulées qui s'écrasaient sur les pierres du sentier et quelques rares bourrasques, le mutisme planait pour le moment.  À présent les deux hommes progressaient sur l'une des collines qui dominaient le village où ils discutèrent précédemment. Les bras ainsi que le palais délestés de quelques vivres, le Fauve Noir était plus en mesure de reprendre leur discussion là où il s'était arrêté.

Suite à ce long silence qui paraissait nécessaire pour refroidir les esprits, Isaak décida de prendre l'initiative, afin que sa présence ne se limite pas aux bruits de ses pas et à sa respiration parfois hésitante.


❖ Tu méritais d'être remercié je pense, se lança humblement le convalescent. Après tout, tu m'as laissé la vie, plutôt que de me la prendre.

Malgré l'atmosphère menaçante qu'exhalait Kerorian le volcanique, son suiveur restait confiant. Ce dernier estimait qu'en ayant été épargné et même sauvé par le colosse, le borgne en question n'avait aucune raison de raviser son jugement. Les deux hommes partageaient quelque chose en commun, et quand bien même l'ombre dévorait la raison de Kerorian, ce lien aussi faible soit-il semblait à l'abri de son courroux.

Une nouvelle rafale balaya les lieux avec une violence modérée. Le vent insufflait un élan de vie dans la flore, agitant les herbes et les branches, jouant avec les ombres et les lumières à même les parois rocheuses dans ce monde à priori abandonné par l'énergie. C'était le temps qu'il fallait marquer pour rebondir sur un autre sujet, estima Isaak. L'épée cliquetant sur sa cuisse fatiguée, l'apatride couvrit les frissons de son instrument de mort d'un ton plus pesant.


❖ Qu'il y a-t-il au bout de ton chemin ? Qu'est-ce qui t'y attends ?

La double-interrogation sonnait presque comme une énigme qui s'effaça lentement dans le murmure du borée. Plus que curieux, Isaak désirait connaître les intentions profondes du marchand de mort. Malgré son air morne, il lui paraissait difficile de savoir quel genre d'homme il était réellement. Bien que son allure erratique suggérait quelques pistes, Isaak resta prudent sur les conclusions à tirer quant à la nature de son sauveur. Raison pour laquelle il préféra s'en tenir à un tel questionnement.

Curieusement, cette même question faisait écho dans les méandres du blondin, qui n'avait aucune idée de son avenir. Bien que guidé par les lumières de sa quête d'identité et des réminiscences chaleureuses d'un être mystérieux, le voyage initiatique du spadassin était très hasardeux. Tant pour éviter d'accabler son interlocuteur que pour attendre sa réponse, le Fauve Noir s'abandonna à nouveau au silence, comme désireux d'espérer entendre sa réponse à sa propre question de la bouche de Kerorian…
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Jeu 9 Fév - 15:18

Son esprit recommençait déjà à s'égarer, sa raison émiettée par les forces malveillantes qui hantaient son antique épée alors que le Rôdeur s'isolait, retournant dans sa cage de solitude et de distance...sans véritable but. Il n'était pas à l'aise avec les gens. Même après toutes ces années de voyage, le guerrier ne se sentait toujours pas capable de tenir une véritable conversation. Il ne comprenait pas les gens, pas plus que les gens ne le comprenaient. Le premier homme avec qui il aurait pu vraiment nouer une "amitié"...avait failli périr sous sa lame. La femme qui venait de mettre au monde leur enfant, le fruit de leurs chairs...l'avait rejeté.
Ils n'avaient pas besoin de lui. Personne n'avait besoin de lui, car il n'était qu'une ombre. Une vague silhouette que l'on voyait de loin, distance et fugace. C'était sa place, il n'avait rien à faire aux milieux des peuples.
Alors il fuyait. Les humains ne lui apportaient que le doute et la tentation, la solitude...ne lui causerait rien de plus que ce qu'il subissait déjà. De toute façon, nul ne saurait le guérir de ses maux...alors autant les porter seul. Il ne blessera pas quelqu'un de plus, par mégarde ou par folie.

Un bruit de pas le rattrapa. Il tourna son regard solitaire vers le malheureux qui le poursuivait. Bon sang, mais pourquoi ne peut-il jamais être tranquille ? Ses actes de jeunesses avaient-ils à ce point été bouffis d'un innocent orgueil qu'il lui fallait désormais souffrir sans cesse, sans plus jamais connaître ni paix ni quiétude ? Tout ça parce qu'il lui a trempé la gueule dans une fontaine avant de lui éviter de rester collé au fond... Inutile de rentrer dans des débats philosophiques ou ésotériques : Kerorian fuyait les gens parce qu'ils sont tous cons. Avait-il seulement rencontré quelqu'un qu'il ne puisse pas considérer comme stupide ou cinglé ? Peut-être. Mais il ne parvenait pas à voir qui.


"Une futilité."

Autrefois...autrefois le Rôdeur s'abreuvait de ce genre de reconnaissance. C'était son moteur, sa raison d'être. D'errer de-ci, de-là, pour prêter main forte à ceux qui auraient pu en avoir besoin...simplement parce qu'il en était capable, parce qu'il pensait que c'était ce qu'il fallait faire. Il ne demandait jamais de récompense à cette époque, et en appréciait d'autant plus la générosité de ses débiteurs.
Aujourd'hui, rien de tout cela n'avait plus la moindre importance. La vie, la mort, le bonheur ou la souffrance... Cela ne représentait plus rien. Hors du temps, hors des sociétés, à l'écart de tout, Kerorian ne parvenait plus à ressentir quoique ce soit, si ce n'est cette incessante lassitude, la terrible colère qui enflammaient parfois son être et le poussait à éteindre ce brasier dans des fleuves de sang, ou bien ces quelques faibles et éphémères sentiments, en pensant à son passé, à Liyu, à la petite Louka...sans parvenir à déterminer s'il voulait les protéger ou les briser lui-même, les posséder par pure avidité.
Décidément collant, l'heimatlos posa une question étonnamment adaptée à ses réflexions. L'oeil brûlant se leva vers le lointain, dans le silence, et après un moment se tourna vers le blondin, le fixant avec une froide intensité. Aucun doute quant au fait que ce Isaak ne lui demandait pas où il se rendait ainsi...


"La Mort."

Même lui n'était généralement pas aussi laconique. Même fatigué, engourdi et confus, le Rôdeur était normalement plus..."bavard". Mais à cette question débordant de réponses et d'énigmes, le spectre vagabond n'avait pas trouvé de meilleure solution que celle-ci. Elle disait tout, pour tous, de toutes les façons possibles. Un jour, sa vie s'arrêtera, parce qu'il en est ainsi. Un jour, tous ceux qui viennent au monde rendront leur dernier souffle.
Et mieux et pire encore, elle s'appliquait aussi à la route en elle-même. Plus le temps passait, plus Kerorian sentait les ombres le ronger. Sa volonté faiblissait dans un sens pour se renforcer dans l'autre. Il le sentait, son humanité mourait petit à petit pour laisser place à un monstre horrible, un dévoreur d'âmes et de chairs. Il tuerait, parce que c'était sa raison d'être. Il ôterait des vies, parce qu'il en était capable.
Tout simplement.

Son oeil solitaire quitta l'épéiste aux cheveux de paille et se porta à nouveau sur le chemin. Fou ou non, il n'était jamais très agréable de marcher à l'aveuglette.


"Et toi ?"

Le guerrier n'avait guère envie de parler, ni d'écouter. Aujourd'hui il s'était cru un peu plus humain que d'habitude, mais à force de vivre dans le noir le borgne commençait à douter de l'avoir réellement été un jour. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure, elles aussi. Certaines questions sont bonnes à retourner, par curiosité ou politesse, celle-ci en étant une.




"Il y a...des ombres...dans ma tête..."
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Isaak
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MessageSujet: Re: Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]   Jeu 18 Mai - 23:01

Ils étaient seuls, face à la nature sauvage. Aux landes de pierre inhospitalières entourées de buissons épineux, parfois couverts de rares arbustes, en passant par les sentiers rocailleux maudits par les bourrasques, tout semblait les confronter face à un paysage presque hostile. Il fallait faire preuve de hardiesse et d'endurance pour parvenir à apprécier à sa juste valeur les plaines d'ambre et de jade. Braver la fatigue de la marche, la douleur de l'effort, octroyaient aux rares voyageurs de l'endroit l'opportunité de contempler la beauté occultée du lieu. On pouvait dès lors admirer la force et le caractère de ces étendues indomptées par l'Homme, le silence régnant en maître dans cet océan de verdure et de pierre.

En son état, Isaak peinait difficilement à saisir la richesse de son environnement. Obnubilé par son désir d'en apprendre davantage de Kerorian, son sauveur, il le poursuivait pour s'abreuver des quelques mots que le solitaire cédait au blessé. Ses jambes étaient dans un état lamentable, les chaussures ravagées par l'usure et les combats, alors que ses pieds en eux-même étaient couverts de cloques et lésions. Il arrivait ainsi que la terre se mêle aux plaies, et que les foulées laissent derrière elle des traces vermeilles. Outre son allure morbide, et son souffle trahissant un surmenage constant, le Fauve Noir tenait à rester dans l'ombre du colosse.

Il lui avait, d'une manière détournée, demandé quels étaient ses projets. Il voulait savoir exactement quel type d'homme l'avait sauvé, de quelle nature était celui qui l'intriguait à présent. Au détour d'une portion de sentier relativement plate, la réponse de l'éborgné fut sans appel, digne de son caractère taciturne: la Mort, lâcha l'errant d'un ton lassé. Le flou autour de cette réponse suscita de nouveaux questionnements dans l'esprit du blondin. Néanmoins, il se souvenait des paroles précédentes du mastodonte. Il se rappelait que ce dernier s'octroyait le droit de vie ou de mort au gré de son vagabondage. Nul doute à présent de savoir de quel côté penchait davantage la balance du destin de ses rencontres.  S'abstenant de songer à la chance qu'il avait d'avoir bénéficié du sort contraire, il observa le déclin du côté humain de son interlocuteur. L'ombre ne cessait de le ronger. Ainsi, alors que les quelques mots sinistres s'échappèrent de sa bouche, son unique œil d'amaranthe semblait tel un astre coruscant à travers une éclipse.

L'intérêt visuel que porta brièvement Kerorian à Isaak s'évanouit rapidement, alors qu'il tourna les talons pour reprendre son éreintant voyage sans fin. Cependant, bien que dos à l'escrimeur mortifié, l'homme à la crinière sang et noire tenta de relancer la discussion, renvoyant la question à l'intéressé. On sentait dans son intention toute la peine que lui infligeait la corvée de discuter. Bien trop occupé à refréner les nuées chaotiques assaillant sa conscience, Kerorian tenta malgré tout de manifester un quelconque intérêt pour la conversation qu'il avait invité à prolonger sur ce sentier accidenté.

L'échappé de Belogor esquissa un faible sourire, appréciant l'attention du tourmenté. Néanmoins, si l'intention de répondre était présente, le corps, lui, ne pouvait plus suivre. Aveuglé par le personnage énigmatique que constituait Kerorian, Isaak avait négligé sa propre santé. Ses foulées faiblirent, alors qu'il lutta presque pathétiquement contre une légère rafale de vent. Ainsi immobilisé, il se retrouva à moitié à genou pour ne pas perdre prise dans une énième montée. Au souffle pénible se succédèrent des halètements. Pour une fois depuis cette marche, le blessé prêta attention à son corps. Il vit ses pieds décharnés reposant sur des chausses en piteux état. Il vit ses bandages virer au rouge. L'illusion de l'hypnose brisée, la souffrance redevint une réalité. Et cette réalité, elle figea littéralement le blondin sur place, incapable de poursuivre sa route aux côtés du juge psychopompe. Il devait prendre du repos. Impérativement. Ou sinon nulle doute qu'il pourrait alors se retourner pour l'achever pour de bon. À défaut de fontaine dans les environs, ce serait dans un précipice où Isaak pourrait être jeté.

Au loin, la silhouette épaisse du semeur de mort se faisait de plus en plus petite, s'enfonçant au fur et à mesure dans l'impitoyable nature des hauteurs de Daein. Seul l'écho des paroles échangées avec ce dernier restait proche dans les méandres d'Isaak. Maladroitement, il se releva et impuissant assista au départ du guerrier. Comme une ombre au fond du tunnel, une flamme qui noircit de moins en moins le centre d'une feuille de papier blanche, Kerorian disparut. Laissant à son protégé d'un jour le souvenir d'un homme intriguant, même dans les ténèbres. 
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Les Miroirs du Temps [PV Kerorian]

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